Archives pour la catégorie Chroniques Ciné

It Follows – David Robert Mitchell (2015)

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Quand l’ami Swamps me propose d’aller voir It Follows, un film fantastique indépendant made in US, à l’univers proche du Black Hole de Charles Burns, je dis ok. Pour passer une bonne soirée entre amis plutôt que pour le film en lui-même, dont je ne connaissais pas l’existence. C’est rare de s’installer devant la toile, n’avoir aucune idée de ce qu’on va voir et se prendre une grosse claque. La scène d’ouverture est magistrale et installe une tension qui perdurera jusqu’à la fin.

It Follows raconte l’histoire d’un groupe d’adolescents ordinaires de la petite bourgeoisie américaine, qui se retrouvent confrontés à des événements surnaturels et mortellement dangereux. Suite à son premier rapport sexuel, une jeune femme se voit rapidement affranchie par son amant (et ce de manière pour le moins violente) : il vient de lui refiler, non pas une maladie (comme dans Black Hole), mais une malédiction. A partir de maintenant, elle sera constamment poursuivie par une créature qui peut prendre différentes formes humaines. Elle peut fuir et courir autant qu’elle veut, la chose, qui marche au pas, la rattrapera toujours. On ne sait d’où vient ce mal qui se propage tel un virus et cherche à tuer le dernier contaminé, pour remonter jusqu’au patient zéro.

It Follows, c’est Freddy Kruger chez Gus Van Sant. Soit une créature issue de l’inconscient des jeunes qu’elle décime (s’appuyant sur des peurs primales), le tout filmé à la manière du cinéaste indépendant. On pense souvent à Éléphant, avec ces longs travelling latéraux qui suivent au plus près les mouvements des protagonistes. Une approche impressionniste, transcrivant les faits sans en expliquer les causes. J’aime ces ambiances suggérées, sensibles, appuyés par une bande-son (bruit du vent dans les arbres, gazouillis des oiseaux…) et une lumière naturelle parfaitement maîtrisées.

David Robert Mitchell développe un scénario original et intelligent, tout en s’appuyant sur des références typiques du genre. Et celle qui saute aux yeux, et aux oreilles, c’est Halloween de Carpenter. Autant dans le choix d’un score minimaliste et efficace que par ces plans d’ensembles sur les quartiers résidentiels typiquement américains. Là encore, Mitchell est dans la citation, l’évocation, jamais dans le pillage d’idées qui comblerait un vide scénaristique ou esthétique.

Mitchell est bien plus malin que ça (comme en atteste cette subtile symétrie « kubrickienne »). Il amène une constante réflexion sur le cadre. Dans sa dimension esthétique, jouant avec les écrans de télévision (procédé classique permettant d’accentuer un climat, enrichir une thématique), les cadres de porte ou de fenêtres qui génèrent une constante mise en abyme. Mais aussi dans sa dimension narrative, avec ce jeu du hors cadre et la peur de ce qui n’est pas montré (élément classique de la mise en scène fantastique).

It Follows est un teen-movie qui ne s’adresse pas à un jeune public. Il prend le contre-pied des slasher débiles à la surenchère d’effets inutiles et à la bande-son insupportable (la liste est longue). Tout en s’inscrivant dans une filiation assumée aux archétypes du genre. Parabole sur le passage à l’age adulte (la psychologie des personnages est finement travaillée et de casting parfait), avec ses doutes et ses peurs, ce petit chef d’œuvre n’est pas sans m’évoquer Donnie Darko, un autre grand film fantastique indépendant qui aborde avec justesse la sensibilité écorchée de l’adolescence.

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The Gift (Intuitions) – Sam Raimi (2000)

The Gift (Intuitions) - Sam Raimi (2000) dans Chroniques Ciné Gaff2072069424

Après avoir confectionné sa dingue trilogie Evil Dead ou l’excellent Darkman, Sam Raimi marque un virage à 180° avec son film Un plan simple. Un polar rural – très inspiré par le Fargo de ses amis les frères Coen – qui tient bien la route grâce en particulier à une réalisation sobre (un événement pour Raimi !) et un casting aux petits oignons (formidables Bill Paxton et Billy Bob Stanton).

Dans la lignée de ce « Plan simple », il sort en 2000 The Gift (Intuitions), une histoire également ancrée dans la réalité, décrivant d’un regard humain mais sans concessions la vie d’une petite bourgade de l’Amérique profonde, où les traditions séculaires se confrontent à la modernité des mœurs.

Une jeune veuve, Annie Wilson, vit avec ses trois garçons dans une bourgade de Géorgie. Pour survivre, elle tire les cartes à de nombreux habitants de sa ville. Bien qu’elle soit reconnue et appréciée, son activité n’est pas du goût de tout le monde, en particulier le mari d’une de ses amies (incarné par un hallucinant Kenue Reeves dans un rôle à contre-emploi), qui accumule les menaces à son encontre. Suite à une prémonition qui s’avérera juste, elle aidera la police locale à enquêter sur la disparition inquiétante d’une jeune fille de notable… Fausses pistes et faux semblants seront au rendez-vous de ce thriller qui flirt plus du côté de la chronique sociale que du polar horrifique.

Raimi renoue ici avec le fantastique, mais plus de cette manière outrancière qui a fait sa renommée. Le surnaturel est ici représenté par le don d’Annie Wilson (magnifique Cate Blanchett), une cartomancienne qui joue plutôt le rôle de confidente, voire de psychologue, que de voyante auprès de ses congénères. Cet aspect est très finement abordé, car les superstitions persistent dans ces petites villes de campagne. Ainsi que les sentiments de solitude et d’isolement affectif…

A mille lieux de son cinéma spectaculaire, très référencé « comics » (Mort sur le Grill, Mort ou vif, Spider Man…), cette histoire, traité de manière réaliste, repose sur la force des personnages et la finesse de jeu des acteurs (impressionnant Giovani Ribisi dans le rôle du très perturbé Buddy). Il nous démontre ici qu’il est un authentique directeur d’acteur. Mon film préféré de Sam Raimi.

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The Adventures of Tintin : The Secret of the Unicorn(2011)

L’adaptation de Spielberg et Jackson, c’est encore Haddock qui en parle le mieux…

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La légende d’Ignaqua – Jean Christophe & Hugo Druez (2010)

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La légende d’Ignaqua est un moyen métrage d’animation réalisé par un ami et son fils. Ce projet a duré plus de trois ans. Outre le travail de prise d’image en stop motion, nécessitant au minimum 12 images à la seconde (l’idéal étant 24), il a fallu créer les mouvements et les effets spéciaux. Intégrer les personnages dans des décors parfois en 3D, parfois en images réelles. C’est la grande richesse de ce moyen métrage, de nombreuses techniques ont été utilisées, mais plutôt que de donner une impression de patchwork ou de fourre-tout technique, le résultat est d’une grande cohérence esthétique. Et magique… JC a su utiliser, à chaque temps fort de l’histoire, la technique qui convient le mieux. Quand par exemple, il use d’un effet de caméra subjective avec image réelle lorsque qu’un des personnages (Vakama) tombe à l’eau. C’est bien vu car cela renforce l’intensité dramatique de la séquence en favorisant l’identification au personnage.

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Les héros Nokama et Vakama

Autre réussite, avoir su rendre vivant et chaleureux des robots en métal, pas particulièrement beaux. Gros travail encore une fois pour créer les expressions des visages et les mouvements les plus dynamiques et fluides possible. Le travail des voix est tout aussi important pour donner une âme à ces jouets en plastique. C’est là que les amis sont intervenus (l’ami Swamps en parle aussi sur son blog). J’ai pour ma part doublé le personnage de Vakama. Ce fut une expérience totalement enrichissante et bien fun. J’ai pris beaucoup de plaisir à rejouer les scènes, à trouver le ton juste en fonction des situations, parfois dramatique, parfois désinvolte, parfois candide, parfois prétentieux, parfois courageux… Bref, on s’est bien amusé à faire ça. Ca nous a permit d’entretenir notre âme d’enfant. Car le but principal de JC était de mener à terme ce projet avec son fiston qui, de fait, en devenait le directeur artistique et surtout le directeur de conscience. Son rôle aura été de contribuer à conserver cet aspect ludique et infantile. C’est un film qui s’adresse aux enfants de tous âges, et JC a su conserver cette dimension tout au long de sa réalisation. On peut voir d’ailleurs dans certaines scènes les personnages évoluer dans des décors qui semblent factice, des décors de jouet. Ce qui confirme ce sentiment.

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Le bon Hydraxon

Deux jeunes Matoran, Vakama et Nokama, tombent par hasard sur un masque de Toa. Le vieux Turaga de leur village leur raconte alors la légende d’Ignaqua et leur confit la mission de remettre le masque à son seul destinataire, le prince Hydraxon. Mais ce dernier est le prisonnier du vil Maxilos, qui cherche à s’emparer du masque afin de contrôler les 4 éléments et ainsi devenir le maitre absolu. S’en suit alors une quête effrénée pour libérer Hydraxon et sauver le mondeJC a crée une histoire originale, sans trahir la « mythologie » des Bionicle (la présence des 4 éléments, l’évolution des personnages en Matoran – Toa – Turaga… Il y a intégré des éléments narratifs issus d’autres séries, en particulier Stars Wars et le Seigneur des Anneaux. Une histoire sympathique, dont les ressorts narratifs sont parfaitement maitrisés. Il n’y a pas de longueurs ou d’incohérence dans le scénario. Mais ce que je retiendrai du film, ce sont ses grandes prouesses techniques.

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Le vil Maxilos

J’ai pu voir évoluer ce projet au fil des années, et me rendre compte du travail de Titans qui a été réalisé.Pas moins d’une dixaine de logiciels ont été exploités. Outre les prises de vue en stop-motion, la création des décors en 3d ou à partir d’images réelles. Il y a eu tout ce travail en amont sur le scénario, les dialogues, le découpage, le séquençage, le choix des plans… Tout en respectant les règles cinématographiques de bases (règle des 360°, champ contre-champs…) ainsi que le rythme de l’histoire. L’incrustation des effets spéciaux (car il y a de nombreux combats et poursuites), le travail du son, des effets sonores. L’intégration de la musique et des doublages, qui contribuent au dynamisme du film. Bref, tous ces éléments qui, dans les milieux professionnels, sont réalisés par différentes équipes ont été ici menés de bout en bout, et de manière remarquable pour un amateur, par un seul homme. Chapeau l’ami ! Et merci de nous avoir fait partager cette superbe aventure ! 

 

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Trailer du film

Le lien du film sur Vimeo

Interview de JC par le site officiel francophone Bionifigs

Into the Wild – Sean Penn (2007)

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Into the Wild nous raconte l’histoire vraie de Christopher McCandless, un jeune homme de 22 ans promis à un bel avenir, qui décide de tout plaquer et de partir à l’aventure jusqu’en Alaska. Sean Penn s’est appuyé sur ce fait divers (qui fut aussi un livre de Jon Krakauer) pour nous offrir un film sensible et émouvant. Il ne porte aucun jugement et décrit sur un mode impressionniste la quête initiatique d’« Alex Supertramp ». L’histoire nous est racontée en voix off par la sœur de Christopher. Sean Penn illustre les étapes de son parcours, de ses rencontres, de ses souvenirs… 

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Penn n’explique rien, ne justifie rien des actes d’Alex. Il s’attache seulement à retranscrire le plus sincèrement possible les émotions vécues et les sentiments partagés par les personnages. Un cinéma du sensible (et non de la sensiblerie), s’appuyant sur la force des images (des splendides décors naturels) et des situations, nous emmenant à la rencontre de personnages émouvants, authentiques… La réalisation est magistrale. Tous les éléments se combinent à merveilles, entre la photographie (magnifiques couleurs et lumières naturelles), la narration (entre récit en voix off, flash back et situations présentes), les dialogues (d’une vraie justesse), les personnages (tous attachants), l’interprétation des acteurs (tous remarquables),  la musique (les chansons d’Eddie Vedder créent une résonnance particulière avec les situations vécue par Alex), tout sonne juste, précis, en accord parfait. On suppose en amont, un véritable travail d’orfèvre, méticuleux, pour un résultat d’une fluidité et d’une légèreté déconcertante. 

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Bien plus que la retranscription d’un fait divers un peu particulier, Sean Penn nous offre un conte philosophique. Les rencontres que peut faire Alex ne sont pas anodines. Les personnes qu’il croise au hasard de ses pérégrinations représentent en fait ceux qu’il quitte, ce qu’il fuit : une mère, une sœur, un père… Non par rancœur ou une quelconque forme de revanche, mais par choix délibéré. Son changement de patronyme nous prouve qu’il cherche plutôt à fuir de lui-même, à s’échapper de ce qu’il était ou ce qu’il devait devenir. Les rencontres qui balisent ce parcours initiatique lui permettent de tester sa détermination à pouvoir se détacher des autres et partir seul dans la nature. Son ambition première semble, non pas de vivre en ermite, mais de renouer un contact perdu avec la nature. Ce qui ne veut pas dire retourner à l’état de nature, mais bien de (re)trouver sa véritable humanité. Car Alex part peut-être seul, mais il emmène avec lui son amour (et l’amour) des autres, auprès desquels il laissera une empreinte indélébile (ses derniers mots sont significatifs, lorsqu’il écrit que le bonheur ne peut qu’être partagé). 

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Alex part à l’aventure sans véritablement anticiper ce dont il aurait besoin pour sa survie. Il se prépare tout de même physiquement et ses multiples rencontres l’aident à organiser au mieux son périple dans le grand nord (on lui offre des bottes, un fusil, du matériel de pêche…). Alex est porté par une motivation qui le dépasse. Une sorte de transe « lucide » qui ne le quittera jamais, alimentée par ses lectures et ses fantasmes. Il est en paix avec lui-même et le monde qui l’entoure. Ou du moins cherche-t-il à l’être, avant d’aboutir « into the wild ». Cet appel de la nature peut être vu comme la métaphore d’une accession à une forme de sagesse, de plénitude éternelle, basée sur la contemplation de la nature sauvage et l’envie d’y vivre en osmose… Cette arrivée dans les grandes étendues d’Alaska donne lieu à des scènes surréalistes, entre la présence du Magic Bus (que fait ce bus de Fairbanks City abandonné en pleine nature ? On peut le voir comme un signe, une présence de la civilisation), ou sa rencontre avec le grizzli, l’autre prédateur des lieux. Vivre en harmonie avec la nature suppose pour l’homme de trouver sa place dans un écosystème impitoyable…

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Une noble quête, qui peut paraître vaine à notre époque, mais à laquelle Alex croit, et cherchera à atteindre coute que coute. C’est pourquoi la fin de son périple n’est pas dramatique. Au contraire, il aura été au bout de ses rêves, de sa quête, et sa mort en devient secondaire, anecdotique (même si pour la famille de Christopher, c’est un véritable drame). C’est en cela que Penn a su se démarquer du fait divers pour nous proposer une fable qui transcende son sujet. Une œuvre sublime, sans idéalisme ni misérabilisme… C’est rare.

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http://www.intothewild.fr/

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