Archives pour mai 2014

Chronique K.BD – Moi René Tardi, Prisonnier du Stalag IIB

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Qu’elle soit le sujet principal ou la toile de fond de ses récits, la Der des Ders hante Jacques Tardi depuis des lustres, de Brindavoine à C’était la guerre des tranchée, sans oublier les deux volumes de Putain de guerre ! Si au fil du temps, Tardi est devenu un spécialiste en la matière, on ne peut réduire son œuvre à cela et occulter tous les autres aspects de son incroyable production (adaptations littéraires, saga feuilletonesque, récits fantastiques, illustrations… Nous ne sommes pas étonnés de le voir enfin s’attaquer à la Seconde Guerre mondiale. Et quel meilleur prétexte pour aborder la « 39-45 » que de raconter le vécu de son propre père. Un travail de mémoire, toujours, mais également un travail de réhabilitation, de compréhension. Comprendre enfin ce qui a pu rendre ce père si aigri envers ses semblables, si haineux de la nation.

A la différence de ses autres récits de guerre, celui-ci l’implique directement, puisqu’il concerne son père, à qui il a demandé de raconter son expérience de prisonnier de guerre. « J’ai lu ces trois cahiers d’écolier couverts d’une écriture fine, quelquefois difficile à déchiffrer, avec des croquis explicatifs pour combler ce que les mots laissent d’imprécis et que seul le dessin pouvait rendre évident. J’ai lu ces trois cahiers, les ai rangés dans une boite avec des photos qui avaient un rapport avec cette époque. Je me suis dit qu’un jour j’en ferais quelque chose, que je raconterais tout ça en mettant des images sur son texte… »
L’ouvrage ne s’appuie pas que sur un travail de recherche (domaine dans lequel il excelle), il se rapproche plus du témoignage direct illustré. Il évite ainsi l’écueil du documentaire en y induisant une dimension romanesque.

Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B est un récit de guerre, mais aussi un récit du monde carcéral, vu de l’intérieur. C’est pourquoi il trouve sa place dans cette thématique de mai. L’humiliation, le confinement, la routine, la misère, la faim, les maladies, les souffrances de l’enfermement, l’espoir de la fuite… les conditions de vie d’un camp de prisonniers sont authentiquement décrites. Un témoignage précieux, emprunt d’émotions graves, qui ne manque pas de drôlerie pour autant. Zaelle apprécie le ton parfois léger du récit, quand par exemple « René Tardi raconte les mille et une petites choses que les prisonniers de guerre avaient imaginé pour rendre fous leurs gardiens ». Lunch a raison : « le récit ne se veut pas défaitiste, volontiers amer et rancunier certes, mais il entretient toujours une notion d’espoir et de lucidité sans s’apitoyer sur des conditions de vie déplorables ».

Les choix narratifs de Tardi soulignent cette dimension émotionnelle et intime, lui permettant de mettre en scène un dialogue filial qui n’a jamais eu lieu. Il s’implique directement dans l’histoire, se représentant sous les traits du jeune homme qu’il était à l’âge où il se posait ces questions, qu’il n’a jamais eu l’occasion d’aborder avec son géniteur. Une posture de Candide qui l’autorise à des propos naïfs, appelant un char un tank, insistant lourdement sur l’hypothétique évasion du paternel…

Cet échange père-fils comme principe de narration est le seul point de cet album qui ne fasse pas l’unanimité. Zaelle et moi-même trouvons cette approche riche et originale, Badelel est admirative devant ce joli tour de passe-passe qui nous sauve d’une voix off qui aurait pu être plate. Yvan et Legof eux, n’ont pas accroché et ont préféré la deuxième partie du récit, plus descriptive. Lunch trouve ce dialogue post-mortem plutôt troublant.

De cette manière, Tardi installe une distance juste et confortable pour raconter dans les détails les conditions d’incarcérations de ces nombreux prisonniers. Yvan souligne qu’à la différence de ses autres récits de guerre, il nous met ici dans une posture de spectateur plutôt appréciable. Nous sommes les témoins indirects des événements décrits, sans induire de phénomène d’identification forte au personnage principal. Même si Legof a raison d’évoquer de fait qu’il est fort possible qu’au moins un membre de notre famille ait connu cela sans qu’on ne le sache vraiment.

Cette mise en page stricte de trois cases panoramiques par planche me semble une bonne idée. Car cette contrainte l’oblige à jouer sur les focales (plan d’ensemble, plan américain, gros plan…), ce qui rend la lecture fluide et dynamique. A l’inverse, Badelel considère que « le découpage systématique en trois bandes par page assez habituel chez Tardi maintient un côté statique et documentaire à l’ensemble qui n’aide pas intégrer la dimension émotive du discours ». Il se dégage une impression de succession de photos d’époque. Impression d’autant plus renforcée par le choix d’une coloration (réalisée par sa fille Rachel) faite de marron-gris et d’ocres, conférant un aspect sépia, vieillot et sombre qui colle parfaitement à l’époque.

Graphiquement parlant, Tardi a depuis longtemps abouti à son vocabulaire pictural. Cette ligne claire qui s’attarde sur les sombres aspects de l’âme humaine. Même si ici, il focalise peu sur les horreurs et s’intéresse plus aux vivants. Car nous connaissons le dénouement de l’histoire, nous savons que son père s’en sortira. Mais à quel prix ? Seul Tardi et les siens le savent réellement. Et nous surement, dans le deuxième volume en préparation. Car en effet, comme l’évoquent très justement Lunch et Badelel, c’est seulement à la dernière case que l’on prend connaissance d’une suite, qui n’a été annoncée ni par l’auteur, ni par l’éditeur.

Si, au niveau de la forme et des choix narratifs de Tardi, les avis divergent, nous sommes tous d’accord pour dire que cet album est un témoignage précieux, sortant de l’oubli un pan peu glorieux de notre histoire moderne.

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 Lire l’article sur K.BD

Dix questions pour une bibliothèque #5 : Bruce

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Impossible de ne pas convoquer l’ami Bruce pour répondre à ce questionnaire. Depuis toujours grand amateur et collectionneur exigeant de belles pépites culturelles, tant pour leur contenu que leur contenant (disques, films, livres, bandes dessinées…), il aime à jouer le rôle de passeur, transmettant volontiers sa passion pour les bonnes choses (la liste serait trop longue si je devais détailler). C’est dans cette optique qu’il lança il y a quelques années maintenant le forum Secteur 7, qui nous permit d’échanger à loisir sur nos découvertes et coups de cœur culturels. Et nous aura surtout mit le pied à l’étrier de l’aventure « bloguèsque ». Il est donc plaisant de le voir prodiguer ses précieux conseils sur son blog My Name is Bruce qui, quelque part, existait bien avant sa création en 2009. Curieux, exigeant et précis, ses avis sont assumés et toujours argumentés. A l’image de ses réponses. Merci pour tout frangin et happy birthday !

1) Quelle place prend ta bibliothèque chez toi ?

Matériellement, elle prend deux murs. Dans mon cœur et le plaisir qu’elle procure à mon regard elle prend bien plus que tous mes mètres carrés. Quand j’ai emménagé, sa place a d’ailleurs été choisie avant tout autre chose.

2) Quelle est sa configuration (en un seul bloc, en plusieurs parties, dans différentes pièces…) ?

Elle est actuellement en deux parties et dans deux pièces bien distinctes. Les BD et quelques beaux livres consacrés à des artistes (Ronis, Salgado, Schiele, Hopper, Kafka, Hemingway, Hitchcock, Carpenter, Al Pacino… sur Freud aussi) se trouvent dans trois bibliothèques de 80 cm de large et 160 cm de haut. Elles sont présentes dans le séjour, la pièce où je suis le plus souvent. Ces tailles ne me permettent pas d’y ajouter mes romans qui se trouvent sur des étagères faites sur mesure et fixées dans un couloir menant à la chambre et la salle de bain.

3) Possèdes-tu un classement particulier (si oui lequel) ? En changes-tu souvent ?

Je ne change pas ou plus. J’intègre juste mes dernières dépenses sans bouleverser quoi que ce soit. Je m’efforce à tenir un rangement avec lequel je n’ai guère de soucis pour trouver en quelques secondes l’oeuvre que je recherche. Je classe donc le plus souvent par maison d’édition. C’est plus simple car les formats et les couvertures s’adaptent bien entre elles et les auteurs sont souvent fidèles à leur éditeur. C’est vrai que c’est plus difficile de s’y retrouver avec les romanciers que les dessinateurs car ils sont édités en premier lieu en format large puis, en second lieu, en poche ou autres. Comme je ne mélange jamais les formats, je fais alors de mon mieux en fonction de ce que je possède pour ne pas perdre de vue que les œuvres du même auteur doivent se retrouver le plus proche possible entre elles. J’essaie d’intégrer aussi le fait que ce soit visuellement agréable pour les yeux, par conséquent plus lumineux, jonglant ainsi avec les couleurs et les polices d’écriture. C’est mon unique méthode car j’en suis pleinement satisfait. C’est un exercice qui me plait, celui d’insérer des nouveaux venus car j’aime tout autant manipuler les livres que les observer posés. J’aime à penser que mes livres sont heureux que je leur trouve la place qui leur conviennent.

4) Que contient-elle essentiellement ? Littérature, Art, Histoire, science, fiction, science-fiction, fantastique, auto, biographique, bande dessinée, essai, roman..?

Des BD bien sûr, donc de la fiction. 70% de mes livres sont des thrillers ou des policiers. 20% sont des romans et des essais. Le reste oscille entre le bio et le fantastique. Quelques beaux livres aussi en très grand format comme je l’ai dit plus haut. Cela peut paraître « léger » mais c’est en définitive beaucoup du fait que ma BDthèque s’est constitué en moins de trois ans. Aussi, j’ai acheté le premier roman de cette « nouvelle » collection personnelle il y a à peine deux ans. J’ai été un grand dépensier DVD et CD par le passé et j’ai rééquilibrer les dépenses avec cette nouvelle passion que sont les livres et abandonner quelques peu les bibliothèques de ma ville. En tout cas, si j’achète généralement plus vite que je ne lis, la tendance est en train de s’inverser.

5) Quelle est la proportion entre livres avec images et sans images ?

Je peux te répondre sans commettre d’erreur car tout est rentré sur deux sites spécialisés en ligne. Je possède à peu prés 350 BD et plus de 120 bouquins. Trois quarts des livres sont donc avec images et le quart restant n’en contient aucune. Je suis pleinement satisfait de ma BDthèque qui stagne par ailleurs depuis un long moment. Puis, je commence à découvrir des romanciers qui me passionne, qui plus est des auteurs qui ont beaucoup publiés. Cela devrait s’équilibrer dans les deux ou trois années qui viennent.

6) Tes ouvrages sont-ils globalement rangés à l’horizontale ou la verticale ?

A part deux trois rares exceptions, ils sont tous rangés à la verticale et quelques uns sont même mis à la verticale avec couverture mise de face. C’est un deux en un, que dis-je, un trois en un ! En un – enfin qu’importe l’ordre – c’est chouette de mettre la couverture de face comme dans une librairie. C’est comme un tableau ou une affichette qui égaye l’étagère alors que l’emplacement serait vide et trop immaculé. Puis, en deux, c’est bien pratique car placés ainsi ils me servent de serres-livres. Enfin, en trois, ça laisse de la place pour un éventuel rangement qu’un dernier achat viendrait bousculer. Je te l’accorde, il faut encore avoir de place pour pouvoir faire de la sorte. En somme, seules mes lectures en cours sont à l’horizontale, posées sur une table, le lit ou le canap’.

7) Et tes nouvelles acquisitions ? Les ranges-tu à part ou trouvent-elles de suite leur place définitive ? Avant ou après leur lecture ?

Mes nouvelles acquisitions intègrent immédiatement leur place définitive ou presque définitive.

8) Es-tu globalement satisfait de ta bibliothèque ?

Je suis très satisfait de ma BDthèque, surtout en one-shot. Je pense avoir Les et surtout Mes essentiels même si dans l’absolu je ne me débattrai pas si j’avais la place et le budget pour qu’elle soit doublée. A présent, je pense que seulement de nouvelles sorties viendront l’enrichir comme récemment avec mes achats des derniers Winshluss et Alfred ou une bonne occasion qui m’aurait échappé comme « Coney Island Baby » de Nine Antico que j’ai acheté la semaine dernière à -60%. Pour les livres c’est différent, elle est en construction. Je suis dans une phase d’attaque. Je me séparerai des livres qui m’ont déplu pour les remplacer par d’autres jusqu’à ce qu’elle soit très satisfaisante.

9) Qu’y manquerait-il ?

Quelques intégrales tels que Blueberry, Monster, Gaston Lagaffe, Les Bidochons, Corto Maltese… mais ça va venir. Je pense avoir des étagères de BD qui ont de la gueule. C’est plus compliqué pour moi pour les livres car j’ai une lecture très imagée et elle est constamment cinématographique, c’est pour ça que j’ai surtout des thrillers ou des romans aux ambiances que j’aime trouver dans les films. De plus, le mot peut sembler un peu fort, mais je déteste tout ce qui est historique et se passe antérieurement aux années 50. Ce qui pour le coup, en littérature, exclu forcément un paquet de belles œuvres. Il me faudra un grand travail de lecteur, d’ouverture d’esprit pour pouvoir constituer une bibliothèque qui soit à la hauteur. Depuis mon enfance je possède dans les domaines musicaux, cinématographiques et la bande dessinée mes coups de cœur d’hier et d’aujourd’hui. Ce sont les mêmes oeuvres dont on parle et on parlera encore dans trente ans. Je suis fier de ça. En romans, je suis timide pour m’aventurer, je suis comme un jeune dépuceler qui va encore mettre du temps avant de bien s’y prendre. Avec l’expérience je compte découvrir quelques maîtres tout en continuant de m’enrichir de Kafka, Fauklner, Ellroy, Auster et Roth dont je suis loin d’avoir ne serait-ce que la moitié de leurs écrits. Il n’y a bien évidemment pas d’obligation, mais quand ma culture s’élargira ma bibliothèque s’agrandira en conséquence. De quoi ? Je ne le sais pas encore. Mais il ne fait aucun doute qu’il y aura toujours plus de thrillers que tout autre genre et que je fais le pari qu’il n’y aura aucun roman historique !

10) Comment la vois-tu évoluer ?

Physiquement ? Continuant sans cesse mes achats je serai amené à changer un jour pour un mobilier plus « classique », qui prendra toute la largeur et hauteur du mur de mon séjour. Des bibliothèques moins profondes mais plus hautes que celles que j’ai aujourd’hui.

Sentimentalement ? Une bibliothèque doit en permanence grandir à tes cotés et vice-versa. Tout ça à un coût mais ce serait comme être sans souffle si je devais ne plus l’enrichir. Ce sont des œuvres d’art, il faut chiner, fouiller puis toucher, les sentir et les chérir. Oui, je compte posséder tout ce que j’aime. Je ne peux concevoir l’amour sans possession.

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Megaskull – Kyle Platts (Nobrow, 2012)

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Durant les années 60-70, bon nombre de dessinateurs undergrounds ont expérimenté la bande dessinée sous prise d’acides (relire d’anciens numéros d’Actuel). C’était la grande époque du psychédélisme et des fanzines marginaux (aux Etats Unis et en Europe). Le résultat était la plupart du temps illisible, tant au niveau de la forme (planches totalement déstructurées, des formes et des figures improbables) que de la narration, qui se perd dans une succession incohérente de scènes ne répondant à aucune logique, si ce n’est celle du trip de l’auteur. De fait, la plupart de ces productions n’ont d’intérêt que comme « performances », à resituer dans leur contexte (même celles de Crumb).

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Le Megaskull de Kyle Platts évoque à plus d’un titre cette BD sous stupéfiants. Avec ces couleurs flashy et acidulées qui ne respectent rien, ces compositions hyper saturées (aucun espaces, aucun blancs), ces figures toutes droites sorties d’un cerveau déjanté (avec ces gueules improbables à la dissymétrie dérangeante). Mais là où s’arrête la comparaison, c’est dans la maitrise du médium. Car Kyle Platts sait parfaitement ce qu’il fait. Certes ses histoires et ses personnages sont plutôt perturbés et perturbants, ils n’en demeurent pas moins cohérents. Un univers qui se suffit à lui-même, entre autofiction et science-fiction, abordant par l’absurde les thèmes graves de l’aliénation, du temps qui passe, de la mort…

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« Un amoureux transi aux yeux puants, un Forrest Gump du cyclisme, une tragédie à l’ANPE de l’espace, la véritable histoire de la conquête de l’Ouest américain (en juste 5 pages!), plusieurs opérations chirurgicales de l’extrême, et 22 façons pour un hamster d’en finir avec la vie. » (Site de l’éditeur). Ces courtes histoires « qui tuent » – mettant en scène des losers, déviants, freaks et autres extraterrestres – passent au crible nos comportements de primates conditionnés. Platts use de ce graphisme « maladivement » enfantin (qui m’évoque des dessinateurs du Psiko tels qu’Ivars, Caritte, Texier ou Sirou) et de cet humour noir « so british » (très distancié), pour nous jeter en pleine face toute la laideur de notre monde moderne.

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Dix questions pour une bibliothèque #4 : Philippe Annocque

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Le cœur de la bibliothèque est tout en bas à gauche…

Philippe Annocque m’a fait le plaisir de répondre à ce questionnaire. C’est après s’être découvert un intérêt commun pour la revue (A suivre) et ses auteurs (dont Imagex qui décidément, réunit les hommes), que j’ai découvert son blog hublots, dans lequel il s’exprime sur ce qu’il aime, mais pas que. Écrivain, c’est pour lui un espace de création littéraire et poétique, un véritable « work in progress » qui ne se réduit pas à de la prépublication, mais est considéré comme un support de diffusion à part entière. A ce titre, son travail autour de son jeune grand père est remarquable et prend tout son sens dans ce type de format. Il ne me reste plus qu’à me procurer son roman « Monsieur Le Comte au pied de la lettre » dont il parle ici. Ce sera je pense une très bonne entrée en matière. Merci Philippe.

1) Quelle place prend ta bibliothèque chez toi ? 2) Quelle est sa configuration (en un seul bloc, en plusieurs parties, dans différentes pièces…) ? Difficile pour moi de séparer les deux questions. Tous les livres ou presque sont rangés dans une seule pièce qui leur est consacrée. J’ai du mal avec l’idée que tout un chacun en entrant chez moi puisse voir mes livres, ça fait vraiment partie de mon intimité. J’ai d’ailleurs exploité ce sentiment en le poussant jusqu’au burlesque dans un de mes livres, Monsieur Le Comte au pied de la lettre, dans lequel l’un des personnages installe ses toilettes au centre de la plus grande pièce de sa maison à l’étage, tout l’espace autour du trône étant réservé aux livres.

3) Possèdes-tu un classement particulier (si oui lequel) ? En changes-tu souvent ? J’ai mis en place il y a longtemps un classement particulièrement inefficace, mais je n’ai pas le courage de le bouleverser. Les livres (ceux de littérature, les plus nombreux) sont classés d’abord selon la langue dans laquelle ils ont été écrits ; et à l’intérieur de chaque langue, selon un ordre strictement chronologique (c’est la date de naissance de l’auteur qui prime, et à l’intérieur de l’œuvre de chaque auteur la date de publication de chaque livre). Pour les auteurs anciens, ça va encore. Quand on arrive au XXe siècle, ça devient vite ingérable : les auteurs sont de plus en plus nombreux et ils vivent de plus en plus longtemps. C’est une catastrophe.

4) Que contient-elle essentiellement ? Littérature, Art, Histoire, science, fiction, science-fiction, fantastique, auto, biographique, bande dessinée, essai, roman..? La littérature (poésie et théâtre compris) est très largement majoritaire. La BD est aussi bien représentée – surtout celle des années 80. Beaucoup de livres aussi autour, disons des sciences naturelles : botanique, zoologie, mycologie, théorie de l’évolution. Beaucoup de livres de linguistique, aussi. En fait tout cela correspond à des périodes différentes de la vie. Ça se complète. Il y manque la science-fiction – j’en ai beaucoup lu, mais c’était plus jeune, dans la bibliothèque paternelle. Et des livres d’art aussi, oui.

5) Quelle est la proportion entre livres avec images et sans images ? Difficile à dire, d’autant plus qu’il y a aussi des livres avec peu d’images mais un peu quand même. Je dirais trois quarts sans, un quart avec. Le déséquilibre est peut-être plus important encore. Pourtant j’aime beaucoup les livres avec des images. J’ai d’ailleurs des projets personnels de livres avec des images.

6) Tes ouvrages sont-ils plutôt rangés à l’horizontale ou la verticale ? A la verticale. L’horizontale, c’est quand vraiment la place manque – et elle manque. Du coup beaucoup de livres sont en double épaisseur. C’est un problème.

7) Et tes nouvelles acquisitions ? Les ranges-tu à part ou trouvent-elles de suite leur place définitive ? Avant ou après leur lecture ? En effet, j’ai une petite bibliothèque spécifique où attendent des livres récemment acquis et en attente de lecture. C’est surtout de la littérature contemporaine.

8) Es-tu globalement satisfait de ta bibliothèque ? Non. C’est un crève-cœur. Je me dis tout le temps que je devrais tout revoir, tout changer, et je n’ai pas le courage de m’y mettre. Je sais bien que de toute façon la place manquera toujours.

9) Qu’y manquerait-il ? C’est surtout la place qui manque. En même temps cette place qui manque est la représentation physique du temps qui me manque aussi pour lire tout ce que je voudrais lire. Au fond ce questionnaire nous renvoie à notre mort prochaine. C’est affreux.

10) Comment la vois-tu évoluer ? Oh la la.

[Entretien réalisé par courrier électronique le 1er Mai 2014]

Les Illustres (Un Sourire de toi et j’quitte ma mère, 2002)

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Les illustres est un bel ouvrage collectif qui recense ce qui ce fait de mieux en matière d’illustration. « Au delà de présenter des illustrateurs et leurs coordonnées, une des principales originalités de ce livre est de montrer plus de quatre cents images de commande qui, pour la première fois réunies, manifestent l’exceptionnelle richesse de l’illustration de ces dernières années. » (introduction de l’ouvrage)

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Olivier Besson

Les œuvres présentes sont toutes des commandes. Un exercice difficile pour l’auteur car il faut respecter les contraintes du commanditaire (de thème, de temps…) sans concéder de sa liberté créative. Difficile de conserver une ligne artistique cohérente lorsqu’on répond à des exigences extérieures, souvent commerciales (en même temps, ce n’est pas incompatible, il faut bien vivre). Tous les artistes présents y arrivent parfaitement (qu’ils viennent de la bande dessinée, de l’illustration jeunesse ou du dessin de presse). Car un thème imposé peut susciter l’inspiration, une contrainte peut ouvrir sur de nouvelles latitudes… On se rend compte à la lecture de cet ouvrage que, même sorties de leur contexte, bon nombre de ces illustrations se suffisent à elles-mêmes et dégagent une puissance d’évocation incroyable.

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Sophie Dutertre

Quelques noms : François Avril, Stanislas Bouvier, les Chats Pelés, Paul Cox, Willem,  Ronald Curchod, Marc Daniau, Dupuy et Berberian, Sophie Dutertre, Michel Galvin, Jochen Gerner, Miles Hyman, Killoffer, Pierre La Police, Lorenzo Mattotti, Frédéric Rébéna, Philippe Weisbecker, Jacques de Loustal, Jean Claude Gotting, Ludovic Debeurme, Muzo, Alexio Tjoyas, Jean Marc Rochette…

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Mettre en lien les illustrateurs et les directeurs artistiques, telle est la finalité de ce projet (les coordonnées des illustrateurs et des supports sont proposés en index). Il n’est toutefois pas obligé de faire parti de ce milieu pour apprécier cet ouvrage (amateur de beaux dessins suffit), dont les qualités d’impression mettent pleinement en valeur les œuvres présentées.

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Alexio Tjoyas


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