• Accueil
  • > Archives pour octobre 2011

Archives pour octobre 2011

Poustiquet – Bindle (édition atelier cauchois, 1977)

Couv_117558

En faisant du rangement dans ma bibliothèque, j’ai retrouvé cet album de Poustiquet que je possède depuis toujours. Je m’apprête alors à le relire avec une certaine déception nostalgique – comme on peut le ressentir lorsqu’on redécouvre avec un regard adulte une œuvre appréciée durant sa jeunesse – et je dois avouer avoir été agréablement surpris par la qualité de cette série. Surpris de constater que j’avais encore en mémoire bon nombre des gags de cet album, regroupés en sept thématiques. Cette série en apparence gentille et bon enfant recèle des perles d’humour noir ou légèrement salace dont je ne saisissais pas alors, toute la portée.

Poustiquet - Bindle (édition atelier cauchois, 1977) dans Chroniques BD ppoustiquet

Poustiquet est l’archétype du français moyen, dans toute sa diversité et ses contradictions : marié mais coureur de jupons, chasseur mais aussi défenseur des animaux, souvent pochetron, parfois feignant, musicien excentrique, bandits de petits chemins, intermittent du spectacle ou adepte des congés payés… Ces strips publiés à l’époque dans le quotidien normand Paris-Normandie tiennent encore bien la route et relèvent, sans en avoir l’air, d’un esprit satirique.

Bindle possède un graphisme propre au dessin de presse, vif et direct. Une précision dans les détails, les décors, une maitrise du gag en strip, avec un sens de la chute souvent absurde et con…

6a00e551daa20b883300e55yzu dans Chroniques BD

Roland Vagnier signe Bindle, onomatopée qui faisait résonner les corridors de son lycée. Après des études d’architecture interrompues par la guerre, il travaille à la libération dans la presse parisienne en fournissant des dessins d’humour. En 1947, Paris Normandie l’engage comme dessinateur de presse.
Le 16 octobre 1949, il crée Poustiquet. Celui-ci sera publié tous les jours jusqu’au départ de son créateur en 1975 (plus de 7000 bandes et quelques rééditions sur la fin). Poustiquet fut distribué par Opera Mundi et visita ainsi d’autres quotidiens régionaux ou même étrangers, du Brésil en Israël.
(Pressibus)

Poustiquet ne restera pas dans les annales de la bande dessinée. Mais cet album est devenu pour moi une madeleine au goût plutôt savoureux…  

poustiquet

Bindle

Polina – Bastien Vivès (Casterman, 2011)

Polina - Bastien Vivès (Casterman, 2011) dans Chroniques BD polinacouvm

Polina nous raconte le parcours d’une jeune danseuse en quête de sens, qui fuit parfois mais n’oublie pas d’où elle vient et reste fidèle à ceux qui l’ont accompagnée durant tout son apprentissage, en particulier son premier professeur, Mr Bojinski. Entre la Russie, Berlin et Paris, Polina se cherche. Elle est douée, besogneuse, mais ne semble pas ‘habité’ par la passion de la danse. Entre désillusions professionnelles et déboires sentimentaux, Polina trouvera la plénitude et la reconnaissance de la profession bien après le conservatoire, lorsqu’elle quittera le ballet de Laptar pour se lancer dans la création d’une pièce mélangeant théâtre et danse. Devenue célèbre, Polina décide de reprendre le travail commencé 10 ans plus tôt avec son prof Bojinski. Comme pour boucler la boucle et rendre son tribu à celui qui l’a formé.

polinawhiteswan dans Chroniques BD

Digne héritier de Blutch, avec cette impression de fait à la va vite (qui ne l’est pas, bien évidemment), Vivès dessine ses formes d’un trait vif d’une efficacité redoutable, usant de pleins et de déliés qui confèrent à son graphisme les formes d’une calligraphie particulière. Il fait preuve d’une économie de moyen lui permettant d’être au plus juste dans le rendu des postures et des mouvements de ses protagonistes. Ses planches sont d’une grande sobriété, avec ce gris neutre qui atténue le contraste noir et blanc. Ses décors vont  à l’essentiel. Ils sont même inexistants lors des scènes de danse, comme pour ne pas parasiter la grâce et la sensualité dégagées par les danseurs.

On a beaucoup écrit sur cet album, sur le talent de Vivès, sa virtuosité graphique, sa maitrise de la narration qui, comme son personnage principal, est tout en impressions, en non-dits, développant une complicité particulière avec le lecteur. On entre dans l’intimité d’une danseuse, intimité artistique plutôt que sentimentale. Polina vieillie au fil de l’histoire et pourtant, son expression ne change pas. Elle reste cette jeune fille ingénue qui ne semble pas avoir conscience de son talent, mais qui arrive tout de même à prendre son destin en main.

comme quoi

Charlie Mensuel

charlieWheelan

Wheelan

Charlie mensuel, revue de bande dessinée des éditions du Square, active de 1969 à 1986, était un pilier de la presse bd pour adule. Un incroyable vivier d’auteurs et de dessinateurs, des classiques du comic-strip (Krazy Kat, Peanuts, Andy Capp, Popeye…) à l’avant-garde européenne (Crepax, Masse, Pichard, Druillet…) en passant par des auteurs ‘Mad’ (Kurtzman, Gotlib, Mandryka..). Sans oublier l’école italo-argentine (Breccia, Buzzelli, Munoz, Quino), des francs tireurs tels que Topor, Bosc ou Willem, ou les auteurs maison (Cabu, Cavanna, Gébé, Reiser, Wolinski..).

charlie pichard 

Pichard

Mais Charlie mensuel, c’était surtout de formidables couvertures. Usant très souvent de ce procédé – également utilisé par Robial pour certaines couvertures de la collection 30X40 de Futuropolis – consistant à agrandir et recadrer un élément du dessin ou une case de la planche, afin de créer une couverture originale.

charlieherriman 

Herriman

Une technique issue du Pop Art, en particulier les œuvres de Lichtenstein (bien que créées de toute pièce, ses compositions donnent l’impression, de par ces effets de trame, d’être des cases de bandes dessinées agrandies) ou de Warhol, qui reformatait et agrandissait des photos issues de papiers journaux (voir sa série des chaises électriques..). L’usage de couleurs vives et décalées renforce cette filiation au Pop Art !

charlievarenne 

Varenne

Ces superbes couvertures se suffisent à elles-mêmes. Belles et puissantes, elles peuvent s’exposer telles de véritables œuvres d’Art. Et heureusement, Charlie mensuel n’était pas qu’un contenant, son contenu était d’un haut niveau, rarement égalé depuis…

charlie1

Sydney Jordan

Librairie Goscinny

BDoubliées

D’autres encore sur le blog de Jerry Frissen

La maison close – Collectif organisé et initié par Ruppert & Mulot (Delcourt, 2010)

La maison close - Collectif organisé et initié par Ruppert & Mulot (Delcourt, 2010) dans Chroniques BD 101013c

La maison close est un projet qui réunit une trentaine d’auteurs en une seule histoire. Il faut tout le savoir faire de Ruppert et Mulot pour nous offrir un ouvrage collectif qui ne soit pas qu’une succession d’histoires courtes, mais une réelle bd chorale, dans laquelle les auteurs partagent l’affiche (et les planches) de manière équitable.

maimage43 dans Chroniques BD

Morgan Navarro, Lucie Durbiano et Florent Ruppert

Une bande dessinée à la dimension théâtrale, avec cette unité de lieu (la maison close donc) et de temps (tout se passe durant la même journée). Avec ces changements de décors correspondant à des changements d’actes. Les personnages font leurs entrées au fur et à mesure dans le déroulement de l’histoire. Ou plutôt au fur et à mesure qu’ils inventent l’histoire. Car cette maison close n’est autre qu’une forme originale de cadavre exquis. Une bande dessinée sous contraintes, dans laquelle chaque auteur est libre de faire évoluer son personnage dans un espace qui se limite à une petite dizaine de pièces (vestiaire, bar, salon, chambres, portail, escalier…) Chacun allant et venant à sa guise, ce qui favorise les rencontres imprévues, éléments déclencheurs de situations comiques et fantasmatiques. Le lieu s’y prête à merveilles…

image06pl

Boulet et Trondheim

L’histoire de cette maison close tient ses promesses. Il y a du sexe, mais aussi de la violence. Des cadavres dans une maison close, éros et thanatos sont une nouvelle fois réunis dans un album d’une richesse narrative incroyable. En particulier cette géniale mise en abime générée par ces personnages représentant les auteurs eux-mêmes, tout en étant leurs propres créatures… Richesse graphique également, dans cette confrontation de différents styles, unifiés par les décors dessinés par R&M. Un casting d’enfer dans lequel on retrouve la patte de connaissances appréciées (Zep, Killoffer, Trondheim, Boulet, Cestac, Mandel, Frédérik Peeters, Guy Delisle…) et d’auteurs moins connus qui ne mériteraient pas de l’être, moins connus (Nadja, Caroline Sury, Morgan Navarro, Sébastien Lumineau…)

image53ex

Peggy Adam, Frederik Peeters et Boulet

Un concept original qui nous démontre que R&M bouscule toujours autant les limites narratives du médium et contribue une nouvelle fois à « l’érosion progressive des frontières » chère à Menu ! Le point faible de cet album se situe au niveau de l’histoire. Décousue, s’inventant au fil des rencontres entre les personnages et des fantasmes des dessinateurs, on n’en retient pas grand-chose. Cependant, on accroche de bout en bout à cette expérience particulière, avec l’envie de savoir comment se terminera cet album de dingues.

maisonclose

Succursale maison close

Une lecture K.BD

Mon Papa – Reiser (Albin Michel, 1987)

Mon Papa - Reiser (Albin Michel, 1987) dans Chroniques BD mon-papa-reiser

Initialement sorti aux éditions du Square en 1971, Mon Papa marque un tournant important dans l’œuvre de Reiser. Il abandonne le gag illustré classique (dessin et légende en dessous) pour se lancer dans une forme de bande dessinée aux traits épurés et dépouillés. Il est celui qui a été le plus loin dans le minimalisme, signifiant ses formes par une étonnante économie de trait, associée à une précision chirurgicale dans la représentation des mouvements et expressions de ses personnages. Il reviendra plus tard à un dessin plus détaillé, plus fouillé, mais Mon Papa restera son œuvre la plus ambitieuse graphiquement. Son humour bête et méchant fait encore des ravages. Reiser dénonçait comme personne les abus de pouvoir de toutes sortes, autant qu’il critiquait les comportements ‘panurgiens’ de ses contemporains.

Je viens de lire la seule biographie officielle, réalisée de son vivant (en 1975) par son pote Yves Frémion. Pudique et discret, on en apprend peu sur sa vie, mais beaucoup sur son œuvre. Ainsi que sur son engagement pour la cause écologique, à une époque où ce terme était considéré comme un gros-mot.

autreiser11803200812502 dans Chroniques BD

En voici un large extrait dans lequel Frémion nous propose une analyse convaincante du ‘style Reiser’ : « Le dépouillement va atteindre ce degré maximum chez lui. Il ne dessine même plus un trait unique pour obtenir un bras : un vague coup de crayon pas droit suffit. Pour la tête, comme dans les dessins d’enfants, un trait concave ou convexe selon que la personne est contente ou pas, et le tour est joué. Les mains n’ont droit à des doigts que lorsque le poing se ferme, et seuls les attributs sexuels exigent un coup de crayon supplémentaire.

En fait c’est l’œil, notre œil, qui dessine les personnages de Reiser. [...] Il se contente de nous donner du sujet une vague idée, un plan mal foutu. A nous d’imaginer le reste du bonhomme, et, ma foi, c’est bien plus satisfaisant et flatteur pour cet œil. A la limite, c’est une invitation à faire nos dessins nous-mêmes, et l’on peut se demander si cette idée ne trotte pas de temps en temps dans sa tête. [...]

En dépit de cet aspect assez sommaire, son dessin est un des plus difficiles à imiter. Peut-être parce qu’il est l’aboutissement chez lui d’une démarche ; ce style ne lui est pas venu tout seul, il a dû travailler ce dépouillement, certainement de façon plus inconsciente que délibérée. Faisons cette expérience : tentons d’enlever dans une de ses planches un trait quelconque. Le dessin devient aussitôt incompréhensible, ou perd de sa signification. On ne peut gommer, on ne peut plus aller au-delà, du moins dans cette direction. Reiser est à la fin d’un mouvement graphique, son point ultime, sa phase la plus élaborée, la plus achevée.

Désormais, l’histoire du dessin d’humour (on peut trouver une expression moins prétentieuse, si certains la trouvent choquante) devra emprunter d’autres voies que celles du minimum vital.»

monpapapl

Reiser


Visiteurs

Il y a 1 visiteur en ligne

Du beau, du bon, des bds…

Du beau, du bon, des bds…

Mag’ & revues disponibles…

Mag’ & revues disponibles…


DuffDes!gn |
Le peuple des couleurs |
ateliers enfants |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | axecreations
| ART'S DATING - DJO CAFÉ-ARTS -
| Electivo Fotografía