Tônoharu – Lars Martinson (Le Lézard Noir, 2011)

 

Tônoharu - Lars Martinson (Le Lézard Noir, 2011) dans Chroniques BD arton1787

Tônoharu, c’est le nom du village où Dan, étudiant américain, est parti travailler durant une année comme professeur assistant d’anglais dans un collège. Par souci d’authenticité, Lars Martinson s’est appuyé sur sa propre expérience pour nous raconter cette histoire. Cependant, Tônoharu n’est pas, selon son auteur, un récit autobiographique, mais une fiction dans laquelle apparaissent quelques anecdotes issues de sa propre expérience.

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L’année nippone de Dan n’aura été que décalage. Décalage entre l’idée qu’il se faisait de ce travail et sa réalité quotidienne. Décalage culturel dans un japon rural où la barrière de la langue ne favorise pas l’intégration d’un jeune occidental. Décalage sentimental entre Dan et les femmes qu’il rencontre… Mais d’une manière générale, Dan semble en décalage avec sa vie, n’exprimant que peu d’affects, se laissant balader par les événements. Comme il le dit lui-même, cette vie au japon ne change, dans le fond, pas grand-chose pour lui. Au contraire, son étrangeté est ici considérée comme normale.

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Bien que cette histoire se passe au Japon, Lars Martinson ne fait aucune référence à l’esthétique nippone. Son trait précis et méticuleux est aux antipodes même de celui plutôt vif du Manga. Ces dessins sont de véritables miniatures stylisées qui illustrent parfaitement le spleen ressentit par les personnages. Lars Martinson use de la répétition des cases et des planches, une sorte d’itération iconique dont seulement quelques détails changent. Répétition des situations également, entre celles que vit Dan tout au long du récit et son remplaçant dans le prologue. Cette logique de répétition est au coeur même du récit et crée un rythme particulier, lent, rendant pleinement cette impression d’immobilité spatiale et temporelle dans laquelle évoluent les protagonistes, qui semblent comme figés dans des décors très détaillés.

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Martinson présente en postface ses choix esthétiques : « Le principe qui a guidé l’apparence générale de Tônoharu répond à cette question : à quoi aurait ressemblé un « roman graphique » au XIXe siècle ? Je commence le dessin par des croquis très simples au format timbre-poste. Je cartographie toute la scène à l’avance, cela me permet de penser la composition des cases les unes par rapport aux autres. J’utilise beaucoup de références photographiques [...] Dans les premières versions, j’utilisais beaucoup le blanc (i.e. la couleur du papier). C’était agréable à l’œil, mais l’effet d’accumulation ne rendait pas la lecture facile. Pour corriger cela, j’ai restreint le blanc aux bulles et aux personnages. Afin d’éviter les fonds monochromes et monotones, j’ai copié de manière éhontée le dessinateur canadien Seth dans sa gestion du duotone, en utilisant le noir et une couleur pantone, le gris. L’ajout du gris dans les parties les plus sombres du dessin crée un contraste fin sans compromettre la lisibilité. »

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Martinson n’est pas un virtuose du dessin. Cependant, son graphisme est maitrisé, en particulier ce contraste entre les formes rondes de ses personnages et les méticuleuses lignes de ses décors. Au final, ce roman graphique (qui rassemble les deux premiers volumes d’une série de quatre) est à l’image même du Japon, à la fois traditionnel et moderne. Edité par Le Lézard Noir, maison spécialisée dans l’ « avant-garde et japonisme décadent » ! Tout un programme…

Lars Martinson : Cartoonist

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