Archives pour août 2011

Working (adaptation graphique) – Studs Terkel (çà et là / Editions Amsterdam)

Working (adaptation graphique) - Studs Terkel (çà et là / Editions Amsterdam) dans Chroniques BD couv117895

Ce collectif d’auteurs indépendants américains, menés par Paul Buhle, me permet de découvrir le formidable travail de Studs Terkel, journaliste américain spécialisé dans les « Histoires Orales ». Interviewer des petites gens et retranscrire leurs dires sur des phénomènes de société qui les concernent directement : la guerre, la grande dépression, la musique Jazz… Une démarche qui m’évoque celle de Bourdieu pour La misère du monde.

Dans Working, Terkel s’attaque au monde du travail. Savoir comment les travailleurs eux-mêmes vivent, pensent et ressentent leur activité professionnelle. De ces points de vue personnels se dégage une vision globale du monde du travail, de ce qu’il représente dans notre société, de l’épanouissement ou l’aliénation qu’il peut apporter. Au delà des querelles politiques et idéologiques, cette approche offre des réflexions pertinentes sur des métiers aussi divers que musicien de jazz, courtier, ouvrier agricole, serveuse, manutentionnaire de supermarché, acteur, fossoyeur ou prostituée.

Cette adaptation en bande dessinée est globalement une réussite, en partie dû au travail d’adaptation de Harvey Pekar. Si certains dessinateurs s’appliquent à illustrer de manière parfois redondante ces entretiens radiophoniques, d’autres montrent de grandes qualités d’inventivité et d’originalité dans leurs adaptations, en particulier Emily Nemens, Peter Kuper, Dylan A.T. Miner, Sharon Rudahl ou Bob Hall.

Le style de vie avec lequel je suis familier, c’est le quotidien. Ce n’est pas parce qu’on écrit sur la vie de tous les jours que cela veut forcément dire que c’est inintéressant. En fait, c’est ce que je trouve le plus fascinant, parce qu’on a très peu écrit là-dessus. N’importe qui est potentiellement un excellent sujet de roman, de biographie ou de film. Félicitations à Terkel pour avoir retranscrit ces vies fascinantes. (Harvey Pekar en préface)

peterkuper dans Chroniques BD

Peter Kuper

çà et là

Dévorez des livres…

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Il est vrai que je ne chronique que rarement les livres sans images que je lis. Pourtant, j’en lis. Plusieurs en même temps d’ailleurs. Ce qui n’est pas forcement simple… Une biographie, un roman, un recueil de sketches et une lettre ouverte, voici donc mes lectures de cet été :

pixiesmaxi Pixies – les ovnis du rock (Camion Blanc, 2005)

Biographie intéressante pour découvrir l’histoire de ce groupe rock majeur de la deuxième moitié des années 80. Les Pixies ont développé une manière originale de composer, qui a inspiré bon nombre de groupe depuis, Nirvana ou Pavement entre autres : des couplets lents et retenus, associés à des refrains puissants et explosifs. Hurlements de Black Francis, contre-chants de Kim Deal. Sans oublier ce jeu de guitare particulier de Joey Santiago. Black Francis, devenu Frank Black après le split du groupe (sans vraies raisons apparentes) est un auteur-compositeur singulier. Et même si l’auteur précise que le point faible des chansons de Black viendrait de ses textes plutôt abscons, qu’il semble bâcler, toute une génération de fan s’y reconnait et adore ses paroles énigmatiques.

La particularité de cette biographie est que l’auteur nous raconte également l’histoire de Vicky, fan des Pixies depuis leurs débuts, qui est devenue de plus en plus obsédée par le groupe, puis par Franck Black, au point de suivre une thérapie spécialisée pour les fan-addicts. Une manière de décrire cette génération perdue de la fin des années 80 (la fameuse génération X), qui trouve dans les groupes de rock un soutient et une considération de leurs malaises, que la société est incapable de comprendre.

978laroutelivredecormac La Route – Cormac McCarthy (Edition de l’Olivier, 2008)

C’est après avoir vu le film que j’entreprends la lecture de ce prix Pulitzer 2007 de Cormac McCarthy. La comparaison s’impose bien évidemment, et je ne peux m’empêcher d’avoir les images du film en tête à chaque scène décrite dans le livre. Cependant, cette histoire d’un père se rattachant à son fils autant qu’à ce qui reste de son humanité, décidant d’aller au sud par la route dans un pays en cendre, est parfaitement retranscrit dans l’adaptation cinématographique, sans parler de la prestation physique, tout en intensité retenue de Viggo Mortensen.

L’aspect sombre, le style brut, sec, sans fioritures ni excès, l’absence de repères spatiaux et temporels… Tous ces éléments font de cette odyssée pour la survie, faite de rencontres dangereuses et impromptues, une œuvre sans concessions remarquable, qui en dit long sur notre monde actuel.

978g Merci Bernard – Le livre (Balland, 1984)

Ce recueil de sketches écrits en grande partie par le trio d’enfer Gébé, Jean-Michel Ribes et Topor (sans oublier Jean-Marie Gourio ou François Rollin) me permet de revisiter cette série culte de la télé française des années 80, à laquelle ont participé une kyrielle de grands comédiens (Michel Blanc, Jacques Villeret, Tonie Marshall, Micheline Presle, Luis Rego, Daniel Prévost, Claude Piéplu, Michael Lonsdale, Philippe Khorsand…)

Cet humour surréaliste et con ne vieilli pas d’une ride. Car notre société n’a pas beaucoup évoluée depuis cette époque et ces textes restent toujours pertinents, tant ils dénoncent par l’absurde nos comportements de primates civilisés.

9782226069252g Lettre ouverte aux culs-bénits – Cavanna (Albin Michel, 1994)

Cavanna s’adresse ici aux croyants de tous poils. A tous ceux qui vivent selon les préceptes d’un culte quelconque. Avec sa verve franche et sensible, il leur explique sous toutes les coutures en quoi les religions les manipulent et les crétinisent par leurs absconses sottises, en particulier le catholicisme, qu’il a bouffé durant son enfance.

Ce livre convient aussi aux athées, qui comme moi jubilerons à la lecture de phrases aussi salutaires que : « Quoi qu’il en soit, on ne peut pas croire toute sa vie au père Noël. Moi, en tout cas. Vint un moment où, à la première question du catéchisme : « Qu’est-ce que Dieu ? » j’eusse répondu par : « Le père Noël des grandes personnes. » Et aussi : « Une religion dite « universelle » n’est qu’une secte qui a réussi commercialement parlant ». Ou encore : « Je préfère mon inquiétude pas toujours confortable à leurs certitudes d’imbéciles. » Un régal…

Apocalypse Nerd – Peter Bagge (Rackham, 2010)

Apocalypse Nerd - Peter Bagge (Rackham, 2010) dans Chroniques BD 240719315

Apocalypse Nerd, c’est Joe Matt chez Mad Max ! Une comédie post-nuke jouant sur le décalage vécu par deux geeks, Perry et Gordo, plus habitués au monde virtuel, confrontés à une situation de survie suite à la destruction de leur ville, Seattle. Une histoire qui sombre rapidement dans le dramatique, voire le sordide, lorsque les deux protagonistes en arrivent à devoir tuer pour survivre. Une histoire sans concessions – avec un souci de réalisme quant aux situations et aux réactions des personnages – dont le point de départ s’appuie sur des événements réels : - « Début 2003, quand les gouvernants des États Unis faisaient l’impossible pour partir en guerre contre l’Iraq, j’ai entendu un diplomate nord-coréen déclarer à la radio que son pays pouvait détruire Seattle avec une frappe nucléaire. Cette déclaration n’a eu que peu de place dans les médias américains, sans parler d’une réponse officielle du gouvernement, peut-être parce qu’elle allait détourner l’attention des gens du fait que nous allions bientôt avoir Saddam Hussein. Néanmoins, j’ai trouvé cette petite info tout à fait déconcertante, peut-être parce que j’habite Seattle. Tout naturellement, j’ai commencé à spéculer… Et si… » (Extrait de la préface de Peter Bagge)

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C’est la force de ce livre. Bagge nous raconte une histoire sombre et glauque, traitée cependant de manière humoristique plutôt hystérique. Artiste underground depuis plus de vingt ans, son graphisme est emprunts de cette dinguerie et cette souplesse propre au genre. On imaginerait plutôt ce type d’histoire dans un style réaliste et sombre, mais Peter Bagge ne peut s’empêcher de déconner et c’est tant mieux !

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« Si le récit se fait plus linéaire et fluide, loin des retournements explosifs de la saga de Buddy Bradley, Peter Bagge reste pourtant incapable de dessiner sans nous pousser au fou rire, même dans les passages les plus dramatiques de son livre. Proche des dernières expériences de Bagge, qui s’est récemment consacré au journalisme politique en bande dessinée dans les pages de Reason ou sur suck.com, Apocalypse Nerd témoigne de l’extraordinaire vitalité créative de cet incontournable auteur, toujours aussi caustique qu’il y a vingt ans. » (source)

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Ce thème de la survie post-nucléaire sert de bon prétexte à Bagge pour laisser libre cours à son « immoralité ». Il développe une vision critique de la société américaine, dans laquelle les marginaux s’adaptent mieux que la famille américaine moyenne. Une situation chaotique qui laisse les instincts les plus sauvages prendre le dessus sur le sens civique de chacun. La civilisation est fragile (le communautarisme en prend ici pour son grade) et il en faut peu pour que le règne du « chacun pour sa gueule » ne reprenne ses droits. Et à ce jeu, le geek semble le mieux préparé, dans la mesure où il n’a plus rien à perdre.

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Peter Bagge

Editions Rackham

Tônoharu – Lars Martinson (Le Lézard Noir, 2011)

 

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Tônoharu, c’est le nom du village où Dan, étudiant américain, est parti travailler durant une année comme professeur assistant d’anglais dans un collège. Par souci d’authenticité, Lars Martinson s’est appuyé sur sa propre expérience pour nous raconter cette histoire. Cependant, Tônoharu n’est pas, selon son auteur, un récit autobiographique, mais une fiction dans laquelle apparaissent quelques anecdotes issues de sa propre expérience.

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L’année nippone de Dan n’aura été que décalage. Décalage entre l’idée qu’il se faisait de ce travail et sa réalité quotidienne. Décalage culturel dans un japon rural où la barrière de la langue ne favorise pas l’intégration d’un jeune occidental. Décalage sentimental entre Dan et les femmes qu’il rencontre… Mais d’une manière générale, Dan semble en décalage avec sa vie, n’exprimant que peu d’affects, se laissant balader par les événements. Comme il le dit lui-même, cette vie au japon ne change, dans le fond, pas grand-chose pour lui. Au contraire, son étrangeté est ici considérée comme normale.

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Bien que cette histoire se passe au Japon, Lars Martinson ne fait aucune référence à l’esthétique nippone. Son trait précis et méticuleux est aux antipodes même de celui plutôt vif du Manga. Ces dessins sont de véritables miniatures stylisées qui illustrent parfaitement le spleen ressentit par les personnages. Lars Martinson use de la répétition des cases et des planches, une sorte d’itération iconique dont seulement quelques détails changent. Répétition des situations également, entre celles que vit Dan tout au long du récit et son remplaçant dans le prologue. Cette logique de répétition est au coeur même du récit et crée un rythme particulier, lent, rendant pleinement cette impression d’immobilité spatiale et temporelle dans laquelle évoluent les protagonistes, qui semblent comme figés dans des décors très détaillés.

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Martinson présente en postface ses choix esthétiques : « Le principe qui a guidé l’apparence générale de Tônoharu répond à cette question : à quoi aurait ressemblé un « roman graphique » au XIXe siècle ? Je commence le dessin par des croquis très simples au format timbre-poste. Je cartographie toute la scène à l’avance, cela me permet de penser la composition des cases les unes par rapport aux autres. J’utilise beaucoup de références photographiques [...] Dans les premières versions, j’utilisais beaucoup le blanc (i.e. la couleur du papier). C’était agréable à l’œil, mais l’effet d’accumulation ne rendait pas la lecture facile. Pour corriger cela, j’ai restreint le blanc aux bulles et aux personnages. Afin d’éviter les fonds monochromes et monotones, j’ai copié de manière éhontée le dessinateur canadien Seth dans sa gestion du duotone, en utilisant le noir et une couleur pantone, le gris. L’ajout du gris dans les parties les plus sombres du dessin crée un contraste fin sans compromettre la lisibilité. »

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Martinson n’est pas un virtuose du dessin. Cependant, son graphisme est maitrisé, en particulier ce contraste entre les formes rondes de ses personnages et les méticuleuses lignes de ses décors. Au final, ce roman graphique (qui rassemble les deux premiers volumes d’une série de quatre) est à l’image même du Japon, à la fois traditionnel et moderne. Edité par Le Lézard Noir, maison spécialisée dans l’ « avant-garde et japonisme décadent » ! Tout un programme…

Lars Martinson : Cartoonist

le Lézard Noir


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