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Archives pour décembre 2010



Carnet – Tardi (JC Menu éditeur, 2001)

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Jean-Christophe Menu aime concevoir, fabriquer et éditer de beaux livres, de belles bandes dessinées. Il suffit de consulter le catalogue de l’Association pour s’en rendre compte. Il est amusant, mais pas étonnant dans le fond, qu’il édite ce recueil sous son nom propre. Comme pour affirmer une complicité exclusive avec l’un de ses Maîtres (qui ne reconnaitrait pas Tardi comme un Maître ?

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Les illustrations présentées dans ce carnet (réalisées entre mai 1996 et août 2001) sont de diverses natures (aucuns repères chronologiques, les dessins ne sont pas datés). Des dessins d’observations (en intérieur ou extérieur), des paysages urbains, des natures mortes, des délires sortis de son imagination, surréalistes et absurdes, des portraits (de belles femmes, d’hommes murs ou d’enfant), des nus, des réinterprétations de peintures romantiques, impressionnistes ou symbolistes (Caspar David Friedrich, Gustave Caillebotte ou Gustave Moreau). Tardi y est égal à lui-même, usant de son trait tremblotant, de ces volumes hachurés typiques, de cette incroyable maitrise du noir et blanc.

Chaque dessins nous racontent une histoire, de façon indépendante. Mais on peut y voir quelques enchainements, que nos habitudes de bédé-lecteur nous amènent à inventer. Alors qu’il n’y a certainement pas de liens voulus par Tardi. C’est la magie de ce genre de recueil d’illustrations, on s’invente des séquences là ou il n’y en a pas forcément (à ce titre, le 40 days dans le désert B est un régal). Une lecture libre, surréaliste…

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On peut considérer ce carnet comme étant une somme de travaux préparatoires, d’études pour ses futurs projets, des essais, non pas de techniques, mais de motifs, de compositions. Sans pour autant donner une impression d’inachevé, de brouillon. Au contraire, ce recueil se suffit à lui-même et nous confirme que Tardi est avant tout un monstre de travail (il n’y a pas de mystère à la création, du travail essentiellement.). Etant numéroté, on peut espérer un jour peut-être, lire un deuxième volume de ces carnets…

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Tardi sur bedetheque

Mad se paie une toile – Collectif (Neptune, 1984)

Mad se paie une toile - Collectif (Neptune, 1984) dans Chroniques BD mad0222092003

Mad, la référence. Là où a commencé l’aventure de la bande dessinée humoristique pour adulte. Dans une époque d’après guerre où les mœurs et modèles de société ont irrémédiablement changé, est apparu auprès d’une nouvelle génération d’artistes un sentiment de liberté et une certaine revanche sur la vie, qui n’était pas qu’illusion et beaux discours. Cela dit, les années 50 étaient encore très conservatrices, mais brulait déjà les braises de la future contre-culture made in US (à base de beat génération, de rock n’ roll, de cinéma d’exploitation, de comics…), devenant un modèle culturel qui s’exportera très bien.

Mad est l’un des piliers fondateurs de cette contre-culture, qui influencera la bande dessinée underground des années 60, à nos jours. Goscinny, Crumb, Spiegelman, Gotlib, Mandryka, Moebius, Shelton, Petillon, Daniel Clowes… Tous ont été marqués au fer rouge par la revue de la bande à Kurtzman. Par cet humour absurde, à plusieurs niveaux de lecture, parodiant le monde qui l’entoure (essentiellement culturel), abordant de façon satirique des thèmes de sociétés…

« Mad, ses parodies dévastatrices, ses outrances ravageuses, ses vulgarités bienfaitrices, ses gags énormes et jamais vus. Et ses plaisanteries énigmatiques. Que signifie « Potrzebie » ? Et « Fershlugginer » ? Mystère. Des mots cabalistiques placés par Kurtzman ici et là, toutes les fois où il ne savait pas quoi y foutre d’autre, probablement. On en fini pas de répertorier les trouvailles du Maître. Les coups de révolver entre les yeux qui laissent de beaux trous bien ronds, comme percés au vilbrequin. Les milliers de panneaux disposés un peu partout et indiquant que « Killroy était ici » ou qu’il fallait « Manger chez Joe » ou demandant « A propos, comment va ta mère, Ed ? » Personnages aux expressions outrageusement démentielles, hystérie collective, cases parasitées par une multitude de gags dans les gags dans les gags, bande dessinée faite par d’authentiques aliénés mentaux et engendrant ce rire, le plus énorme qui soit. Ce rire qui fait tellement de bien par où ça passe ! » (Gotlib en préface)

L’audace graphique est privilégiée, publiant des dessinateurs dingues (entre génie et folie) mais surtout non-académiques, en décalage par rapport aux canons officiels du dessin de presse. Tous les artistes qui ont œuvrés pour Mad sont rapidement devenus des références incontournables dans le monde du 9ème art : Wallace Wood, Will Elder, Jack Davis, Don Martin ou Basil Wolverton (je vous renvoi au dernier T’ar ta lacrèm’ de Frémion, consacré à cet auteur, dans le fluide n°414)…

Co-traduit (avec entre autres Jacques Lob) et préfacé par Gotlib, cet album regroupe les parodies de films (marque de fabrique de la revue) qui ont été réalisées dans le journal du n’9 au n°23, soit de février 54 à mai 55. De Jules César à King Kong, de L’équipé sauvage à Ouragan sur le Caine… Kurtzman et ses acolytes (Wood, Davis et Elder, ainsi que Krigstein et Severin) revisitent donc certains grands classiques de l’âge d’or du cinéma américain. Le tout entrecoupés de réflexions pertinentes (et madiennes !) sur la conception des affiches de films, la technique du slow-motion, les différences entre un livre et son adaptation cinématographique, ou encore les scènes qu’on aimerait réellement voir dans un film…

Kurtzman et ses amis s’amusent avec les codes du médium (montages photos, itérations iconiques, etc.), prenant les lecteurs à témoin de leurs délires. Wallace Wood est le roi du détail de second et troisième plan, nous obligeant à scruter ses dessins pour en saisir toutes les subtilités. Jack Davis est plus contrasté, plus excessif dans les mouvements (ce qui a surement marqué un Gotlib !) Will Edler se situe entre les deux, dynamique et minutieux. Bernie Krigstein est à part. Il est plus stylisé. Son graphisme expressif fait plutôt référence au cubisme (mouvements excessifs, formes anguleuses et anatomies déformées). Le graphisme de John Severin se rapproche plus des 3 premiers…

Bref, ce Mad se paie une toile est un ouvrage de référence, le deuxième volume d’une anthologie qui en compte 5, initiée en 1978 par les éditions du Fromage, et terminée en 1987 chez Albin Michel. Une série jamais réédités depuis…

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démonstration de Slow Motion par Jack Davis

http://www.dccomics.com/mad/

SYD MATTERS – Centre Culturel Paul Bailliart (27 novembre 2010, Massy)

SYD MATTERS - Centre Culturel Paul Bailliart (27 novembre 2010, Massy) dans Plein de Live sydmatters1

Je ne vais jamais à un concert seul. Mes meilleurs souvenirs de concert sont toujours associés aux personnes qui étaient avec moi. Car me sentir bien entre amis favorise les meilleurs conditions d’écoute et de ressentis. Heureux donc que d’avoir partagé ce superbe moment de musique avec mes bons amis Alabama, Bruce et Vidocq.

Nous sommes ressortis éblouis par la prestation du groupe, qui nous a emmenés en ballade sur ses bien belles terres pop harmonique. Les musiciens sont tous excellents, polyvalents et complémentaires, sachant nous offrir de belles ambiances, légèrement mélancoliques mais toujours paisibles, sereines…

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Syd Matters est un groupe plutôt jeune (mais prolifique), assumant pleinement ses influences pop (Nick Drake, Midlake, Crosby, Still, Nash…) et électro (à la Thom Yorke). Un groupe créatif, très inventif dans leurs mélodies, dont la structure des chansons est loin du format standard (le traditionnel couplet-pont-refrain). Ils savent nous surprendre à chaque refrain, à chaque changement de rythme… Jonathan Morali est un songwriter bourré de talent. La section rythmique est d’une efficacité aussi remarquable que discrète (ce qui est une grande qualité). Les deux multi-instrumentistes jonglent admirablement entre guitare (parfois noïsy), claviers ou flute traversière, contribuant à la dimension harmonique de leur prestation.

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Ils prennent le temps d’installer des ambiances planantes et chaleureuses, avec ces rythmes lents et ces choeurs typiques « pop feu-de-camp ». Ce qui confère une dimension « baba-cool » ma foi fort sympathique. Beau contraste entre ces envolées lyriques et cette retenu dans les émotions et les intentions. Syd Matters, c’est une musique sophistiquée pour des chansons à jouer (et écouter) au coin du feu (et d’une bonne bière !)

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(les photos ne viennent pas de ce concert)

Une bien belle soirée, qui m’a permise de découvrir ce groupe de grandes qualités, dont la principale est selon moi, l’authenticité. Merci messieurs !

http://www.sydmatters.com/

Le Sarcophage – Les correspondances de Pierre Christin, avec Enki Bilal (Dargaud, 2000)

Le Sarcophage - Les correspondances de Pierre Christin, avec Enki Bilal (Dargaud, 2000) 9782205049794fs

Le Sarcophage – ouvrage faisant parti des Correspondances de Pierre Christin – est le projet fictif du Musée de l’Avenir. Un projet qui suscite la curiosité au départ, mais glace le sang au fur et à mesure de sa lecture. Car on prend conscience qu’il n’est pas si irréaliste (ni irréalisable) que cela. On en arrive même à se demander s’’il ne serait pas salutaire qu’un projet de cette ampleur voit le jour, malgré l’horreur d’une telle initiative. Un musée à la démesure du lieu choisi : Tchernobyl.

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Salle Glasnost…

Richement illustré, l’ouvrage est entrecoupé d’images d’archives et de commentaires d’époque, nous permettant de resituer le contexte de la catastrophe et la manière dont les autorités russes l’ont traité. Cet aspect nous permet d’inscrire ce projet dans la réalité. Le Musée de l’Avenir comprendrait une vingtaine de salles réparties sur quatre bâtiments. Au fil des découvertes de ces futures salles (salle glasnost, salle des talibans, salle cosmétique, salle des riches, salle d’armes…), nous sombrons dans ce que l’humanité a produit de plus ignoble. Le clou du spectacle étant la visite du Sarcophage.

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« Situé en un lieu emblématique, dont nous vous entretiendrons plus loin, ce musée se propose de faire appel aux réflexions et techniques scénographiques les plus novatrices. Résolument projeté vers le futur sans pour autant négliger les éléments du passé sur lesquels le prochain siècle se construira, cet immense complexe se voudra, bien sûr, tout comme les devanciers depuis le premier musée né à Oxford en 1759, un lieu de réflexion et d’édification. Mais s’il tiendra, comme ses illustres prédécesseurs, du temple et du palais, du cabinet de curiosités et de l’amphithéâtre public, il ne fera pas seulement appel à la raison.

Placé sous le signe de l’émotion, de TOUTES les émotions, il tiendra aussi de l’usine robotisée, de la centrale d’énergie, du plateau de tournage, du parc de loisirs et de l’espace virtuel, c’est-à-dire de tous ces lieux ou non-lieux ayant servi de creusets flamboyants à la modernité. Loin de considérer la découverte comme un parcours obligé, l’observation comme un acte passif et la mémorisation comme une attitude scolaire, il entraînera les visiteurs dans un labyrinthe où c’est l’émotion – passion, enthousiasme, mais aussi crainte voire horreur – qui sera à l’œuvre ». (extrait de texte d’introduction adressé aux futurs partenaires du Musée de l’Avenir)

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Salle cosmétique…

Les illustrations de Bilal sont hallucinantes. Ces couleurs pastel vives et chaudes sont en parfait décalage avec les thèmes abordés (corps déformés, mutilés, ambiances oppressantes…). Ce qui fait écho au sens même de ce projet : emballer dans un bel écrin (afin d’attirer les foules) des choses absolument innommables. Fictif ou prospectif, cet ouvrage est une réussite, nous démontrant une fois encore que le médium peut produire des œuvres favorisant des réflexions pertinentes et dérangeantes sur l’état de notre monde (qui transforme tout en spectacle). On n’en attendait pas mieux de Christin et Bilal…

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L’entrée du sarcophage…

http://www.pierrechristin.com/

http://bilal.enki.free.fr/

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