Archives pour mai 2010



Les dépoteurs de chrysanthèmes – Jean Marc Rochette (Futuropolis, 1980)

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Dessinateur autodidacte passionné de peinture (Goya en particulier), Rochette publia ses premières planches dans la mythique revue Actuel. Il n’a pas encore 18 ans. S’en suit la création d’Edmond le Cochon pour l’Echo des Savanes, d’abord seul, puis en collaboration avec Martin Veyron. Son graphisme humoristique et semi-réaliste est à l’époque plutôt underground et trash, très inspiré par Crumb, Corben ou Masse (un grenoblois comme lui !) et proche d’un Margerin des débuts.
Son style évoluera dans le temps, entre le réalisme froid de Transperceneige et les rondeurs colorées de Napoleon et Bonaparte (en collaboration avec Petillon). Il a sorti fin 2009 un nouvel album Himalaya Vaudou.

Ce « dépoteurs de chrysanthèmes » est son premier album, publié en 1980 chez Futuropolis. Il regroupe ses premières planches parues à l’époque dans Actuel. On y trouve aussi les premières histoires de son anti-héros plutôt perturbé, Claudius Vigne. Un recueil un peu fourre-tout (comme souvent avec les albums compilant les premières histoires d’un auteur) passant du fantastique à l’absurde, de l’érotisme au morbide, souvent dans la même histoire. Rochette revisite par l’absurde-trash certains grands mythes et genres populaires : Pim Pam Poum, l’homme invisible, le Polar… Son style s’adapte en fonction. Oscillant entre un réalisme travaillé, flirtant parfois avec l’Hyperréalisme (maitrisant les contrastes clair-obscures ainsi que la matière, par des jeux d’ombres et de hachures) et un style humoristique plus léger. Certaines planches teintées d’humour noir laissent transparaitre l’influence d’un Topor (dans leur style et leur thème).

On trouve quelques illustrations entre deux histoires, usant d’un principe apprécié par Etienne Robial. A savoir prendre un détail d’une planche et l’agrandir. Ce qui fait apparaitre les effets de trame. Procédé qu’il a souvent utilisé pour les couvertures d’ouvrages. Mais la grande originalité de cet album tient à sa conception. Robial et Rochette se sont amusés à supprimer les pages de gardes. La première histoire commence dès la couverture, la dernière se termine sur la 4 de couv’. Il n’y a aucunes pages blanches, tout espace libre est utilisé. Les indications (copyright, dépôt légal, etc.) sont inscrites sur le dos. Il y est même noté un petit poème de Martin Veyron à la gloire de son camarade :  » Rochette , immortelle silhouette, s’élevant telle la mouette au-delà des pâquerettes qu’hantent toutes les oeuvrettes. Dessins à la machette, récit à la baguette nous ouvre la targette d’un nouveau Papeete. Demain sur les manchettes des journaux, c’est Rochette « .

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Mister Moebius et Docteur Gir – Numa Sadoul (Albin Michel, 1976)

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Coté pile, Jean Giraud, dessinateur prodige qui a dépassé le maitre Jijé dans le genre Western. Coté face, Moebius, montrueux artiste visionnaire et illuminé. Coté « tranche », Gir, qui apparait aussi bien au bas de certaines planches de Blueberry, que d’autres plus fantastiques de Moebius. Jean Giraud semble avoir maintenant abandonné Gir pour ne plus vivre que la « saine » et prolifique dualité Giraud-Moebius (en témoigne l’apparition de Blueberry aux cotés d’Arzack dans son Inside Moebius). Et s’il y a une constance dans toute son oeuvre, une obsession, un symbole que l’on retrouve quasiment partout, c’est le désert (comme par hasard, une de ses dernières créations s’intitule 40 Days dans le Désert B , qu’il signe d’ailleurs Jean Giraud/Moebius !).

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Photo de famille…

Ce recueil d’entretiens, comme toujours parfaitement menés par Numa Sadoul, a été réalisé en 1974. On a donc affaire à un Moebius qui, bien que venant de rencontrer Jodorowsky, n’a pas encore véçu l’échec du projet Dune, ni même produit le culte Incal. Le Moebius des années 60 – début 70 n’oeuvre pas encore dans la science fiction et l’ésotérisme. Parues à l’époque dans Hara-kiri, ses planches sont plutôt humoristiques et absurdes (flirtant tout de même avec le fantastique), très influencées par l’école Mad et en particulier Wallace Wood. C’est à partir de son Bandard fou (ouvrage porno mais graphique !), suivi de La Déviation (considéré comme la première grande oeuvre de Moebius, bien qu’elle soit signée Gir) et surtout Arzack, publié dans les premières pages de Métal Hurlant, que Moebius entre de plein pied dans les visions magiques et hallucinées de la Science Fiction.

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Tome comprenant les premières planches de Moebius…

Cet ouvrage vaut aussi pour les nombreuses illustrations, souvent inédites, qui jalonnent ces comptes rendus dans lesquels Giraud reviens sur son parcours, parle sans tabous de la marijuana (ainsi que de ses trips chamaniques à base de peyotl) et aborde ses projets futurs, qui pour nous, magie de la temporalité, sont passés (on sait par exemple que le projet Dune n’aboutira jamais, mais qu’il bossera sur Alien, Tron, Willow ou plus récemment Le cinquième élément). Ce décalage n’est pas gênant car ses propos sont toujours percutants. On retrouve dans ces entretiens le dessinateur qu’on connais encore maintenant. Un Artiste entretenant une part de mystère, qui se cherche à travers son oeuvre et établi de constant va-et-vient entre le style structuré et référencé de Giraud, et celui plus instinctif et spontané de Moebius.

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Ce livre m’a paru s’imposer pour trois raisons. Primo, Jean Giraud est l’un des plus grands dessinateurs du monde, pour ne pas dire le plus grand. Secundo, c’est aussi un raconteur d’histoires, un inventeur de monde, bien que cette activité parraisse moins évidente que la première. Tertio, Giraud est probablement à un tournant de sa carrière : commençant à faire du cinéma – Dune, avec Alexandro Jodorowsky -, il se met un peu en « vacance » de la BD. Le moment est donc particulièrement opportun pour tenter de dresser une sorte de bilan de vingt ans de carrière. La nature de Jean Giraud est double. Qu’on me pardonne de faire appel une fois encore au mythe (bien complaisant !) de Jeckyll/hyde mais il y a beaucoup de cette dualité chez lui. D’un côté, Mister Moebius, face originelle et naturelle du personnage ; de l’autre côté, Docteur Gir, masque habilement placé pour des histoires western, mais aujourd’hui en passe de tomber complétement, au profit du vrai visage. Je vais vous emmener promener à travers ces deux mondes complémentaires et parfois divergents, en commençant toutefois par le docteur Gir car celui-ci est le « double », c’est à dire le moins authentique témoignage de l’art de Jean Giraud. Un mot encore. Cet auteur est avant tout un graphiste ; il est donc bien normal de faire ici la part belle à l’image et de remiser au vestiaire l’analyse (et/ou) le bavardage. Veinards que vous êtes, on ne vous infligera pour une fois pas trop de texte !… Je vous souhaite de vous en mettre plein la vue. (Numa Sadoul en préface).

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Site Officiel

KAMIKAZE (Revue, 2010)

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Premier numéro

Siné Hebdo se saborde au moment où apparait dans les kiosques un nouveau mensuel non-consensuel : Kamikaze. C’est un juste équilibre des choses. Il y aura toujours de la place (et des lecteurs) pour ce genre de revue qui « chient dans la colle et les bégonias », pour reprendre cette fameuse expression devenue maintenant d’utilité publique.

L’hebdo de Bob s’inscrivait dans la droite gauche lignée de l’Hebdo Hara-Kiri et Charlie Hebdo (premier du nom). Kamikaze est le digne petit-fils du grand Hara-Kiri. Un humour provocateur et salace, un mauvais goût assumé, des photos chocs, des fausses pub, des romans-photos, des reportages bidons, mais de vraies interviews de gens qu’on ne voit pas beaucoup dans les médias en général. Par exemple, dans le troisième numéro, on peut lire les propos de Jean-Michel Ribes, Carali, Jan Bucquoy, LSD ou Brigitte Fontaine. Sans oublier la présence de dessinateurs qu’on croise régulièrement dans les pages des bons journaux : Besseron, Lasserpe, Barros, Large, Berth et bien d’autres…

Le titre du journal fait également référence à la revue d’information du mouvement Panique de Topor and Co. La présence de Philippe Krebs dans la rédaction (co-fondateur des éditions Hermaphrodite et toporologue passionné), de surcrois interviewant J.M. Ribes, nous confirme cette évidente filiation.

C’est un pari risqué de lancer un nouveau périodique. Heureux de constater qu’il y a toujours des gens assez fous pour oser. Choron peut être fier, la relève est encore assurée !

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Dernier numéro, snif…

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