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Archives pour février 2010

Morbus Gravis – Serpieri (Dargaud, 1986)

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Dans un monde totalement délabré, la population doit faire face à un mystérieux virus très contagieux, qui transforme rapidement les contaminés en montres répugnants et carnivores. Afin de survivre dans cet univers chaotique, où la milice de ce qui reste d’un gouvernement totalitaire est tout aussi dangereuse que les contaminés, Druuna use de ses charmes pour le moins avantageux, afin de récupérer du sérum pour son ami victime du Mal. Sa quête l’emmènera dans les tréfonds de la cité, dans laquelle elle fera de nombreuses rencontres, pas toujours heureuses, et l’amènera à découvrir l’horrible vérité sur le sort de ses semblables.

On ne présente plus Druuna, la pulpeuse héroïne du dessinateur italien Paolo Eleuteri Serpieri. Cette série, qui compte maintenant huit volumes (sans les hors-série), est devenue au fil du temps un prétexte pour l’auteur à se laisser aller à ses phantasmes les plus libidineux. Ce qui rend cette série de moins en moins intéressante. Seul ce premier volume, que l’on peut considérer comme un « one shot », trouve grâce à mes yeux. La suite se perd dans des délires mystico-pornographiques, où se mélange télépathie, paradoxe temporel, dimension parallèle… Bref, un fourre-tout scénaristique sans grand intérêt.

Par contre, le style réaliste de Serpieri, contrasté, usant de hachures pour créer les volumes est remarquable. Cette approche charnelle de la matière l’inscrit pleinement dans la tradition esthétique italienne. Le contraste chaud-froid des couleurs, entre les décors vert-bleu-gris sales et les corps ocre-rouge-orangés (corps sensuels ou corps mutilés), illustre parfaitement le thème central de cette histoire : survivre ou mourir. Les quelques scènes torrides sont la juste contrepartie de l’horreur ambiant. Pulsions de vie contre pulsions de mort. Une parabole sur le conflit psychique humain.

Un univers qui se situent au croisement de la science fiction, du gore et de l’érotisme. Si cette série a perdu de son intérêt au fil des volumes, ce Morbus Gravis, est une réussite du genre.

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Mes 10 bandes dessinées préférées…

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L’hebdo Marianne sort un hors série consacrée à la bande dessinée. Début d’année et festival d’Angoulême obligent, la rédaction nous propose un traditionnel (et déjà vu) recensement des œuvres incontournables de la bande dessinée. Mais la grande originalité de ce hors-série, c’est d’avoir demandé à une bonne vingtaine d’auteurs influents (entre Gotlib, Pétillon, Moebius, Bilal, Fred, Blutch, Dupuy & Berberian, etc.) d’établir la liste de leurs 10 albums préférés.

Une idée intéressante, qui m’a donné envie de faire de même, avec toute la subjectivité et les oublis que cela oblige… Exercice difficile que de devoir choisir mes dix bandes dessinées préférées parmi toutes celles que j’ai lu et apprécié. J’ai choisi ces dix en laissant parler mes émotions plutôt que mon intellect. Ne pas choisir une bd parce qu’elle est un chef d’œuvre, mais par rapport au plaisir que j’ai eu de la découvrir, de la lire et relire. C’est pourquoi par exemple, on y trouvera La grande fugue des frères Varenne plutôt que le Maus de Spiegelman… Bien sur, les deux peuvent parfois se côtoyer (tels que pour les Idées Noires du Maitre Franquin), mais j’ai dressé cette liste en fonction de mes coups de cœur.  

Un autre critère, qui m’a bien aidé pour établir cette liste, c’est d’évoquer des albums que je n’ai pas encore chroniqué sur ce blog. Partant du principe que je ne parle que de BDs que j’apprécie, cela aurait fait doublon pour certaine… Malgré cela, le choix reste difficile. Mais voilà, la liste est faite, sans ordre d’importance :

couverturebd2203332212.jpgSous le signe du capricorne (Hugo Pratt)

Le premier Corto Maltese que j’ai lu. J’y ai découvert la magie du noir et blanc pur, la beauté des contrastes forts. Un univers onirique et envoutant que je ne cesserai jamais d’aimer. Pratt est un génie de la narration, et un grand dessinateur (malgré ce que certains peuvent en dire…) Une œuvre qu’on adore ou qu’on déteste, mais qui ne laisse pas indifférent.

ideesnoirescou01.jpgIdées Noires (André Franquin)

Je me rappellerai toujours de mes impressions lorsque j’ai lu cet album pour la première fois. C’est poilant et flippant. Attirant et dégoutant. C’est surtout virtuose. Comment est-il possible que ce soit le même dessinateur que celui de notre gaffeur préféré. Depuis, je n’ai jamais pu lire Gaston de la même façon…

uneafairedefamillecouv.jpgUne affaire de famille (Will Eisner)

Eisner aime raconter des histoires simples. Des histoires qui touchent tout un chacun. Des histoires que l’on pourrait tous vivre. Loin de l’Aventure et des Super-héros, Une affaire de famille nous emmène dans l’intimité d’une famille, et touche à l’universalité des sentiments filiaux. Un chef d’œuvre… 

rubrique01.jpgRubrique à brac (Marcel Gotlib)

Il est pour moi évident que Gotlib figure dans mon panthéon. Un génie de l’humour ce type ! Mais que choisir de lui ?
La Rubrique à Brac bien sur ! Le chainon manquant entre les Dingodossiers d’avec Goscinny et ses œuvres fluidiennes. Un must de l’humour dessiné, que je relis toujours avec grand intérêt, tant j’en découvre encore à chaque fois…

ardeur03.jpgLa grande fugue (Alex et Daniel Varenne)

Ah ! Les frères Varenne ! J’avais acheté cet album par hasard, et j’avoue ne pas l’avoir apprécié à sa juste valeur. Mais avec le temps, j’ai adoré cette histoire post-apocalyptique. Graphiquement parlant, La grande fugue est mon préféré de la série des Ardeur. L’utilisation du noir et blanc et surtout ces gammes de gris, est remarquable. Peu de traits, la plupart des formes sont signifiées par les contrastes. Un choc esthétique.

letresorderackamlerouge.jpgLe trésor de Rackham le Rouge (Hergé)

Tintin, inévitablement. Mais quel album ? En y réfléchissant bien, le choix est ardu. Mais rapidement, l’histoire qui me vient à l’esprit, qui m’a le plus fait rêver, qui n’arrête pas de me surprendre au fil des pages, qui m’emmène à la fois au bout du monde et à proximité, qui m’a donné une définition claire de ce qu’est l’Aventure, c’est sans conteste Le trésor de Rakham le Rouge. 

grandduduchele29012005.jpgLe grand Duduche – il lui faudrait une bonne guerre (Cabu)

Tout est bon chez Cabu, et j’ai une tendresse particulière pour le Grand Duduche, cet album principalement. Alors que pour beaucoup, il demeure le dessinateur de notre enfance, son graphisme et les thèmes qu’il aborde ne sont pas accessible au premier adolescent venu. Il faut acquérir une certaine maturité pour apprécier son œuvre à sa juste valeur. Même si Duduche (et donc Cabu) est un éternel adolescent. C’est certainement pour ça que je les aime plus encore avec l’âge…

eda490e579aab148e97a800968d4014f224300.jpgJe montre tout (Georges Wolinski)

Wolinski fait-il de la bande dessinée ? Eternelle question qui dans le fond, n’a pas de sens. C’est un dessinateur, qui nous raconte des histoires en dessin. Voilà tout ! Et quand il nous raconte sa vie de dessinateur, ça donne ce superbe Je montre tout. Wolinski tiens ses promesses, il livre tout. La grande originalité, qui fait la richesse et la rareté de cet ouvrage, c’est que Wolinski rencontre Wolinski. Il n’y a pas un, mais six personnages principaux (un Wolinski par décennie). Cette mise en abime est d’une richesse narrative incroyable.

giljourdan03.jpgLa voiture immergée (Maurice Tillieux)

Tillieux, c’est la classe. Lecture de mon enfance, je retiendrai en particulier ce troisième album de Gil Jourdan. Une virtuosité dans le dessin (quelles couleurs !), au service d’une ambiance polar année 50. Des personnages hauts en couleur, une angoisse sourde, de multiples dangers… Bref, pas besoin d’aller au bout du monde (ou avoir de supers pouvoirs) pour vivre l’Aventure. Gil Jourdan, c’est l’antithèse de Tintin. La voiture immergée, une histoire qui tient la route ! Comme dirait Libellule…

pinocchio.jpgPinocchio (Winshluss)

Un des auteurs les plus originaux de sa génération, pour un album qui ne ressemble à rien de connu jusqu’alors. Winshluss est un dessinateur « underground », dont le style n’est vraiment pas accessible. D’où cette remarquable performance que d’avoir réuni succès critique et public (mérités) avec cette adaptation trash à ne pas mettre entre toute les mains. Du grand Art…

Voici dans le désordre, la liste de mes autres albums préférés, déjà chroniqués dans ces pages :

Time is money (Alexis et Fred)

Arzack (Moebius)

Livret de Phamille (JC Menu)

Contes d’edgar Poe (Breccia)

Insomnie (Adrian Tomine)

La jonque fantôme vue de l’orchestre (Forest)

La vie est belle malgré tout (Seth)

Scène de la vie de banlieue (Caza)

Little Nemo (Winsor Mc Cay) 

Persepolis (Marjane Satrapi)

Ici Même (Forest et Tardi)

Mister Nostalgia (Crumb)

L’incal (Moebius et Jodorowsky)

Black Hole (Charles Burns)

Un week-end entre parenthèses – James (le Potager Moderne, 2008)

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J’ai croisé James dans les pages de l’Eprouvette et de Jade, et ai de suite apprécié son style humoristique et animalier. Un humour légèrement mordant, qui dénonce sans être jamais méchant ou gratuit. Un trait fin et vibrant, un sens précis du détail (aussi bien pour les personnes que pour les décors). Une impression de minimalisme qui n’en est pas. C’est bien plus fouillé et détaillé que ça n’en donne l’air.

Un Weekend entre parenthèses est un petit reportage dessiné, réalisé à la demande d’un libraire organisateur de la manifestation (de la librairie «
la Parenthèse »). James y raconte ses impressions vécues lors de ce salon « Le livre sur la place » à Nancy en septembre 2007, une commande à laquelle il se prête au jeu sans langue de bois, ni langue de vipère. Entre les collègues dessinateurs qui ont plus de succès (en l’occurrence Martin Vidberg et Pixel Vengeur) ; les collectionneurs maniaques qui squattent deux heures à l’avance les rayons du festival, à l’affut des noms célèbres ; les habituels demandes des gens (dessiner sur leur livre d’or ou pour quelqu’un d’autre car eux n’aime pas la BD, etc.) ; les annonces au micro plus absurdes les unes que les autres ; la réception organisée par la mairie ou encore la soirée entre collègues… Bref, on retrouve tous ces moments forts qui rythment la vie d’un salon du livre.

Edité par Le Potager Moderne, Un Weekend entre parenthèses est une petite bd sympa que ne pourront qu’apprécier les amateurs de bonnes BD indé, les amateurs de festivals (qui s’y retrouveront, c’est sur), ainsi que notre portefeuille (5 euros, c’est cadeau !).

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http://pagesperso-orange.fr/patatedouce/index.htm

BLAST (Vol. I, Grasse Carcasse) – Manu Larcenet (Dargaud, 2009)

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Un homme est emmené dans une salle d’interrogatoire. On ne sait pas pour quelles raisons, mais d’après la réaction des policiers, ce ne doit pas être joli. Le but de ces derniers est d’amener cet homme, Polza Mancini, à raconter ce qu’il a fait. Ils le savent bien sur, mais veulent entendre sa version, afin de comprendre ce qui l’a poussé à commettre cet odieux crime. Mais attention à ne pas le braquer et qu’il ne s’emmure dans le silence, Mancini est quelqu’un de plutôt perturbé et instable. Cependant, il semble calme, disponible et prêt à se confier aux agents. Commence alors le récit de son périple, son errance dans la ville, l’annonce du décès de son père, son escapade à la campagne, son replis dans la forêt, sa rencontre avec Bojan… Le tout ponctué par la manifestation (recherchée) de ses fameux « Blast ». Larcenet joue subtilement avec les moments de vides, les silences, qui en disent souvent plus que des mots.

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Le personnage principal, au premier abord antipathique, psychotique et asocial, devient de plus en plus sympathique et attachant. On est touché par son parcours, ses souffrances. C’est un homme intelligent, sensible, qui va certes commettre l’irréparable, mais qu’on a envie de suivre… Plutôt que d’attendre (avec je l’avoue, un certain plaisir malsain) de découvrir ce qu’il a pu faire à Sylvie, j’ai envie d’en connaitre plus encore sur lui et le cheminement qui l’a amené à devenir ce monstre.

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Plastiquement parlant, Larcenet est en pleine possession de son art et s’aventure plus loin encore dans l’expressionnisme, qui illustre à merveille l’âme torturée de Polza. Par l’usage de hachures vives et anarchiques, de contrastes forts, de teintes grises, cendrées ou par des effets de peintures lâchées, tachetées, il arrive à parfaitement représenter la vision glauque que peut avoir Polza du monde qui l’entoure. Les thèmes dessinés sont plutôt naturalistes : la campagne, la forêt, divers animaux : des oiseaux, rapaces pour la plupart (qui rappellent étrangement le père Mancini sur son lit de mort), quelques chiens, des insectes grouillants dans la forêt… Une multitude de symboles qui annoncent l’errance, la quête, la métamorphose, la mort…

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Larcenet se réfère également au cubisme, pour la stylisation de la ville en cubes et triangles. D’ailleurs, au fil du récit, les maisons deviennent moins stylisées, plus détaillées, plus précises, comme si Polza prenait plus conscience de ce qui l’entoure… Référence aussi à l’action painting de Pollock (voir les planches représentant la lune au travers des branches), ainsi qu’à l’Art Brut, lorsqu’il illustre les « Blast » par des dessins d’enfants en couleurs, et même l’Art primitif, avec la présence du Moaï. Des références maitrisées (l’ensemble de l’album est d’une formidable cohérence esthétique) qui ne sont ni fortuites, ni gratuites. A chaque fois, elles viennent à propos dans le déroulement de l’histoire. Ce premier volume de Blast est un grand album, qui laisse impatient de lire la suite…

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HERGE (1ère partie) – Pierre Assouline (Folio Gallimard, 1998)

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Le nombre de biographies consacrées à un auteur est proportionnel à sa notoriété. Et non à ses qualités. Par exemple, il n’existe que peu de biographies officielles (ou pas) sur des auteurs de génie tels que Forest, Moebius, Alexis, Gotlib, Topor ou Jodorowsky, pour ne citer que ceux-là. Alors que les biographies de chanteurs de variété ou d’acteurs de seconde zone (faites votre choix !)  pullulent sur les rayonnages (et les bacs à soldes) depuis de trop nombreuses années.

Heureusement, ceci n’est pas une généralité et des auteurs de génie peuvent avoir une forte reconnaissance du public et posséder un nombre incalculable d’ouvrages qui leur sont consacrés. Hergé est bien évidemment de ceux-là. Et dans cet océan de biographies, le Hergé de Pierre Assouline est une référence incontournable. Avec Hergé fils de Tintin de Benoit Peeters et aussi le Tintin et moi, recueil d’entretiens de Numa Sadoul. Enfin, il y en a bien d’autres de grandes qualités (Thierry Smolderen, Michel Serres, Serge Tisseron…) et le choix est toujours subjectif.

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Le Petit Vingtième de mars 1935

Hergé de Pierre Assouline a fait pas mal coulé d’encre à sa sortie. Bien qu’il en soit fan, Assouline ne dresse pas le portrait bien propre d’Hergé. Il écorne même l’image bien lisse que peut renvoyer le dessinateur. En effet, le biographe n’occulte rien des premières années de l’artiste (entre 1929 et 1944), quand celui-ci travaillait au Vingtième siècle, journal catholique dont la rédaction exprimait de plus en plus son adhésion au régime fasciste italien. Durant l’occupation, Hergé « collaborait » à des journaux qui étaient inévitablement sous contrôle nazi (Le soir, entre autre). Mais Assouline n’a jamais insinué qu’Hergé était un fasciste ou qu’il travaillait dans ces journaux avec un quelconque engagement pour ces idées nauséabondes. Ce qu’on peut lui reprocher, c’est sa neutralité, le fait de ne pas avoir de convictions fortes, de ne pas prendre position contre le fascisme. Ni pour, ni contre, tel était la devise d’Hergé, qui en tant que fervent royaliste, soutenait pleinement la politique de neutralité du roi Léopold III, face à l’invasion allemande.

A cette époque, Hergé se consacrait exclusivement, et opportunément, à son travail. Et paradoxalement, si Hergé ne prend pas parti, son héros lui, s’engage dans des combats humanistes et défends la cause des plus faibles face à leurs agresseurs. Tintin est du côté des africains contre les exploitants diamantaires, du côté les indiens contre les cowboys, du côté des chinois contre l’agresseur nippon…  C’est à travers son double de papier qu’Hergé exprime son humanisme, aussi maladroit soit-il.

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Tintin dans Le soir du 22 juin 1942

A la question : Hergé était-il raciste ou antisémite ? Laissons la parole à l’intéressé (extrait de l’entretien avec Numa Sadoul, 1971) :

« Toutes les opinions sont libres, y compris celle de prétendre que je suis raciste… Mais enfin, soit! Il y a eu Tintin au Congo, je le reconnais. C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque: «Les nègres sont de grands enfants… Heureusement pour eux que nous sommes là! etc…» Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le plus pur esprit qui était celui de l’époque, en Belgique. [...] Pour le Congo, tout comme pour Tintin au Pays des Soviets, il se fait que j’étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais. En fait, Les Soviets et le Congo ont été des pêchés de jeunesse. Ce n’est pas que je les renie. Mais enfin, si j’avais à les refaire, je les referais tout autrement, c’est sûr. [...] Pour un «raciste», je ne cachait pas mes sympathies, il me semble! Et mes Chinois du Lotus Bleu? Souvenez-vous des avanies que les Blancs leur faisaient subir… Je ne cherche pas à m’excuser: j’avoue que mes livres de jeunesse étaient typiques de la mentalité bourgeoise belge d’alors: c’étaient des livres «belgicains»!… 

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Malgré un esprit colonialiste, Tintin prend la défense des africains face à la brutalité des blancs…

 

 

Pierre Assouline ne s’attarde heureusement pas que sur ces éléments. Il s’intéresse aussi à l’Artiste. Hergé est un monstre de travail, un perfectionniste qui s’implique dans toutes les phases de la réalisation de ses albums. Le choix des couleurs, la qualité du papier, la typographie des couvertures… Perfectionniste également dans sa narration, ses mises en pages, son graphisme… A ce propos, Assouline nous retranscrit une interview d’Hergé par le journaliste André Collard, diffusée sur Radio-Bruxelles le 5 mars 1942. Hergé s’exprime sur son art, sa méthode de travail, sur l’influence du cinéma dans la réalisation de ses bandes dessinées :

« … Je considère mes histoires comme des films. Donc, pas de narrations, pas de descriptions, je la donne à l’image. Mais il s’agit de films sonores et parlants 100%… Les dialogues sortent directement de la bouche des personnages. 

- En effet, tous les procédés de cinéma sont vôtres : gros plans, travellings, vues plongeantes, etc. 

- J’ai même des sous-titres, mais je ne les emploie guère que pour indiquer de temps à autre la durée : par exemple « huit jour après » ou « pendant ce temps », petites indications que ne pourrait donner un dessin car, comme au cinéma, la durée est la chose la plus difficile à rendre. 

- Puisque nous voila au cinéma, dites nous un mot de vos scénarios. 

- Je prends habituellement un thème général, sur lequel je brode une histoire. 

- Une histoire magnifique d’ailleurs. Mais vos brouillons ? 

- Je jette les idées à la suite telles qu’elles me viennent. J’accumule les gags, les trouvailles au fur et à mesure qu’ils naissent dans mon esprit. Tout cela est noté directement au dessin, pensé en dessin et, très souvent, remanié jusqu’au résultat qui me semble le meilleur. 

- Puis viennent le découpage et le montage, vraisemblablement. 

- Parfaitement. Il s’agit en effet de faire alors entrer l’histoire ainsi composée dans le cadre de la publication hebdomadaire, ou journalière, comme c’est le cas actuellement. 

- En quoi consiste donc exactement le problème ? 

- D’abord à opérer la soudure avec les dessins du jour précédent ; à faire ensuite en sorte »qu’il se passe quelque chose » et pour finir, à terminer sur une scène qui prépare les dessins du lendemain… 

- Et qui laisse donc les lecteurs en haleine ? 

- Naturellement ! Si le lecteur pouvait à coup sûr deviner la suite, il n’y prendrait plus aucun intérêt. C’est pour la même raison qu’il convient de doser l’élément comique et l’élément dramatique. » 

 

 

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Hergé à cette époque…

Hergé est une mine d’or, sur laquelle je reviendrais surement. Je n’en suis pas encore à la moitié et il y a déjà tant à dire…

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