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Archives pour janvier 2010

Blankets, Manteau de Neige – Craig Thompson (Casterman écritures, 2004)

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Ce pavé de presque six cents pages se lit d’une traite, grâce à une narration fluide, avec certes quelques longueurs, mais sans temps mort.

Craig Thompson nous raconte dans ce Blankets sa première histoire d’amour. Mais cette romance n’est que le fil conducteur d’un récit qui l’amène à parler de ses souvenirs d’enfances, de la relation avec ses parents et son frère, d’un traumatisme vécu durant sa jeunesse… Il aborde (presque) sans tabous les doutes, les angoisses, les incertitudes qui semblent le submerger et ainsi forger sa personnalité. Craig Thompson est un jeune peu sûr de lui, qui vit en retrait par rapport aux autres de son âge. Il cherche des réponses, ainsi qu’une forme de rédemption (face à la tentation de la chair), au sein des textes bibliques. Mais cette quête constante lui apporte plus de doutes et d’indécisions que de réponses. C’est sa romance avec Raina qui l’aidera à franchir ce cap difficile…

A travers ce récit autobiographique très personnel et intime, Thompson aborde des thèmes universels. Car Blankets, c’est aussi un parcours initiatique, un récit sur l’évolution d’un jeune homme, sur la difficulté de grandir, de sortir de l’enfance et entrer dans l’âge adulte. C’est la période des possibles, de choix engageant l’avenir, et qui peuvent paralyser…

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Divisé en trois parties, la première nous raconte l’« avant-rencontre », ses souvenirs d’enfances avec son frère et ses parents. La deuxième aborde la rencontre avec Raina lors d’un camp de vacances et le séjour passé chez elle quelques temps après. Dans la troisième partie, Thompson nous raconte l’« après-rencontre », la séparation et ce qui en découle.

Thompson est en pleine possession de ses moyens. Un style réaliste légèrement caricatural. Un graphisme dynamique et plutôt expressionniste (proche de la gravure). Une maitrise admirable du noir et blanc, du clair-obscur. Des mises en pages usant de symboles, d’arabesque comme pour mieux illustrer les sentiments de bonheur, de plénitudes ressentis par les deux amants. Certaines planches flirtent même avec l’abstrait, l’onirisme.

Un spleen diffue se dégage de ce récit. On est triste de voir cette belle histoire d’amour se terminer, mais heureux de voir que Craig en sort grandi, serein et prêt à avancer dans sa vie. Ses derniers mots, alors qu’il marche seul dans la neige, en disent long : « quel plaisir de pouvoir laisser des traces sur une surface immaculée. De tracer une carte de mes pas… Peu importe si c’est temporaire. »

Un dessin subtil, sensible et brut, pour une histoire qui l’est tout autant…

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http://blog.dootdootgarden.com/

La Revanche – Gahan Wilson (Filipacchi Denoël, 1978)

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J’ai découvert par hasard ce recueil d’illustrations de Gahan Wilson, un dessinateur américain qui a régulièrement participé à de grandes revues, telles que le National Lampoon ou le New Yorker. Plus étonnamment, il a collaboré de nombreuses années au magazine Playboy, dont les dessins de cet album sont issus. Ce qui m’étonne au premier abord, ce sont les thèmes abordés par Wilson, qui ne correspondent pas vraiment à ceux contenus dans la plus célèbre des revues érotiques. Ils se situent même à l’opposé, car Wilson excelle dans l’humour noir et les ambiances fantastiques (il n’hésite pas d’ailleurs à s’aventurer parfois dans le gore). C’est Thanatos au pays d’Eros !

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Quand j’appuie là, vous sentez quelque chose ?

Ces dessins ne sont cependant jamais glauques. Certains le rapprochent de l’univers de Chas Addams (le père de la célèbre famille), aussi bien dans ses thèmes abordés (présence de monstres, sous-entendus politiques…) que pour l’utilisation d’un humour noir pince-sans-rire et légèrement intello. Leurs styles par contre, sont bien différents. Wilson utilise le clair-obscur pour créer ses volumes. Il use des hachures pour renforcer les ombres, jusqu’à la saturation. Pourtant, ses dessins sont d’une grande lisibilité, d’une grande fluidité, grâce à l’utilisation subtile de couleurs pastelles en aplat. Notre œil n’est jamais perdu, toujours guidé vers l’élément déclencheur du gag. Ce style « minéral » et ce trait incisif servent parfaitement cet humour surréaliste et absurde.

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Bien sûr, ça ne paraîtrait pas si petit si nous n’étions pas des éléphants.

La dimension fantastique de son œuvre n’est que secondaire, même si certains de ses gags sont purement fantaisistes. S’il met en scène des monstres (extra-terrestres, batraciens géants, hommes-poissons…), des figures légendaires du fantastique (monstre du Loch-Ness, homme invisible, loup-garou, plante carnivore…), ce n’est que pour mieux souligner l’absurdité de notre monde moderne, en abordant les thèmes de la solitude, la marginalité, la différence. Wilson aime les freaks.

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Mais bien sûr, entrez donc !

La psychanalyse, la médecine, la vieillesse, la religion, la justice, l’amour, le cocufiage… Autant de thèmes de société, et de sources d’angoisses existentielles, passés au crible de l’humour de Gahan Wilson. Il nous réconcilie avec la monstruosité du monde...

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Pour rejoindre l’autoroute ? Vous prenez la première à gauche et vous longez la colline jusqu’au trou du Diable.

http://www.gahanwilson.com/

images tirées du site : http://lecturederaymond.over-blog.com/15-index.html

Mark Kozelek – What’s Next To The Moon (Badman Recording, 2001)

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Belle découverte (merci à l’ami Swamp !) que cet album de Mark Kozelek, qui rend hommage à AC/DC, période Bon Scott. Beau contraste entre la violence des textes et l’ambiance paisible des arrangements folk-acoustiques. Il paraissait plus facile de reprendre leurs chansons en Blues…

On ne reconnaît pas les morceaux, entièrement réorchestrées, si ce n’est quelques bribes de couplets, de refrains, qui nous rappellent que ce sont des compositions de Scott and Young. If You Want Blood, Bad Boy Boogie ou Riff Raff sont méconnaissables. C’est là toute la réussite de cet album : nous faire entendre des morceaux qu’on connaît par cœur de manière inattendue. Plus que de simples reprises, Kozelek nous offrent de véritables réinterprétations, rendant justice aux textes de Bon Scott, plus reconnu comme performer que song-writer.

La pochette décrit très bien la teneur de cet album, un chemin de fer balisant la route, nous emmenant vers un horizon boisé…

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Un homme lunaire…

Le leader des Red House Painters a lancé un autre projet en 2003 : Sun Kil Moon (merci à l’ami Bruce !), grâce auquel il avance encore plus loin dans son univers de prédilection. A savoir un folk-rock teinté de pop, de country, pur produit estampillé « americana », offrant des images d’une Amérique contemporaine fantasmée : soleil plombant ou rasant, poussière, grandes étendues forestières ou désertiques, évasions de toutes sortes…

Un rythme lent (down tempo), une batterie en sourdine, une basse tellement en place qu’on ne l’entend pas. Des guitares slide ou en arpège. Une voix basse qui susurre, reconnaissable entre mille. Kozelek ne pousse jamais sa voix, il est toujours dans la retenue. De belles ambiances Country-Folk. [Un bon pote me disait il y a peu, lors d’une discussion musicale, que j’aimais bien ce qui est « country ». J’aime en effet ses ambiances, ses sons, quand ils sont cités, détournés par des artistes rock, pop ou folk. Mais je n’aime pas le style country en tant que tel. Le Creedence Clearwater Revival ou Johnny Cash font exception, tant ils transcendent le genre.] Un univers musical qui m’évoque de bons groupes US tels que Pavement, Calexico ou Neil Young…

Trois albums à leur compteur et quelques E.P. J’ai une préférence pour le superbe April. Mark Kozelek est un homme à suivre…

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Sun Kil Moon, April

http://markkozelek.com/

http://www.sunkilmoon.com/

Image de prévisualisation YouTube

Boule de Neige – Collectif (Delcourt Shampooing, 2007)

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Boule de neige est un recueil de 9 histoires, réalisées par 9 auteurs, dans le cadre des 24 heures de la BD, organisé par Lewis Trondheim pour le 34ème festival de la Bande Dessinée d’Angoulême (janvier 2007).. Ce concept des 24 heures a été initié par Scott Mc Cloud (l’auteur du génial L’Art Invisible).

Réaliser une couverture, 24 planches et une quatrième de couverture en 24 heures doit être une performance plutôt difficile à relever. Un challenge motivant et stimulant pour des auteurs de bande dessinée qui d’habitude, travaillent seul dans leur coin. Pour cette expérience, ils se sont tous retrouvé à la Maison des Auteurs d’Angoulême, à l’exception de quelques uns qui œuvraient chez eux, en temps réel. Ces travaux étaient mis en ligne, au fur et à mesure de leurs avancées, sur le site : http://www.24hdelabandedessinee.com/public/index.php.

Bien entendu, personne ne connaissait le format (A4), ni la thématique de cette performance, ceci afin d’éviter toute préparation. Trondheim a envisagé deux jours avant qu’un même objet devrait être présent en première et dernière case du récit. Le sujet fut décidé par tous, 5 minutes avant de commencer. Comme il avait neigé durant la nuit, l’idée de la boule de neige comme point de départ et d’arrivée a été unanimement accepté.

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Dominique Boostopoulet

Comme l’explique Trondheim : On l’aura compris, tout ceci était plus un challenge vis-à-vis de nous-mêmes que vis-à-vis des autres. Le but n’était pas de finir premier, mais de finir à temps. Des 26 auteurs qui ont répondu présent à l’exercice, tous ont fini dans les temps. Cet album nous en propose 9 (Dominique Boostopoulet, Boulet, Lisa Mandel, Jonvon Nias, Aude Picault, Mathieu Sapin, Natacha Sicaud, Erwann Surcouf et Lewis Trondheim) afin de [comme le dit ce dernier] laisser une trace plus durable, parce que internet, c’est très bien, mais les livres, c’est très mieux. 

Cette performance est digne de l’OuBaPo et nous démontre que le médium BD peut s’adapter aux contraintes les plus folles (de temps, de thème…). On n’a pas de détail sur la réalisation, juste le résultat. Mais il est clair que ces auteurs ont su faire preuve de réactivité, de créativité. Ils ont dû puiser dans leurs ressources et leurs expériences afin de nous proposer des histoires qui tiennent la route. Inventer l’histoire, la découper, la mettre en page, dessiner les planches, les encrer… Tout cela sur le rythme d’une planche par heure, même en petit format, ça reste une sacrée performance. Un album original et de qualité. Chapeau les gars et les filles !

La quatrième édition des 24 heures de la Bande Dessinée aura lieu dans une semaine. A suivre…

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Lady Polaris – Mézières & Christin (Autrement éditions, 1987)

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Les pères de Valérian et Laureline n’ont pas exclusivement œuvré pour leurs héros. Heureusement. Même si cela n’aurait pas gêné les fans de nos agents spatio-temporels, il aurait été dommage pour les amateurs de beaux ouvrages de ne pouvoir profiter de cette œuvre plutôt unique dans sa forme et sa narration. Pour ce Lady Polaris, Mezières et Christin réinvente le médium. Un récit entre fiction et enquête journalistique, une narration composée d’ images de diverses natures : photographies, illustrations et planches de Bd. Tout cela pourrait donner un ouvrage « fourre-tout », c’est à l’inverse très cohérent. Cette multitude de support sert parfaitement cette quête de vérité autour de Lady Polaris

Rencontres inattendues sur des quais battus par le vent. Cargos illuminés perdus dans la nuit. Conversations discrètes dans des pubs enfumés. Bourlingues au rythme lent de la mer. Rendez-vous hasardeux au milieu des gigantesques machines portuaires…
De Hamburg à Bilbao, de Liverpool à Anvers, de chacune des villes où se sont éparpillés les survivants du  »Lady Polaris », un cargo ayant sombré dans des circonstances douteuses quelque part en Baltique, voilà que quelque chose remonte à la surface.
Pas l’épave rongée de rouille du vieux  »Lady Polaris » toujours ensevelie avec ses secrets par cent vingt mètres de fond. Mais des souvenir, des renseignements, des mensonges, des menaces même.

Mézières et Christin sont des maitres de la narration séquentielle. Ils nous le démontrent ici de façon admirable.

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