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Archives pour décembre 2009

Un peu de la France – Sempé (Gallimard, 2005)

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Il est difficile de décrire la beauté et la subtilité des dessins de Sempé compilés dans cet ouvrage. Je m’y essaie en quelques mots… On ne présente plus Sempé, ce maitre de la poésie dessinée. De notoriété internationale, collaborateur estimé du New Yorker, Sempé n’en demeure pas moins le plus français de nos illustrateurs.

En quelques traits, quelques touches de couleurs et sans aucuns mots, Sempé dresse un panorama juste et précis de notre « douce France ». On y trouve une multitude de détails, une récurrence de certains symboles qui sont pour la plupart « traditionnellement français » : des villages de campagne, des bouteilles de vin, des bérets, des vélos, un mangeur d’escargots, un paquet de gitanes bleu, des gardes-barrières, des arbres…

Certains dessins sont humoristiques, avec une chute toujours fine et humaniste. D’autre par contre sont des dessins d’observations, où il n’y a pas de gag à rechercher, juste le plaisir d’admirer l’instant dessiné. Et on sent bien que Sempé prend encore beaucoup de plaisir à s’arrêter sur une scène, un détail qui en dit long sur nos traditions, nos mœurs : la mamie qui ramène le gâteau du repas dominical, la fanfare qui se réunie dans le square, des ouvriers en bleu de travail qui sortent de l’usine à vélo, la musette en bandoulière, des messieurs qui se saluent en soulevant leur chapeau…

Ses dessins semblent hors du temps, et seules quelques antennes satellites perchées sur les toits nous indiquent que cet album est de notre époque. Comme pour illustrer que dans le fond, les choses changent doucement… Une hagiographie de la France que seul un artiste de la trempe de Sempé pouvait réaliser, loin des clichés et remplie de tendresse, de poésie…

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Comme jeu, des sentiers… J.B. Pouy & Baru (éditions Liber Niger, 2000)

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C’est la chienlit à la cité des Ecrivains : Rimbaud a attaqué Verlaine sous le regard de José Maria de Heredia. Heureusement, Miro mène l’enquête… Ces grands auteurs sont bien entendu des quartiers, des blocs, faisant parti d’un grand ensemble logiquement nommé la cité des Ecrivains. Miroslav Krapo, éducateur de prévention, est chargé par le commissaire de police d’en savoir un peu plus sur ces événements. Vu qu’il est « éduc de banlieue », la population se confira plus facilement à lui qu’aux « képis »…

Miro, le personnage principal, a beaucoup du Poulpe. S’ils ne sont pas flics, l’un est détective et l’autre médiateur de quartier, ils enquêtent tout de même sur des événements qui ne les impliquent pas directement et pourraient les laisser indifférents. Ils ont un regard distancié et désabusé sur le monde qui les entoure, mais croient malgré tout beaucoup en leurs semblables. Des solitaires qui savent faire preuve d’assez de compassion pour aider et aimer les autres…

Jean-Bernard Pouy, créateur du Poulpe, n’a pas son pareil pour nous décrire le monde urbain, la banlieue, ses désenchantements, mais aussi ses espoirs. Un monde déglingué, zone de non droit fait de violence, mais un monde peuplé de gens sensibles, intelligents et solidaires…

Pouy possède une écriture imagée, à base d’allégories, de métaphores, de calembours aussi. Un style tranchant, percutant, avec des mots coup de poing. Un langage fleuri mais juste, qui va à l’essentiel, usant d’argot et de jeux de mots à deux balles…

Les illustrations de Baru se complètent parfaitement avec les mots de Pouy, pour nous retranscrire les ambiances grises de la banlieue. Grises mais pas glauques. Le trait de Baru est tout en finesse, en impressions. Sa palette oscille entre diverses gammes de gris-marrons, mais avec peu de noir. Tels des polaroïds, ses dessins nous décrivent une scène précise (la baston entre bandes…), un lieu précis (le bar-tabac, le mosquée…) et s’arrêtent sur des détails incongrus (une cage d’escalier, une poubelle, des cartons…) ou des personnages typés, marqués, des gueules qu’on a tous croisé au moins une fois. …

C’est ce que j’aime chez ces deux auteurs (aussi bien de ce que je connais d’eux séparément, que pour cette collaboration) : la proximité de ce qu’ils nous racontent avec la « vraie vie »…

Un bel ouvrage des éditions Liber Niger, qui a l’intelligence de faire collaborer un romancier noir et un illustrateur-dessinateur de BD : Hervé Prudon et Muzo, Didier Daeninckx et Tignous…

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BRODERIES – Marjane Satrapi (l’Association, 2003)

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Marjane Satrapi nous invite à partager l’intimité d’un groupe de femmes s’adonnant à leur activité favorite : la discussion. Des femmes qui osent parler de tout, levant de nombreux tabous, mais uniquement entre-elles, lorsque les hommes font la sieste. Comme le dis très bien la grand-mère de Marjane : « parler derrière le dos des autres est le ventilateur du cœur »… Cet album est un hommage à sa grand-mère justement, une femme libre, au fort tempérament, vraiment en avance sur son temps.

On a donc droit à un joli lot de commérages, d’anecdotes croustillantes et d’histoires dramatiques, que chacune des protagonistes raconte l’une après l’autre. Une discussion libre, mais tout de même très codifiée. Chacune se doit de raconter une histoire en lien avec la précédente. Une histoire personnelle, ou concernant une connaissance familiale, amicale…

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Le thème principal de cette « broderie »  est : hommes – femmes, mode d’emploi. Car les « autres », se sont aussi les hommes… Nous pénétrons dans ces secrets d’alcôve, non pas en situation de voyeur, de voleur d’intimité, mais plutôt comme complice, voire comme confident.

Avec ce Broderie, Satrapi prolonge pour notre plus grand plaisir, son Persepolis. Sauf qu’elle n’est plus l’unique narratrice. Elle laisse la parole à ces femmes qui comptent beaucoup pour elle.  Ses dessins sont plus épurés, quasiment sans décors, se centrant uniquement sur les personnages. Son style est plus lâché, plus proche de l’écriture. D’ailleurs sa calligraphie est moins appliquée, plus immédiate, comme écrite sur le vif… Un journal intime dessiné, cette petite bd nous en apprend beaucoup sur les valeurs et les mœurs de ces femmes d’Iran, qui sont bien plus libres et progressistes qu’on ne pourrait l’imaginer…

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