Archives pour août 2009



La Vie est Belle malgré tout – Seth (Delcourt, 2009)

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J’avais eu l’occasion de lire cette bd il y a une petite dizaine d’année, lorsqu’elle était éditée par les Humanoïdes Associées, dans la collection Tohu Bohu. Je la recherchais depuis mais ne fut pas facile à trouver en occasion. Je suis donc très content que Delcourt la réédite, dans un format comics et surtout, sur du papier sépia, qui lui confère un aspect vieillot qui sied à merveille à cette histoire emprunt de nostalgie et d’une certaine mélancolie.

Récit autobiographique, Seth nous raconte son existence de dessinateur-illustrateur rêveur (qui à chaque fois qu’il prend le train pense à Tintin), un peu passéiste, passionné de vieux livres, de beaux dessins, d’une vieille expo de dinosaures, de vieux vinyls… Un dessinateur au look année 50, souvent en décalage par rapport au monde qui l’entoure.

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Un album tout en finesse, en subtilité. Seth est un maitre pour ce qui est de raconter ces petites choses imperceptibles de la vie de tous les jours, ces non-dits du quotidien (lors des repas en famille, des échanges avec son ami dessinateur, sa rencontre et sa vie de couple, ses recherches à propos d’un vieux dessinateur)… Ce qu’il nomme « les Plaisirs minuscules ». Une légèreté accentuée par ce style simple mais non simpliste, une ligne claire tout en arabesques, inspiré par Dupuy et Berberian sans en être une pale copie. Par ce gris bleu qui contraste admirablement avec ce « blanc-sépia » (bonne idée de Seth lui-même, chargé du Design graphique de cette réédition). 

La formidable idée de ce récit, c’est cette mise en abîme de ce jeune dessinateur qui recherche des dessins et tente d’en savoir plus sur Kalo, un ancien dessinateur du New Yorker découvert par hasard. Il n’hésite pas, sur plusieurs années, à effectuer un travail d’archéologue, à sonder un nombre incalculable de piles (de strates) de livres chez les bouquinistes. De remonter dans le passé de ce dessinateur, en allant à la rencontre de sa ville natale, de sa famille…

Seth ne cherche-t-il pas à aller au fond de sa propre existence, de sa propre passion du dessin, par l’intermédiaire de ce dessinateur oublié ?  Surement. Il est d’autant plus troublé par le style de Kalo qui est étonnamment très proche du sien. On peut y voir (et lui certainement) comme une sorte de filiation, de lien invisible qui l’incite à en savoir toujours plus, en découvrir toujours plus…

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Une œuvre riche, admirable, qui sans en avoir l’air aborde les thèmes profonds du temps, de la mémoire, de l’existentialisme…  

Les Funérailles de Luce – Springer (Vents d’Ouest, 2008)

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Aborder le thème de la mort et du deuil n’est pas évident, surtout en bande dessinée, qui est encore associée à la jeunesse et donc l’insouciance. Mais heureusement, le médium bd étant arrivé à maturité, on ne compte plus les œuvres de qualités abordant ces thèmes plutôt difficiles : la maladie avec L’ascension du haut mal ou Les pilules bleues, le viol avec Pourquoi j’ai tué Pierre, la guerre avec Derniers jours de guerre de Joe Sacco ou La guerre d’Alan, la mort avec 3 ombres ou ces Funérailles de Luce… 

Cette histoire nous parle de l’incompréhension d’une gamine face à cette inéluctable finalité. D’une communauté de personnes âgées dont certaines veulent vivre pleinement leurs derniers instants… Une narration fluide, avec très peu de dialogue, qui prend le temps de dresser les portraits de personnages attachants.

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La meilleur manière de représenter la mort reste l’allégorie, la métaphore : les fameuses 3 ombres (qui sont en fait 3 jeunes femmes) ou ici, un/une enfant portant un linceul accompagné d’un grand black (qu’on suppose vaudou), sans oublier le symbole fort de la cocotte en papier… Une représentation de la mort que seule Luce semble voir. Surement car elle est innocente et ne sais pas encore ce que c’est…

Cet album aborde également, et de façon admirable, les thèmes de la vieillesse, de la fin de vie, de la séduction et la sexualité des personnes âgées, comme derniers remparts avant la mort. Un thème encore tabou dans notre société…

Springer maitrise parfaitement la technique de l’encre de chine – ses volumes, entre hachures et lavis, contrastent parfaitement avec ses aplats noirs ou blancs – qui fort heureusement n’alourdi pas le propos. Car il sait prendre le temps d’installer une situation, d’aérer ses planches avec cette dominante de blanc. Son style expressionniste et légèrement humoristique (les visages sont « arrondis », avec des « gros nez ») apporte une justesse dans les émotions des personnages. Une bd beaucoup plus fine et subtile que sa forme et son sujet ne pouvaient le laisser deviner.

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Preview

Le Chant de la Machine – Mathias Cousin & David Blot (Delcourt, 2000/2002)

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Vouloir dresser un inventaire de la musique électronique annonce un travail plus que pharaonique. En effet, même si cette musique est jeune (on va dire depuis les années 50) elle est d’une richesse telle qu’on est loin de pouvoir faire le tour de la question en deux albums de bande dessinée. Mais en fait, sous ce titre Le chant de la machine, les auteurs s’attachent plutôt à nous parler des musiques électroniques festives, faites pour danser. Ce que l’ont nomme de façon générique : la musique techno.

Comme ils nous l’expliquent, il faut remonter au moins jusqu’aux origines de la musique disco pour comprendre la musique techno, à la fois dans sa conception (l’apport des nouvelles machines en studio, créations des maxi et des remix) que dans sa consommation (en club, pour danser !) Et surtout l’apparition des DJs, qui changent la donne : ceux qui diffuse la musique et créent des enchainements deviennent également des artistes !

Il n’a pas été facile de faire éditer cette bd, tant le sujet et la forme (entre planches séquencées, dessins prenant toute la page et textes illustrés) étaient assez particuliers. Tracer l’historique de la musique techno, dans un format bd, mais sans héros récurent (si ce n’est la musique en elle-même) n’emballait pas les éditeurs, sauf Delcourt…

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Une bande dessinée journalistique (David Blot était à l’époque chroniqueur pour Nova ou les Inrocks), didactique et richement illustrée, malgré quelques inévitables oublis et raccourcis. Une enquête qui se joue du temps, qui nous propose des interviews de DJs maintenant disparus, des visites de lieux mythiques qui n’existent plus (le Loft, le Studio 54, le Palace…). Une somme d’information en 150 pages…

Le premier volume commence au début des années 70, avec la création des premiers clubs new-yorkais, pour finir fin des années 80 avec New Order à Ibiza. Le graphisme de Mathias Cousin (qui nous a quitté avant la sortie du deuxième volume) est très influencé par Robert Crumb avec ses rondeurs hachurées, un trait à la fois humoristique et réaliste. Le deuxième volume – qui commence au début des 90’s - est plus épuré au niveau du style, plus lâché. Avec quelques touches de couleur fluo, normal !

Nous ne sommes jamais allé à l’Hacienda, nous étions à peine nés quand le Loft ouvrait ses portes, et toujours pas majeurs quand le Garage fermait les siennes. Nous n’avons pratiquement rien connu, vécu, expériementé, de tout ce que nous allons vous conter parce que nous étions trop jeunes… « Le Chant de la Machine », récit en deux volumes, est d’abord un reportage, une enquête sur les débuts d’une musique qui allait dominer cette fin de siècle, la musique des computers froids et des corps chauds… La House Music… Mais c’est surtout une bande dessinée et une aventure, bref, autant d’invitations obligées à prendre des libertés par rapport à la réalité. (les auteurs)

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A ranger entre La Legende du Rock’n'Roll de Serge Clerc et les Lock Groove de JC Menu…

Papier à lettres – Gébé (Buchet Chastel, 2009)

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Pour présenter cet admirable ouvrage, je vous propose ce texte de 4 de couv’ (Oui bon, c’est les vacances, je fais du copier… Mais du bon, fait main !)

Je rajouterai quand même que ces compositions dessinés sont superbes ! Gébé est un maitre du carnet d’impressions, et je comprends maintenant pourquoi JC Menu en est fan et réédite ses œuvres… Dans un format original, celui-ci est édité dans la collection Les Cahiers Dessinés de Buchet Chastel, une trèèès bonne maison d’édition !

Rassemblées pour la première fois, et dans leur totalité, les pages de ce Papier à lettres parues dans Charlie Hebdo entre 1993 et 2003 composent un livre à ne pas mettre entre toutes les mains. C’est un ouvrage rare, une curiosité qui exige précisément une grande curiosité et une certaine délicatesse.

Enfant, Gébé rêvait de devenir écrivain. Après avoir travaillé treize ans à la SNCF, il devint dessinateur – de dessins souvent « sans paroles ». Et puis, le temps passant, le démon de l’enfance lui caressa la tête, l’écriture pris de plus en plus de place : bandes dessinées, articles, nouvelles, romans, chansons, romans-photos, scénarios de films et une pièce de théâtre.

Dans ce recueil, les textes d’insurgé recouvrent sans vacarme des dessins poétiques dans lesquels il est passé maître. Comme chez ses amis Fournier, Siné ou Willem, cette prépondérance du texte sur l’image est devenue une forme nouvelle, ni dessin de presse, ni bande dessinée. S’y ajoute sa remarquable calligraphie qui vient s’enlacer entre les murs et les arbres observés depuis sa lucarne ou son jardin. Lorsque Gébé rêve les yeux ouverts, on sent qu’il ne faut pas le déranger : mais qui peut déranger un homme qui rêve si fort ?

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Gébé – l’An 01

BEAUX ARTS Magazine

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Hors-série 2009

Quand on constate la qualité des hors séries de Beaux Arts Magazine (ou de Lire) consacrés à la Bande Dessinée, je me dis qu’aborder cet univers complexe par des analyses et des points de vues « autres » est très enrichissant. Dans le même temps, je trouve dommage que la presse spécialisée n’ait pas cette même approche critique de son médium. Une presse officielle de critique BD, au même titre que pour les Arts ou la Littérature, n’existe pas (plus) ! A part les initiatives indépendantes (et ponctuelles) comme l’Eprouvette, ou officielles mais confidentielles comme 9ème Art… Pourtant, nous ne manquons pas de grands analystes et théoriciens de la BD, tels Thierry Groensteen, Benoit Peeters, Thierry Smolderen, Evariste Blanchet, etc.

Je suis d’accord avec les chroniqueurs de l’Eprouvette qui estiment qu’il manque à la BD une vraie Critique digne de ce nom. Pour s’émanciper et devenir majeur, tout Art se doit de procéder à son « auto-analyse », posséder sa propre « Histoire ». Chose qu’a su faire le Cinéma depuis longtemps par exemple.

Il manque à la Bande Dessinée une Critique et des critiques lui permettant de savoir où elle en est, de pouvoir se remettre en question. Comment est structuré un album ? Quels sont les choix, les orientations prises par l’artiste ? Dans quel héritage s’inscrit-il ? Sans chercher à se mettre à sa place, juste pour comprendre sa démarche… Pourquoi cadrer de telle façon ? Pourquoi choisir telle couleur, tel thématique, tel mots ? Pourquoi tel trait, tel découpage, tel cadrage ? Nous avons besoin de clefs pour comprendre pleinement une œuvre, un artiste. Et pour se faire, nous avons besoin de bonnes critiques, de bons critiques…

La Bande Dessinée est un art complexe (et d’ailleurs, est-ce un art ou un artisanat ?) fusion du texte et de l’image. Et même si ces deux magazines l’abordent sous leurs angles de prédilection (la narration pour Lire, les dessins pour Beaux Arts) avec leur vocabulaire (comme comparer les dessinateurs en fonction de leur style pictural : impressionniste, surréaliste, classique…), ils n’oublient pas de la considérer comme un art d’expression à part entière, possédant ses codes, ses Maîtres…

A quand une revue d’analyses et de commentaires de la Bande Dessinée par des gens du milieu ? A quand une revue mensuelle sur le sujet, au lieu d’attendre ces quelques hors série annuels ? Peut être que ce qu’il manque à cette presse, ce sont des lecteurs… Ce qui sous entend qu’il faudrait « éduquer » les lecteurs-spectateurs-amateurs-admirateurs du 9ème art… Beaux Arts magazine y contribue fortement !

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Hors-série 2008

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