Archives pour mai 2009

Avatars et Coquecigrues – Alexis (éditions Audie, 1975)

 

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Alexis est un Géant. Un Monstre. Il sait absolument tout dessiner, avec une facilité hallucinante. Maitrisant une palette de style, allant de l’humoristique (très MAD), à un quasi hyperréalisme. Un trait expressif et dynamique. C’est un Maitre du noir et blanc pur, contrasté, tout en clairs obscures… Au détour de ses dessins, on ressent l’influence d’un Forest, d’un Breccia… Dessinateur de l’équipe Pilote, Alexis est un des créateurs de Fluide Glacial (dont il est l’éternel Directeur de conscience). Son influence est toujours bien présente dans les pages du magazine, avec des dessinateurs tels que Mo ou Julien Cdm.

Cet Avatars et Coquecigrues nous permet de prendre toute la mesure de la richesse du dessin d’Alexis. Et de son gout pour les univers fantastiques et absurdes. Il signe ici le scénario de ces courtes nouvelles dessinées, ce qui est assez râre dans sa production, lui qui a souvent collaboré avec les plus grands : Time is money avec Fred, Al Crane avec Lauzier, Cinémastock et Dans la joie jusqu’au cou avec Gotlib, Transperceneige avec Lob (il devait dessiner la série mais est mort avant de l’avoir terminée, c’est Rochette qui a pris la suite), Superdupont avec ces deux derniers…

A chaque fois, il a su parfaitement mettre en image les délires scénaristiques de ces amis et y intégrer subtillement son univers décalé. « Alexis n’était pas un simple exécutant. Tout en restant très fidèle aux indications, il savait apporter un petit détail indispensable qui renforce l’effet d’un gag ou qui ajoute à l’ambiance d’une histoire. Avec Superdupont, il s’amusait souvent à rajouter des gags de second plan qui enrichissaient l’aspect loufoque de la bande. » (Lob dans Les cahiers de la bande dessinée n°38 sur Alexis. On y découvre d’ailleurs les planches inédites du Transperceneige).

Alexis nous a quitté bien trop tôt (en 1977, il avait 31 ans) mais nous a laissé malgré tout une œuvre riche. Je ne me lasse pas de la (re)découvrir et commence seulement à me rendre compte de son ampleur… Un Génie je vous dis.

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http://www.bedetheque.com/auteur-841-BD-Alexis.html

Alexis sur BDZoom

LE MONDE EST FLOU – Clarke (Dupuis, 2009)

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Cinquième volume de la série Histoires à Lunettes, apparue dans les pages de Spirou Magazine, Le Monde est Flou est une succession de gags en une page, plus loufoques et absurdes les uns que les autres, avec une bonne dose d’humour noir. Comme le nom l’indique, la particularité de cette série est de nous présenter des personnages qui portent tous des lunettes. Et avoir des lunettes ne garantie pas d’y voir net, de bien cerner les choses, au contraire ! Tous ces personnages (des explorateurs, des chirurgiens, des retraités, des naufragés, des amnésiques…) sont en décalage constant par rapport aux situations qu’ils vivent.

D’une série commencée avec son comparse Midam au scénario, Clarke signe seul ce numéro 5. Dessinateur fluidien (Château Montrachet, Cosa Nostra…), spécialiste de l’humour nonsensique, on retrouve ici son style original, son trait dynamique, très anglo-saxon (il me fait penser à Wallace Wood de Mad Magazine).

De par son format et son contenu, Le monde est flou est un petit album bien sympathique, qui se termine par une parodie de magazine people avec fausses interviews des auteurs et photomontages… C’est con comme j’aime !

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GOOD MORNING ENGLAND – Richard Curtis (Angleterre, 2009)

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Good Morning England (franchement, ils auraient pu garder le titre original) n’est pas un film documentaire, mais une vraie comédie qui nous raconte cette aventure hors norme de Radio Rock, une des nombreuses radios pirates qui diffusaient sur les ondes anglaises de la musique Pop-Rock, 24 heures sur 24 et ce pendant plus de 3 ans. Bien plus qu’un simple effet de mode, ces radios étaient d’authentiques phénomènes de société, avec pas moins de 20 millions d’auditeurs. Pour nos amis anglais, cette aventure est gravée au fond de leur mémoire. Cela explique aussi la place particulière que peut avoir la musique Pop chez eux.

Le réalisateur nous fait découvrir la vie de ces DJ, véritables pirates des ondes qui bravent les autorités politiques. Certes, ils vivent reclus sur un bateau en pleine mer du nord, mais ils sont entre amis et libres. Libres de leur faits et gestes, libres dans leurs moeurs… Ils ne manquent de rien et reçoivent régulièrement la visite de fans dévoués. Ce qu’on peut dire, c’est qu’ils avaient la belle vie…

Les acteurs sont tous formidables et dressent des personnages hauts en couleurs. Des personnages tous différents (du plus excentrique au plus coincé), tous attachants qui vivent moult péripéties cocasses et parfois dramatiques. Mais jamais sérieusement, ce n’est pas dans leur état d’esprit…

Il n’y a pas de héros principal, si ce n’est le bateau en lui même. C’est un film choral, mais on devrait plutôt dire un film Band (ou de bande…) ! Une comédie anglaise sensible et intelligente qui ne joue pas sur la corde de la nostalgie pour nous décrire cette époque maintenant révolue. J’ai passé un très bon moment…

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MUTANTS – David Morley (France, 2009)

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Cette histoire de survivants face à des contaminés a déjà été vue mainte fois. Donc, rien de nouveau par rapport aux autres films de mutants/zombies, entre les 28 jours/semaines ou Je suis une légende… C’est plutôt dans le traitement de l’histoire, l’esthétique et la psychologie des personnages que le réalisateur tire son épingle du jeu…

La relation d’amour et de rejet entre l’héroïne (Hélène de Fougerolles plutôt convaincante dans ce rôle) et son ami contaminé qui se transforme (impressionnant Francis Renaud !), apporte un coté « auteurisant » (le défaut de pas mal de films de genre français) qui passe ici plutôt bien, qui est même assez troublant. Et heureusement, le réalisateur va jusqu’au bout des scènes gore, sans trop en faire, ni trop peu…

La photographie est superbe. Les plans sur ce paysage de montagne, bleus gris, très purs et calmes créent une ambiance décalée par rapport aux scènes d’intérieur, sombres, brutes… Ce contraste intérieur/extérieur est plutôt bien réussit.

L’ambiance globale est assez inquiétante, c’est ce qu’on attend d’un film d’horreur. Encore un petit film de genre français réussi, qui assume ce qu’il est, sans trop en faire dans l’intellectualisme à deux sous…

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Bande Dessinée et Littérature

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Il faudrait qu’on m’explique un jour quel intérêt artistique peut-il y avoir à adapter un roman en bande dessinée ? Ce sont deux disciplines proches par le verbe, mais très éloignées dans leur narration. Ce genre d’adaptation apporte en général peu de choses, ni à l’œuvre de référence (qui par définition restera plus originale), ni à la bande dessinée, qui s’en trouve plutôt discréditée. Après tout, chacun fait comme il l’entend, mais je trouve que c’est un des problèmes de la production actuelle. Cette tendance littéraire (la plupart des grandes maisons ont leur collection « littérature » : Glénat, Vents d’Ouest, Casterman, Soleil, Delcourt… Voir en détail) illustre cette idée que l’histoire serait l’élément principal d’une bd, plus importante que le graphisme…

Je pense qu’à l’inverse, la bande dessinée, art de la narration, est avant tout un art plastique. Personnellement, je préfère les délires scénaristiques abscons associés à la virtuosité graphique d’un Moebius par exemple, que lire ces pseudos ouvrages littéraires. Comme si la BD (du moins, certains qui la font) avait encore des complexes (sous littérature ? art mineur ?) et devait trouver une légitimité artistique dans ces adaptations…

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A tous les amateurs de ce type de BD, je ne dirai qu’une chose : lisez le livre… C’est ce que je me suis dis en lisant Les marins perdu. C’est plaisant, mais l’adaptation de Clément Belin n’a, me semble t-il, rien apporté de plus à cette histoire de marins bloqués au port de Marseille. Au contraire, les images imposent la vision du dessinateur, alors que les mots laissent libre cours à l’imagination du lecteur. Dans ce cas, mieux vaut lire le roman de J.C.Izzo…

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Malgré tout, l’alliance BD-Littérature peut apporter de grande chose, quand le projet demeure original, quand le dessinateur a du talent. Je pense en particulier à la biographie de Kafka par Crumb, au Pinocchio de Winschluss qui ose prendre des libertés et nous propose une relecture originale… Lorsqu’un virtuose de la BD adapte l’œuvre d’un grand de la littérature, cela donne généralement de bons résultats quand celui-ci a le génie d’y transposer sa vision, d’y apporter sa touche personnelle qui enrichie l’adaptation. Je pense à Tardi avec le Nestor Burma de Léo Malet, Philippe Druillet et le Salammbô de Flaubert ou Breccia avec le Dracula de Stoker ou les contes de Poe…

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William Wilson par Breccia

Ce dernier ouvrage est d’une richesse incroyable. Breccia laisse éclater toute sa virtuosité, sa maîtrise des contrastes en noir et blanc, l’expressionnisme quasi abstrait de ses formes colorées. C’est par le graphisme pur qu’il adapte les nouvelles de Poe. Il va même jusqu’à raconter l’histoire, sur certaines planches, sans un seul phylactère, sans un seul mot… Du grand Art !

Une distance insondable semble séparer la géométrie laconique avec laquelle, en 1974, Alberto Breccia adapte, en noir et blanc, le Cœur révélateur d’Edgar Poe et la débauche d’arabesques colorées que lui inspire, 8 ans plus tard, le conte du Masque de la Mort rouge. Au premier regard seulement. Car entre ces extrêmes, les trois autres « Histoires extraordinaires » de Poe que Breccia choisit de mettre en images permettent de renouer le fil de la logique qui unit ces deux œuvres en apparence si opposées. [...]

Breccia, magnifiquement, transforme ce néant en matière. Il injecte au blanc obsédant, apparu dans l’entrebâillement de la porte poussée nuit après nuit par l’assassin du Cœur révélateur, les « phosphorescences de la pourriture », ces couleurs réduites à l’état de traces qui veinent la pâte blanche dont il cerne l’agonie de Monsieur Valdemar et les cadavres fauchés par la Mort rouge. Au vide final contre lequel se balance le pendu à la dernière page du Chat noir et où résonne ironiquement une chanson dans la pièce abandonné par William Wilson, Breccia substitue le relief d’une matière irisée des éclats de la décomposition toute proche. La blancheur stérile du néant, cette pure surface qui n’offrait aucune prise, devient soudain palpable. Les doigts effleurent sur la feuille la lente glaciation qui scande le récit du Masque de la Mort rouge. Mais la menace de ce gel charrie les débris d’une débâcle métamorphosée en lueurs boréales. Au-delà de l’horreur, la matière même du rêve. (Agnès Carbonell en préface).

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Le Coeur révélateur par Breccia

 

Les objets livre et BD sont semblables. Ils sont les enfants de Gutenberg. Une maison d’édition comme l’Association l’a très bien compris et nous livre, dès ses débuts, des albums de Bande Dessinée de belles factures, qui ont plutôt l’aspect et la qualité de beaux ouvrages que d’albums traditionnels (les fameux 48 pages, couvertures cartonnées) … Le roman graphique est par définition, et surtout grâce à ses meilleurs représentants (Eisner, Spiegelman, Moore, Menu, Burns, Satrapi, Miller…), l’alliance réussi entre la littérature et la bande dessinée. Un mode de narration original et créatif, qui offre des latitudes inédites…

 

Outre la création, le monde littéraire peut aussi apporter un enrichissement à la Bande Dessinée au niveau de la critique. Qu’un journal tel que Lire consacre des numéros entiers à des auteurs ou des héros de Bande Dessinées (Asterix, Hergé, Corto, Goscinny…) confirme l’idée, pas encore tout à fait répendue dans les milieux artistico-littéraires, que la Bande Dessinée est un Art majeur créée par des auteurs et des artistes majeurs ! C’est une très bonne chose que des chroniqueurs de presse littéraire proposent des analyses et des commentaires pointus, différents, sur la BD. Et surtout, qu’ils ne la réduisent pas à une simple sous-littérature mais la considère comme un Art, possédant ses propres codes esthétiques et narratifs.

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En fin de compte, je dirai que l’adaptation de roman en bande dessinée n’est pas une mauvaise chose en soi. Cela peut aboutir à des œuvres remarquables. Mais la majorité de ces adaptations ne sont pas convaincantes. Il me semble qu’elles correspondent plus à la tendance actuelle des éditeurs qu’à une vraie démarche artistique…

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