Archives pour mars 2009



MISTER NOSTALGIA – Robert Crumb (1998 Editions Cornelius)

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Les éditions Cornelius ont la bonne idée d’éditer une Anthologie de l’œuvre de Robert Crumb. Et plutôt que de nous présenter ses œuvres de façon linéaire et chronologique, Jean-Pierre Mercier (co-direction éditoriale) a préféré regrouper ses planches par thèmes. Dans « Amerika », c’est sa veine pamphlétaire qui est mise en avant. « Mes problèmes avec les femmes » aborde, comme son titre l’indique, ses obsessions et ses penchants de pornographe. « Mister Nostalgia » nous fait partager sa passion pour la musique des années 20 (jazz, country… ) ainsi que sa collectionnite aigue de vieux enregistrements vinyls… J’ai une préférence pour ce « Mister Nostalgia », qui comprend surtout un des chef d’œuvres de la narration séquentielle : A short story of America. En quelques dessins, un plan fixe et beaucoup de poésie, Crumb en dit plus sur l’évolution de son pays que des discours d’historiens…

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« Depuis le lycée, je suis fasciné par la manière dont le paysage américain a constamment changé, dont on l’a remodelé. En Amérique, rien ne reste identique très longtemps. Il n’y a jamais réellement eu de respect pour les constructions anciennes […] J’étais fasciné par le constant changement de décor en Amérique depuis le XVIIIème siècle, à la différence de l’Europe. Quand on est dans certains coins de Paris, on retrouve le XIXème siècle. En 1890, la 5ème Avenue de New York ressemblait au centre de Paris, avec ses alignements d’immeubles de cette époque, mais il en reste très peu de choses aujourd’hui. Tout a été remplacé. Dessiner Une brève histoire de l’Amérique, c’était un peu une tentative de préserver la mémoire culturelle. Il y a une volonté de continuité, de manière à ce que tout ne se fonde pas dans cet incessant changement dénué de sens. »

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Maître incontesté et mondialement reconnu de la bd underground, Crumb est un virtuose du crayon et de la plume. La diversité de ses projets nous démontre qu’il peut absolument TOUT dessiner. Prolifique, Crumb n’a rien perdu de son mordant et de son indépendance d’esprit en plus de quarante ans de carrière… Sans concessions, toujours…

Crumb a influencé plusieurs générations de dessinateurs, alors que son style ne semble pas avoir été directement influencé par quelque dessinateur que se soit (le journal Mad est une référence avérée, mais plutôt pour l’esprit que pour le style). C’est la marque des Géants !

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Les aventures non-officielles de Tintin

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Charles Burns…

Icône absolue de la Bande Dessinée, notre reporter ne pouvait échapper à la parodie. Signe de reconnaissance, ou d’irrévérence envers le chef d’œuvre d’Hergé ? J’opte bien évidemment pour la première proposition. Comme l’imitation, la parodie est un signe de respect. On ne parodie que ce qu’on aime… Mais tout le monde ne l’entend pas de cette façon -en particulier Moulinsart Productions- et bon nombre de ces parodies sont interdites ou restent marginales. Voir le scandale qu’a causé la couverture de Goossens pour Fluide Glacial. On ne doit pas toucher à l’intégrité de Tintin ! Comme s’il s’agissait d’une personne réelle…

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Goossens…

Les parodies à caractère sexuel sont certainement les plus nombreuses et les plus variées (plus ou moins humoristiques, pornographiques…). Ce qui est logique car les spéculations sur une éventuelle vie sexuelle de Tintin sont légions (s’il en a une, quels sont ses préférences, son orientation, ses relations..?). Allons, soyons honnêtes, qui n’y a jamais songé en relisant ses aventures ? Nous grandissons avec Tintin mais lui ne vieillit pas. Avec le temps notre point de vue change et s’oriente plus vers ces choses là, c’est normal (comment ça obsédé !?).

Le belge Jan Bucquoy est certainement celui qui a été le plus loin (un des Dupondt serait en fait une femme !), avec le plus de talent, et de respect pour l’œuvre d’Hergé.

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Cette « tradition » de parodie érotique remonte à quelques décennies maintenant… Voyez celle-ci qui date de 1962 et dessinée par Wolinski dans Hara-kiri… Elle n’est pas très « hot », mais resitué dans le contexte de l’époque, c’était osé ! 

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Autre type de parodie, celle qui consiste à utiliser le matériau de base afin de réinventer totalement une aventure de Tintin (en 62 pages). La plus connue est « Tintin en Irak », qui a fait parlé d’elle récemment suite au procès intenté par Moulinsart Productions contre une personne qui avait édité en album et vendu sur internet cette parodie. On peut tout de même la visionner entièrement et légalement sur : Tintin en Irak

L’auteur à sélectionné des cases de différents albums et les a ré-assemblé afin de nous raconter, de façon parodique bien évidemment, la deuxième guerre du golfe. Tous les protagonistes sont présents : Bush junior, Ben laden, Chirac, l’ONU…
Tintin (de par sa « neutralité ») représente toutes les parties : il est un opposant à la guerre, un représentant de l’ONU, un membre du gouvernement iraquien ou américain, etc.

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Extrait frappant de Tintin en Irak

Mais la démarche la plus remarquable, qui relève d’un véritable exploit, nécessitant un grand talent et une passion sans bornes pour Tintin, est celle d’avoir osé terminer « Tintin et l’Alph’art » ! Le rêve de nombreux fans…

Des dessinateurs (ainsi que des étudiants en Art) ont ainsi créé leur version de l’Alph’Art… Il est intéressant d’observer les différences de regards, de techniques, de découpages, de scénarii… Le meilleur est sans conteste Yves Rodier, qui a dessiné, scénarisé, coloré, découpé en 62 pages d’une façon exemplaire (malgré quelques petites imprécisions).

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Ces divers projets (il y en a tant d’autre à découvrir sur l’excellent site Tintin est vivant) sont dut à la persévérance de fans, dont l’imaginaire a été nourri aux aventures de Tintin. Par leurs démarches, ils rendent leur hommage et contribuent à perpétuer le mythe de Tintin. Comme l’ont également fait des artistes reconnus (Roy Lichtenstein, Bilal, Tardi, Keith Haring, Savignac, Loustal, Burns…)

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Loustal…

GASTON LAGAFFE – André Franquin (Dupuis)

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Mon premier Gaston… 

Pour rester dans les BD indispensables, n’oublions pas de citer Gaston Lagaffe ! Zi chef-d’oeuvre absolu de la bande dessinée d’humour… De la bande dessinée tout court d’ailleurs. Et dans son intégralité bien sur ! Il est impossible de choisir entre les 16 albums (de 1971 à 1996 : série classique en 16 volumes ; de 1997 à 1999 : série définitive en 19 volumes). Tout est bon chez Gaston ! Ce génie de Franquin (qui a inventé le dessin animé en 2 dimensions, le trait qui bouge !) nous aura laissé une œuvre complète, foisonnante, dynamique, complexe…

Gaston Lagaffe est employé de bureau au Journal de Spirou. Il porte des espadrilles très usées, un pull à col roulé vert trop court, un blue-jeans. Mince, la tête ronde et les cheveux toujours en bataille, son dessin s’affine avec le temps. Son expression favorite est « M’enfin », souvent associée au « Rogntudjuuuu » de Prunelle. Son arrivée dans le journal est annoncée mystérieusement par des traces de pas dans les marges des pages du journal. Sans explication pour le lecteur dans un premier temps.  La semaine suivante un communiqué de Fantasio (autre personnage fictif de Spirou) tente d’éclaircir la situation aux lecteurs : Gaston a été recruté par une personne dont il ne se rappelle pas le nom, mais est persuadé qu’il est bâti pour une carrière de héros. Ne pouvant être intégré dans une série du journal de Spirou, il devient le premier héros sans emploi. (Wikipédia

Pacifiste, humaniste, écologiste, militant des droits de l’homme, défenseur des animaux, génial inventeur, collectionneur, beatnik, amoureux, passionné, feignant, paresseux, rêveur, utopiste… Un exemple pour plusieurs générations…

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http://www.gastonlagaffe.com/

HP & Giuseppe Bergman – Milo Manara (1980 Casterman)

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Cette série est à lire absolument ! Surtout les deux premiers volumes… Quand la bande dessinée devient essai philosophique cherchant à répondre à cette question fondamentale pour tout auteur (et tout lecteur) : qu’est ce que l’Aventure ? Le maître d’Aventure, qui n’est autre qu’ Hugo Pratt, apporte un début de réponse sous la forme d’une autre question : Aventure lue ou vécue ..?

Giuseppe Bergman (qui, vous l’aurez remarqué, possède les traits d’Alain Delon !) est l’anti-héros typique. Il subit l’histoire, sans pouvoir maîtriser quoi que ce soit. Dans le premier volet, il doit vivre une aventure pour le compte d’une mystérieuse multinationale qui lui adjoint un maître d’aventure, HP (Hugo Pratt donc, grand ami de Manara avec lequel il a déjà travaillé). Manara nous propose une réflexion sur les rapports du réel et de l’imaginaire, le tout avec une certaine ironie. Le second volet mène Giuseppe en Afrique où il doit être acteur dans un film. Dans le troisième, il se retrouve en Inde dans une aventure pour le moins mystique, dans laquelle rêve et réalité ne fond qu’un !

« Avec Giuseppe Bergman, j’ai exploré le rapport entre l’évasion et l’engagement, entre les expériences vécues directement et celles acquises à travers la littératures. Une expérience au cours de laquelle j’ai cherché à greffer les faits divers de la vie quotidienne sur l’univers de l’aventure classique. » (Manara) 

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CHORON DERNIERE – Pierre Carles et Eric Martin (2009)

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Pour voir Choron dernière, il ne fallait pas perdre de temps. Il n’est resté qu’une semaine à l’affiche du cinéma d’art et d’essai de ma ville…

Ce film est à la fois un documentaire, avec sa part d’images d’archives, et un reportage, dans lequel les réalisateurs ont suivi Bernier à la fin de sa vie, nous présentant son village natal. Ces deux aspects du film illustrent en fait les deux aspects du personnage. Mister Bernier et Professeur Choron ! Les extraits d’émissions de télé nous montrent un provocateur extrême, abusant du mauvais goût car ne supportant pas le politiquement correct (le fameux droit de réponse où il traite de « merde » des jeunes présents qui considèrent Charlie Hebdo comme un journal de vieux, ou alors sur le plateau de Mireille Dumas quand il parle des malades du sida en disant : « qu’ils crèvent ! », etc.) Puis, on voit un Bernier plus intime (il ne nous épargne rien de son anatomie, ni de ses souvenirs croustillants), d’une extrême gentillesse, nous présentant une amie d’enfance, la maison où il est né, son premier boulot à la fromagerie…

Derrière ce personnage public immoral et sans cœur se cache un être sensible et profondément humain. Et bien que ses grandes heures de gloire soient passées (hara-kiri n’étant plus, Charlie Hebdo qui repart sans lui), on ne ressent pas d’amertume chez lui. Je pense qu’il continuait à avancer (en créant Grodada ou La Mouise) même s’il devait savoir que le succès ne sera plus le même. Le recherchait–il d’ailleurs ? Non, bien sur ! Il me semble que l’essentiel pour lui était d’être entouré de ses amis (Charlie Schlingo, Vuillemin, Berroyer, Marc Edouard Nabe…) et de faire un bon journal avec eux. Peu importe le tirage et la couverture médiatique.

Un des défauts de ce film est que les réalisateurs laisse un peu trop la parole à l’équipe actuelle de Charlie Hebdo. Cette position « à charge » est plutôt gratuite car, bien entendu (on le sait depuis le procès pour le nom de Charlie Hebdo), ils n’estiment ne rien devoir à Choron. Je reconnais l’honnêteté de Cabu ou même Wolinski qui l’ont bien connu, disant qu’ils n’ont pas vécus que des bonnes choses à ses cotés. Mais que Val le descende en disant qu’il n’est rien et n’a rien fait, que c’était Cavanna qui faisait tout dans Hara-kiri relève d’une grande malhonnêteté ! Comme le dit très bien Jackie Berroyer dans son billet (in Siné Hebdo n°20) : « Des gens ont de lui une image qui n’est pas la meilleure. Je ne parle pas de son coté ravageur. Je trouve le film un peu bâclé puisqu’on ne m’a pas consulté. On y a mis des gens qui regrettent d’y être, il faut dire que ça ne les montre pas non plus sous leur meilleur jour ». 

D’ailleurs, l’interview de Cavanna est touchante à plus d’un titre, quand il repense à son ami la larme à l’œil. Lui n’oubli pas de rappeler que sans Choron, il n’y aurai jamais eu de Hara-kiri, ni de Charlie. Berroyer toujours : « Choron est un de ces personnages uniques, un de ceux dont on dit qu’il n’y en a plus parce que en fait, il n’y en a jamais eu beaucoup. Et parce qu’on les regroupe, qu’on fait des listes, qu’on a l’impression qu’il y en avait plus dans le passé ».

Au delà de ces polémiques, Choron dernière nous rappelle que Bernier était surtout un humoriste, noir et trash certes, mais qui savait nous faire rire ! « Il n’y a qu’une seule forme d’humour, celle qui fait rire » disait-il. Et les éclats fusaient de partout durant la projection. Mais ce film m’a surtout permis de découvrir un homme touchant et attachant. Vive Choron !

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