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Archives pour janvier 2009

MA ZONE – Autheman (1983 Dargaud)

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J’apprécie Autheman depuis quelques années grâce à sa chronique dans l’Echo des Savanes. J’aime chez lui son humour fin, engagé, tombant toujours juste. Un sens de l’observation (plus percutant qu’il pourrait le laisser paraître) lui permettant de passer au crible les travers de notre société. Un grand dessinateur humoristique, Autheman est avant tout un auteur de BD, faisant parti de l’équipe de Pilote. Il a sorti plusieurs albums dans les années 80, dont cet excellent « Ma Zone ».

Dans son format, cette Bande Dessinée n’en est pas tout à fait une. Enfin, pas que ça. Ce serait plutôt un recueil de textes illustrés. Mais la grande originalité vient de ce que les illustrations sont agencées de façon séquentielle, s’inscrivant dans la continuité de l’histoire. Il n’y a pas de redondance, les dessins ne reprennent pas les éléments décrits dans le texte, ils les complètent. Par exemple, dans la nouvelle « Petites Annonces », le narrateur dit : « Au programme qu’elle avait choisi sur le juke-box, j’ai vu tout de suite qu’on avait un bon feeling sur la musique ». Le dessin d’a coté nous montre une main appuyer sur le bouton de la chanson The Logical Song de Supertramp.

Cette approche renouvelle le mode de narration du médium. Dans son propos également car, raconter des petites histoires de petites gens n’était pas si commun que ça à l’époque, et annonce les grandes tendances de la BD actuelle (autobiographie, autofiction…

Autheman nous explique : « Un jour que nous partagions le zinc avec Yvan Audouard, mon illustre concitoyen me glissa ce précieux conseil : – Il faut travailler sur le motif! …être « motivé » si tu préfères – et en me montrant d’un mouvement de l’œil une nénette qui venait d’entrer… – Regarde son blue-jean! … Il raconte son histoire! Il y a de ces phrases qui vous éclairent soudain l’horizon comme un faisceau de phare à iode. Bon Dieu mais c’est bien sûr me dis-je ; colle ton imagination en chômage technique et raconte le voisinage ; et les zombies de ta chère bourgade deviendront des héros au musée de Mickey! Le lendemain, motivé comme jamais, je commençais « Ma Zone ».

HARA-KIRI (1960-1985)

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Couverture du numéro 1 par Fred

Le superbe ouvrage « Les belles images », le film « Choron Dernière », le hors série sur Cavanna, la création de Siné hebdo et sa chronique de Delfeil De Ton… Hara-Kiri n’aura jamais été autant d’actualité depuis sa disparition en 1985 !

Signe que notre époque de régression (des libertés individuelles, des mentalités…) et de répression (censures, « légiférations » à outrance…) nous incite à une certaine nostalgie et fait regretter la liberté de ton et les provocations des Cabu, Cavanna, Choron, Delfeil de Ton, Fred, Gébé, Reiser, Siné, Topor, Willem et autres Wolinski…

D’ailleurs, à la question : « est-ce qu’un journal comme Hara-Kiri pourrait sortir à notre époque ? », je pense que oui. Mais aussi inventif et subversif qu’il soit, il ne pourrait avoir le même impact. Tout se récupère de nos jours, même l’esprit provo-trash d’Hara-Kiri !

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Cavanna en couverture…

Choron a en partie raison lorsqu’il dit, sans fausse modestie, qu’ Hara-Kiri a contribué à Mai 68, dans la mesure où la génération «élevée» à Hara-Kiri depuis 1960 est celle-là même qui a fait Mai 68. Cela me parait juste. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les positions prises par la rédaction en faveur des Droits des Femmes (pilule, avortement) ou contre l’armée, les curés, les patrons, la société de consommation (en détournant la publicité), les politiques paternalistes (joli pléonasme, malheureusement encore d’actualité ).

Hara-Kiri bousculait les mentalités, provoquait les Autorités (politiques, religieuses…) et surtout, emmerdait la bourgeoisie bien pensante. Il n’a donc pas été épargné par les censeurs et le journal a failli disparaître à plusieurs reprises (1961, 1966…). Mais l’acharnement de la rédaction (Cavanna et Choron en tête) a permis au journal Bête et Méchant de tenir vingt-cinq ans (1960-85) !

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Cette équipe de doux dingues a inventé une nouvelle forme de dessin d’humour… Cavanna nous l’explique : « Mon Papa », pour Reiser, marquait encore une autre étape. Celle du passage du dessin unique, du classique « dessin-gag », avec ou sans légende, à la suite de dessins racontant une histoire. Pas vraiment la bande dessinée avec ses cases, ses bulles et son découpage-cinema, mais quelque chose de beaucoup plus leste, de beaucoup plus enlevé, et qui devint vite le genre maison. C’était, si l’on veut, une écriture dessinée, apparemment bâclée comme un croquis – apparemment! – et terriblement efficace. Gébé y excella, Cabu en fit un outil de reportage où dessins et texte écrit à la main s’entremêlaient. Wolinski devait y trouver le terrain de son épanouissement. (Bête et Méchant)

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Dessin de Topor…

Il n’a pas été facile de faire accepter ces dessinateurs aux goûts douteux, qui ne respectent pas les règles académiques du dessin d’humour. Cavanna nous décrit la réaction du responsable de la censure de 1961 : M. Paretty a repris la direction de l’entretien. Il ne prétend pas nous – passer moi le mot – castrer, encore moins nous dicter notre conduite, il se permet simplement de nous faire part de ce que, lui, à notre place, il ferait. Par exemple, ce dessinateur, là, comment l’appelez vous, oh, c’est d’un morbide ! Insupportable ! Intolérable !  On se regarde Choron et moi, on pense « Topor ? », on suggère : « Topor ?  - Non, celui-là, là. Fred. Voilà. Fred ! Cet individu est profondément malsain. Un malade, j’en suis sûr. Il se complait dans le noir, dans le laid [Fred, le joyeux Fred, l’adoré des enfants, celui du « petit cirque » et des « Aventures de Philémon », oui, oui, celui-là !]… Il vous cause le plus grand tort, croyez moi. Maintenant, n’est-ce pas, vous faite ce que vous voulez, moi, ce que je vous en dis… Et aussi ce Topor ! C’est déjà moins hideux, comme graphisme, mais je dois vous avouer que je n’y comprends rien. Mais alors, rien! Ca doit être un genre de surréaliste, mais sans le talent. Or le talent, messieurs, tout est là… Et celui qui signe Gébé ! Celui-là, on voit ce qu’il veut dire, mais c’est complètement idiot. Enfin, bon, si c’est votre conception de l’humour, cela vous regarde, moi je ne suis pas là pour jouer les critiques littéraires mais à titre de garde-fou, si vous me permettez… » (Bête et Méchant) 

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Premier numéro, couv’ de Wolinski

Malgré une gestion souvent catastrophique, la rédaction a lancé en 1969 Hara-Kiri Hebdo -qui deviendra l’année suivante Charlie Hebdo- afin de coller au plus prêt de l’actualité politique. Et Charlie Mensuel, spécialisé dans la Bande Dessinée, aussi bien les classiques du comic-strip (Peanuts, Andy Capp, Popeye…) que l’avant-garde européenne (Crepax, Masse, Pichard…). Delfeil de Ton nous raconte les raisons de la création de Charlie mensuel : « Ils avaient [en Italie] des canards de BD comme on n’en avait pas en France. Un genre m’intéressait, celui qu’avait inventé un mensuel qui s’appelait Linus. […] La trouvaille de ce type de journaux italiens était de superposer des strips quotidiens à raison de quatre par page sur une dizaine de pages, dans des mensuels, donc, de 60 à 100 pages format A4. Quelques cartoons pour agrémenter le tout, une poignée de textes, c’était simple comme bonjour. Pourquoi on n’en ferait pas autant en France, hein, Cavanna ? Ca ne serait pas tellement de boulot en plus. A chacun de mes retours d’Italie, j’en parlait à Bernier » (Siné Hebdo n°15). Voilà comment est né Charlie Mensuel, dont Delfeil de Ton, Wolinski et Willem furent les rédacteurs en chef. 

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Schulz… Charlie… Brown…

Hara-Kiri, Charlie Hebdo et Charlie Mensuel étaient trois journaux complémentaires. Une armada à l’assaut de la presse française (et européenne) des années 60,70 et 80 (à laquelle il faut rajouter La semaine de Charlie, Charlie Matin, l’hebdo de la BD… Son influence est encore bien présente : Groland, Psikopat magazine, Siné Hebdo, l’Echo des Savanes, La Mouise (dernière parution du professeur)… Et bien entendu Charlie Hebdo. Même si l’esprit n’est plus vraiment le même depuis son retour en 1991 (les intentions de Val sont bien différentes de celles de Choron !) on y trouve encore des membres du canal historique, Cavanna, Cabu, Willem, Wolinski… Hara-Kiri est immortel !

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http://www.harakiri-choron.com/

http://www.caricaturesetcaricature.com/article-6339143.html

PEUR[S] DU NOIR – Collectif (DA Etienne Robial) 2008

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Dix auteurs de Bande Dessinée (dont Blutch, Pirus, Burns, Mattotti ou Dupuy & Berberian) se lancent dans un film d’animation, ayant pour thème la [les] peur[s] du noir, sous la direction artistique d’Etienne Robial ? C’est un projet inespéré pour tout fan de BD car, même si les exemples de passage à l’animation ne sont pas toujours concluant, les réussites de Joan Sfar (avec son petit vampire) ou de Satrapi avec son Persepolis m’incite à penser que ce Peur[s] du Noir sera un chef d’œuvre. Et il l’est ! La critique et les nombreux prix qu’il a reçu nous le confirme.

Un objet filmique qu’il me faudra revoir car mes souvenirs sont plus confus que précis. J’en retiens plutôt un ressenti global, diffus, une association d’images fortes et variées. Comme d’avoir vécu un rêve éveillé. Un mauvais rêve en six actes, dont deux (ceux de Blutch et Di Sciullo) s’enlacent entre les autres, servant de fils conducteur, ou plutôt de fils d’Ariane, dans ce labyrinthe des peurs les plus noires… Primale et primaire, la peur revêt plusieurs visages, propres à chaque auteur (d’où les crochets du titre). Mais elle est aussi universelle. C’est un sentiment qui se communique très bien.

Le passage à l’animation pour tous ces auteurs de BD est une réussite. Les procédés d’animation diffèrent d’un auteur à l’autre, de la technique traditionnelle (24 dessins à la seconde) à l’informatique, qui créé ces glissements en aplat. On passe du noir et blanc strict (McGuire, Di Sciullo ou Burns) à toutes les gammes de gris (Blutch, Caillou ou Mattotti)…

Plastiquement parlant, j’ai vraiment pris une claque par Blutch qui sculpte littéralement ses dessins. Il est plutôt dans une tradition des contes et des légendes. La peur du loup, de la bête (ici, le chien). Burns est égal à lui-même, psychanalytique, dérangeant. On y retrouve ses obsessions des plaies, des mutations, de l’incommunicabilité, de la solitude… Marie Caillou traite des angoisses infantiles, avec le symbole fort de araignée. Symbole que l’on retrouve aussi chez Richard McGuire, qui utilise un noir et blanc tranchant, suffoquant, illustrant  à merveille cette histoire « claustrophobique ». Les séquences de Pierre Di Sciullo sont un peu le leitmotiv du film. Abstraites, elles illustrent les propos en voix off de Nicole Garcia qui nous dresse un inventaire des peurs non plus infantiles, mais adultes : peur des responsabilités, de la société, de vieillir, de la mort… Mattotti aborde lui pleinement, avec son style expressionniste remarquable, la peur du noir.

Ces six séquences sont toutes visuellement remarquables et terriblement efficaces. Peur[s] du Noir est un film qui colle à la rétine et reste longtemps en mémoire…

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Le visage de la peur par Blutch


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