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Archives pour décembre 2008



DADA et les temps modernes

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Je vous propose un superbe texte écrit par Greg, le frère de l’ami Alibabos, doctorant en philosophie, à propos de l’affaire Pinoncelli contre la fontaîne de M. Duchamps.

Je suis entièrement d’accord avec ses commentaires, j’y rajoute mes impressions…

« Le mercredi 25 janvier de cette année [2005], nous apprenons par voie de presse que Pinoncelli, artiste dadaïste à la longue carrière, a été condamné par la 28ème chambre du tribunal de grande instance de Paris à trois mois de prison avec sursis et 200 000 euros d’amende pour la «dépréciation » de l’urinoir de Marcel Duchamp. L’artiste a en effet donné un coup de marteau à l’objet.
Posons la question suivante : l’artiste a-t-il porté atteinte à l’œuvre d’art ? Notre réponse est sans appel : non. Bien plus, il l’a préservée.
En effet : Où se trouve l’art dans la fontaine de Mutt ? Sans doute pas dans l’objet, celui-ci est un urinoir quelconque, un objet fabriqué en série, en tout point identique à ceux que nous pourrions trouver dans des toilettes publiques. C’est un ready-made. L’art bien sûr réside dans le geste de Duchamp qui détourne l’objet de sa destination pour l’exposer dans un musée.
En touchant à l’objet, on n’enlève rien au geste. L’art se tient dans le concept.
Mais il faut bien sûr aller plus loin : quelle est la signification du geste de Marcel Duchamp ? En exposant un urinoir dans un musée, Duchamp nous provoque, suscite notre indignation, notre interrogation, c’est à dire nous éveille à nous même et à notre respect quasi religieux pour tout ce qui se trouve exposé, institué, fasciné que nous sommes par l’objet plutôt que par le geste, ordre industrieux, finalité de la fabrication, tout à son résultat, conception utile certes, sauf à la création.
Or qu’avons-nous fait ? Comme le montre dans sa cruelle évidence la réaction du tribunal ainsi que la côte de la Fontaine estimée à 2,8 millions d’euros, nous sommes retourné à l’objet, oublieux de l’idée.
C’est donc nous, société, représentés par l’institution juridique et culturelle (le centre G. Pompidou c’est porté partie civile dans cette affaire, niant par la même sa vocation à soutenir la création et l’art vivant, sa raison d’être) qui avons, bien avant le salutaire coup de marteau, détruit l’oeuvre de Marcel Duchamp.
Salutaire, au regard de ce qui vient d’être dit, c’est ainsi que nous qualifions le geste de Pinoncelli : en s’attaquant à l’objet, l’artiste nous renvoie au geste, au sien bien sûr mais avant tout à celui de Duchamp. Tel un restaurateur, il redonne vie à l’œuvre dans sa prime ferveur. Loin de « déprécier » l’œuvre, il l’apprécie à sa juste valeur, comme nous ne pouvions le faire, amnésique d’une évolution de l’art d’après guerre, tout à notre conformisme.
Car enfin, c’est de ce conformisme dont il faut parler. Voici les mots de la présidente de la chambre : «Avec orgueil, vous croyez pouvoir vous affranchir des règles de la société. Cet aspect de votre personnalité pose problème.» Ce véritable rappelle à l’ordre signe la mort de l’art et au-delà, nous le craignons, de toute politique vivante. Car à faire taire le bouffon, ce personnage qui dans la cour du roi est seul à pouvoir se moquer, c’est notre propre orgueil que nous célébrons : toute critique sera hérétique, toute mise en évidence de ce qui est de l’ordre du comportement, c’est-à-dire de l’automatisme préconscient et acritique, sera insupportable et passible du tribunal.
Disons le fortement : l’artiste n’est pas un délinquant, il est notre vigilance. L’incapacité dans laquelle nous sommes de distinguer un geste authentiquement artistique, héritier d’une histoire que nous nous devons de connaître et un pur et simple vandalisme, le peu d’intérêt que cette affaire suscite, montre si besoin est, le malaise dans lequel nous nous enfonçons et notre refus d’être dérangé dans ce naufrage.
J’en appelle donc à un sursaut de tous ceux encore capable d’apprécier la franchise de l’ami pour ce qu’elle est, à savoir une chance. »
Greg.

Je spécule, mais il me plait de penser que Duchamp lui-même aurait apprécié le geste de Pinoncelli. N’oublions pas que Marcel a collaboré à dada, en inventant le ready-made. Il a poussé l’idée de façon poétique en créant le ready-made malheureux : il demanda à sa soeur d’accrocher un manuel de géographie sur son balcon « de sorte que le vent en tourne les pages et choisisse les problèmes que le temps se chargerait de détruire ». Il n’intervient pas dans le processus créatif. Sa soeur et le vent créent l’oeuvre, le temps le détruit. Ceci nous montre bien que Duchamps se désintéresse de l’objet et du geste. Il est dans le concept pur. L’oeuvre ne lui appartient pas. Il n’a gardé aucune trace et ce ready-made qui n’a de fait jamais été exposé.

Son détachement de l’oeuvre et du geste, son rapport au temps, à la déterioration par le temps (voir « le grand verre ») m’incite à penser que Duchamp aurait apprécier de reconsiderer « sa » fontaine comme un ready-made malheureux.

Marcel avait beaucoup d’humour et dada n’était qu’une vaste blague. Prenons son L.H.O.O.Q. (la joconde à moustache), Duchamp a « vandalisé » une carte postale de serie représentant une grande oeuvre d’Art. Et qu’a fait Pinoncelli ? Si ce n’est « vandaliser » un urinoir de serie représentant une grande oeuvre d’Art. Bien sur, son geste va plus loin que cette « mise en echos dadaïste » car comme l’écrit greg : « Tel un restaurateur, il redonne vie à l’œuvre dans sa prime ferveur. Loin de « déprécier » l’œuvre, il l’apprécie à sa juste valeur, comme nous ne pouvions le faire, amnésique d’une évolution de l’art d’après guerre, tout à notre conformisme ».

La Fontaine d’R Mutt a été jugée à l’époque comme un acte de vandalisme et de provocation par rapports aux « règles de l’Art ». Elle est maintenant considérée comme une oeuvre majeure du XXème siecle. Peut-être faudra-t-il plus de temps pour reconnaître la Fontaine de Pinoncelli ?

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Les nuits blanches du Grand Guignol – Agnes Pierron (2002 Seuil)

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Blood Feast de Herschell Gordon Lewis (1963) est considéré comme le premier film gore de l’histoire. Le premier à choquer les spectateurs en montrant de façon explicite des scènes violentes de sang et de chair mutilée. Susciter des sentiments de dégoût, de rejet, de peur viscérale est bien la volonté première de tout réalisateur de film gore. Faire cela au cinéma était nouveau à l’époque. Pourtant, le gore existe depuis très longtemps dans la littérature (voir la Bible), la peinture (Goya par exemple) ou même le théâtre.

Le gore a une fonction cathartique. Il sert d’exutoire à nos pulsions les plus inavouables. Alliant attirance et répulsion, le spectacle gore n’est pas malsain car nous savons qu’il n’est pas vrai (à la différence d’images de guerre qui sont absolument insoutenables). Le gore se regarde au second degré, c’est pourquoi il se marie à merveille avec l’humour, l’absurde (voir Braindead ou Evil Dead II).

L’origine directe du cinéma gore est française, c’est le théâtre du Grand Guignol ! Fondé en 1897 par Oscar Méténier et situé rue Chaptal à Paris 9e, ce théâtre était spécialisé dans le spectacle d’horreurs macabres et sanguinolentes. Le terme Grand Guignol signifie que les personnages sont joués par des acteurs, à la différence du Petit Guignol, dont les interprètes sont des marionnettes en bois. Si le Petit Guignol est pour les enfants, le Grand Guignol est bien sur réservé aux adultes.

Le Grand Guignol a connu un succès considérable durant l’entre-deux guerres, attirant les amateurs de sensations fortes qui venaient voir des pièces aux intrigues érotico-sadiques, criminelles et démentielles… Mais le public, marqué par les horreurs de la seconde guerre mondiale, bouda le théâtre qui dut fermer ses portes en 1963. L’année même où sort Blood Feast ! La relève est assurée !

Avec Les nuits blanches du Grand Guignol, Agnès Pierron nous raconte les coulisses de ce théâtre, ses créateurs, ses auteurs, ses spectateurs, ses affiches… Pour la première fois, des documents inédits et insolites sont rendus accessibles au public. Affiches, photographies, gravures, dessins, témoignages, n’ont pu être obtenus qu’à la suite d’enquêtes, de voyages, de rencontres. Ce livre, qui n’oublie pas la perspective historique et anthropologique, est d’abord le récit d’une aventure et d’une passion.

http://www.grandguignol.com/

IGGY POP & THE STOOGES – Armada de Rouen (2008)

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Iggy Pop qui passe dans ma ville, pour un concert gratuit, et avec les Stooges ! Impossible de rater cet événement. Il est des concerts qu’on ne peut louper… Iggy a retrouvé les frangins Asheton en 2003 pour reformer les mythiques Stooges. C’est la grande mode des reformations mais du coup, on est bien heureux qu’ils y aient cédé ! On aurait pu craindre un concert de vieux combattant, ayant tous la soixantaine bien tassée, mais pas du tout ! C’est pas des Rolling Stones non plus !

En grande forme, Iggy saute et cours partout (il aime bien les amplis), du premier au dernier morceau ! Il est loin d’être sénile le vieil Iguane ! Il m’a bluffé par la qualité de son chant. Je m’attendait à ce qu’il beugle, hurle ou vocifère, ce qu’il a fait bien évidemment, mais pas que. Sous des contours punk-rock-garage, certains morceaux sont de vraies chansons pop, sur laquelle se pose à merveille sa voix de crooner. Iggy n’est pas qu’une brute, c’est un sentimental aussi… Et quelle bête de scène ! Un charisme de dingue, animal ! Il n’hésite pas à aller vers le public pour prêter son micro. Il fait monter des gens sur scène pour chanter tous ensemble « no fun to be alone » ! Et ce n’est pas pour se donner un genre. On sent qu’il a réellement besoin de ce contact avec son public ! C’est un Authentique ! Un Vrai !

Ron Asheton (qui ressemble à votre voisin de pallier) est courbé sur sa guitare. Il ne laisse rien transparaître. Tout passe par son jeu direct, acide, sans fioritures, impeccablement noïsy. Son frangin, au look de vieux jeune (casquette vissée sur la tête) a encore assez de pêche pour nous en balancer durant tout le concert ! Quel groove ! La présence d’un saxophoniste peut dérouter au début, mais c’est là que j’ai enfin compris le lien qui existe entre les Stooges et le Free Jazz…

Concert intense, on a eu droit à tous les classiques de leur répertoire : No fun, Tv Eye, I wanna be your dog, Fun House, Dirt, 1969, Search & Destroy, My idea of fun, Little electric chairDurant cette heure et demi, Iggy et les Stooges ont démontré à tous qu’ils gardaient une place active dans le monde du rock. Bon nombres de jeunes groupes peuvent aller se coucher, personne ne pourra les remplacer !

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Superbes photos tirées du blog lizdoucefolie

RIGET (l’hopital et ses fantomes) – Lars Von Trier (1994/97)

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Je recommande vivement cette série à tous les fans de Fantastique. J’ai habituellement beaucoup de mal avec Lars Von Trier, mais ici, je ne peux que crier au génie ! Les amateurs de Von Trier apprécierons aussi car bien que cette série date d’avant, on y retrouve quelques principes du Dogme95 (en fait, les 5 premiers), qui sont :

1. Le tournage doit être fait sur place. Les accessoires et décors ne doivent pas être amenés (si on a besoin d’un accessoire particulier pour l’histoire, choisir un endroit où cet accessoire est présent)

2. Le son ne doit jamais être réalisé à part des images, et inversement (aucune musique ne doit être utilisée à moins qu’elle ne soit jouée pendant que la scène est filmée).

3. La camera doit être portée à la main. Tout mouvement, ou non-mouvement possible avec la main est autorisé. (Le film ne doit pas se dérouler là où la caméra se trouve; le tournage doit se faire là où le film se déroule).

4. Le film doit être en couleur. Un éclairage spécial n’est pas acceptable. (S’il n’y a pas assez de lumière, la scène doit être coupée, ou une simple lampe attachée à la caméra). 

5. Tout traitement optique ou filtre est interdit…

Ces principes apportent un réalisme froid qui contrastent parfaitement avec un scénario (et des personnages) totalement barré. Drôles d’ambiances !

Mes impressions peuvent changer d’un épisode à l’autre (par exemple la fin du 4 est bien trash). Mais dans l’ensemble, j’ai à chaque fois envie de voir la suite, pour découvrir ce qui peut se passer encore. Un mélange entre peurs (c’est souvent flippant) et rires (humour noir of course). Les acteurs sont tous bons et les dialogues excellents (à voir en VO). Rien ne sonne faux, c’est très réaliste alors que les situations sont purement fantastiques ou grotesques… Cet équilibre est vraiment réussi.

D’une manière générale, je dirai que l’univers de Riget est assez proche de David Lynch (pour certaines images fortes) et de Dark Water, pour le coté ghost story.

MUSEE HAUT, MUSEE BAS – Jean Michel Ribes (2008)

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On ne présente plus Jean Michel Ribes, acteur, auteur de pièces et de sketchs, réalisateur de films pour la télévision et le cinéma, directeur du théâtre du Rond-Point, créateur de Merci Bernard et Palace, comique, dramaturge, etc. Spécialiste des situations loufoques, du bon mot, de l’humour fin et légèrement surréaliste.

Adaptation de sa propre pièce, Musée haut, musée bas nous raconte la vie du musée Malraux, avec ses gardiens, ses visiteurs, ses techniciens, ses artistes… Véritable fourmilière, il ressemble plus à une grande surface ou un parc d’attraction qu’à un musée classique. Ce haut lieu de la Culture est géré par un conservateur qui n’a qu’une phobie (de taille) : que la Nature ne reprenne ses droits sur la Culture…

Ribes avait déjà abordé la thématique du musée d’Art dans sa précédente pièce, Théâtre sans animaux. Le sketch la Carpe nous racontait l’histoire d’un groupe de visiteurs qui se perdaient à la fois dans un musée et dans leurs pensés… Le thème Nature contre Culture y était déjà abordé, mais Ribes a poussé plus loin sa réflexion avec « Musée Haut » : la Nature (qui est un danger pour l’Homme) n’est belle (et acceptable) que lorsqu’elle est transcendée par la vision de l’Artiste (même dans l’Art contemporain) ! C’est Voltaire contre Rousseau !

Nous suivons donc les déambulations et les réflexions de plusieurs groupes de visiteurs, qui se perdent, se croisent, cherchent leur voiture ou Kandinsky, s’emmerdent, ne comprennent rien à ce qu’ils voient ou croient tout savoir… Les dialogues de Ribes sont comme toujours, à double sens. Il nous fait rire tout en nous faisant réfléchir. Maître du name-dropping, pas un grand Artiste ne manque à l’appel. Un vrai cours d’histoire de l’Art ! Et bien évidemment,  ces noms tombent toujours à propos ! Le casting impressionnant est composé d’acteurs de la Ribes’s team (Khorsand, Prévost, De La Personne, Annie Gregorio, Morel, Moreau…) et des potes (Blanc, Dussolier, Luchini, Jugnot, Pinon, Robin… Tous incarnent à merveille les mots de Ribes. 

Bien que se soit une adaptation, « Musée haut » n’est pas du théâtre filmé, mais un véritable film. Toujours en mouvement, la camera se ballade partout dans le musée (le hall d’entrée, les salles d’expo, la réserve, etc.), Ribes maitrise parfaitement le langage cinématographique. Il joue avec les plans d’ensemble, les gros plans, les champs, les contre-champs… Il y a même des effets spéciaux ! Surtout lors du final, véritable délire de film catastrophe.

Musée haut, musée bas est un film jubilatoire, qui excite nos cellules grises tout en stimulant nos zygomatiques ! Un très bon moment.

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