Dix questions pour une bibliothèque #1 : Maël Rannou

bibliothequeMael2

L’idée d’établir des interviews me trotte dans la tête depuis longtemps. Je me lance enfin. Partant du principe que chaque bibliothèque est unique, celle-ci ne peut que refléter la personnalité de son propriétaire. Une manière comme une autre de faire connaissance avec une personne, en la questionnant sur les rapports qu’elle entretien avec sa bibliothèque. Et par extension, sur ses goûts en matière d’art et de littérature, si elle est conservatrice ou détachée de l’objet livre…

Je soumettrai donc ces dix questions à des artistes, auteurs, blogueurs, amis avec lesquels je partage cette passion pour l’objet livresque. La seule consigne est de répondre le plus spontanément possible (chacun décidant de prendre les questions au sens propre ou figuré), sachant que certaines réponses mériteront d’être commentées. Et surtout, en profiter pour parler des œuvres qui leur semblent incontournables à toute bonne bibliothèque qui se respecte.

Et quoi de mieux que de commencer cette nouvelle rubrique avec l’ami Maël Rannou (dont je vous ai parlé le mois dernier), passionné de livres devant l’éternel et, de surcroît, bibliothécaire de métier. Merci encore pour ta sincère participation !

1) Quelle place prend ta bibliothèque chez toi ?

Elle est énorme, d’ailleurs elle se disloque entre mon appartement actuel, mon ancien appartement où vit toujours ma compagne et la maison de mes parents, ou elle remplie ma chambre et la chambre d’amis !

2) Quelle est sa configuration (en un seul bloc, en plusieurs parties, dans différentes pièces…) ?

Ha, j’ai déjà commencé à répondre précédemment : en plusieurs partie, dans différentes pièces et dans différents lieux ! Et encore je n’ai pas parlé de la bibliothèque dont je suis responsable (puisque je suis bibliothécaire de métier).

Pour rajouter une info disons qu’en plus d’être sur les étagères il y a perpétuellement plusieurs dizaines de bandes dessinées à trainer un peu partout (en attente de lecture, en attente de rangement, etc.).

3) Possèdes-tu un classement particulier (si oui lequel) ? En changes-tu souvent ?

J’ai classé ma bibliothèque il y a un an ou deux et n’y touche plus. Globalement l’idée est simple : un classement alphabétique de dessinateur. Après j’ai adapté à quelques contraintes : les séries changeant d’auteur (elles sont classées au nom du premier dessinateur), l’espace (pour des contraintes d’espace gâché j’ai divisé ma chambre en trois sections de formats : une étagère de grand format, les formats classiques puis des petites étagères de formats poches), des exceptions (ainsi, si je suis amateur d’un scénariste en particulier je regroupe tout à son nom, c’est le cas de Moore par ex qui me semble plus connu que ses dessinateurs), et le classement des revues et fanzines, posées à part.

J’ai aussi un étrange classement « qualitatif » : chez ma compagne on trouve un peu plus d’une centaines de Bds que je trouve essentielles, je les avais sélectionné et emmené avec moi pour pouvoir toujours les lire (résultat elles sont loin de moi!), chez mes parents ma chambre est emplis de tout ce qui est alternatif, adulte, etc. Alors que la chambre d’ami contient tout ce qui est classique franco-belge et BD tout public/pour enfant (ce n’est pas aussi binaire et certainement pas un jugement de valeurs, certains de mes albums favoris étant là bas, ceux de Franquin, Tillieux, Will et Goscinny en tête) et dans mon appartement on trouve les dernières Bds que j’ai acheté, une bonne centaine aussi, mais là « en attente » d’être classé ailleurs.

Je tiens à préciser que ce classement est fonctionnel parce que je m’y retrouve mais que je ne le professerai pas, chacun fais comme il se retrouve pour chez soi. Ce qui est certain c’est que je le trouverai inadapté pour une bibliothèque recevant du public, un sujet pour lequel je renvoie à mon mémoire de licence : « La bande dessinée en bibliothèque municipale : présenter, classifier et valoriser un fonds » ( http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?page=memoire&id_memoire=27 )

4) Que contient-elle essentiellement ? Littérature, Art, Histoire, science, fiction, science-fiction, fantastique, auto, biographique, bande dessinée, essai, roman..?

Il s’agit en grande majorité de bandes dessinées mais aussi de « livres de mots » (je déteste évidemment la distinction bande dessinée/livres). Pas mal de romans tout de même, même si en ce moment, hors bande dessinée, je lis surtout des essais.

De manière générale on y distingue un goût évident pour les choses un peu « en marge », que ce soit dans la bande dessinée (fanzines, petits tirages, choses obscures des 70′, beaucoup d’éditeurs alternatifs actuels, etc.) ou dans le reste. Par exemple j’ai un rayon de poésie québécoise (avec l’incroyable et inconnu ici Denis Vanier), pas mal d’essais politiques (mais pas des machins témoignages écrit par les nègres d’un ministre je vous rassure), des livres de chez Pauvert, des bouquins d’argot, etc. Après je ne crache évidemment pas chez de grands inspirateurs comme Gide, ou sur la littérature anglo-saxonne du début XXe qui occupe une place forte en mon cœur (Lewis Carroll, L. Frank Baum et James Barrie en tête).

Sur les livres d’Art c’est surtout de l’expressionnisme, dans les essais les livres d’histoire, de philo et de littérature sont avant tout des reliquats de ma prépa littéraire, mais j’y réinsère de l’histoire politique régulièrement, et un certain nombre de penseur de l’anarchie en ce moment.

5) Quelle est la proportion entre livres avec images et sans images ?

A minima du 80% pour les livres avec images, mais pas juste de la bande dessinée (livres pour enfants, livres illustrés, livres d’art)… Et pourtant je ne manque pas de livres de mots, mais la proéminence de la bande dessinée est incontestable et incontestée !

6) Tes ouvrages sont-ils plutôt rangés à l’horizontale ou la verticale ?

Horizontale, arrivée en bas de l’étagère on remonte en haut de la suivante. Certains très grands formats (principalement des 30×40 de Futuropolis mais pas que) sont à plat en haut d’une étagère. [ - C'est marrant de voir qu'on a pas interprété de la même façon le rangement horizontal ou vertical. L'ensemble est en effet rangé à l'horizontale (de gauche à droite, comme tout bon occidental :) mais je parlais plutôt des livres qui eux sont chacun rangés à la verticale...  - Ha oui, à l'horizontale comme ça oui... En fait les piles en bas de mon lit et mes zines sont en vertical en ce cas ! Mais je voyais en lignes d'étagères moi ^^]

7) Et tes nouvelles acquisitions ? Les ranges-tu à part ou trouvent-elles de suite leur place définitive ? Avant ou après leur lecture ?

Je ne range rien avant que ce soit lu. A l’achat mes livres sont posés à côté de mon lit, ils entrent ensuite plus où moins rapidement dans les étagères, généralement chez mes parents après être passés par le « purgatoire » de mon appartement.

8) Es-tu globalement satisfait de ta bibliothèque ?

Oui, mais moi qui n’ai aucun désir de possession immobilière en soit, je rêve d’un grand hangar rempli d’étagères.

9) Qu’y manquerait-il ?

Certains auteurs sans doute, des bouquins en VO – mais je ne parle aucune langue étrangère alors bon – mais surtout de la place, de l’espace, encore plus d’étagères !

10) Comment la vois-tu évoluer ?

En s’étendant inexorablement…

[Entretien réalisé par courrier électronique le 12 avril 2014]

bibliothequeMael

Fragments de bibliothèque…

 Retrouvez Maël sur ses sites et blogs :

http://maelrannou.canalblog.com

http://ceci-mon-corps.tumblr.com

http://www.legouttoir.com/

Chronique K.BD – Alack Sinner

alack-sinner

Difficile d’aborder la bande dessinée argentine sans évoquer messieurs Muñoz et Sampayo, les plus européens des auteurs argentins, mondialement reconnus comme ambassadeurs essentiels du Neuvième Art. Dès leurs débuts, Muñoz et Sampayo ont contribué à faire grandir la bande dessinée, l’emmenant vers des thématiques plus adultes (politique, rapports sociaux, amours et sexualité…), redonnant ses lettres de noblesse au noir et blanc pur. A ce titre, Alack Sinner est leur œuvre la plus emblématique.

Une synthèse faite « por yo mismo »

alack

Lire l’article

I Am Not Afraid Of You And I Will Beat Your Ass – Yo La Tengo (Matador, 2006)

I_Am_Not_Afraid_of_You_and_I_Will_Beat_Your_Ass-Yo_La_Tengo_480.jpg

Archétype même du groupe indépendant (espèce en voie de disparition), Yo La Tengo trace son sillon à part des modes musicales depuis 30 ans maintenant. A l’instar de leurs amis les Sonic Youth, Yo La Tengo est avant tout le projet d’un couple, Ira Kaplan (guitare et chant) et Georgia Hubley (batterie et chant), auquel se joint le bassiste et chanteur James McNew, ainsi qu’une kyrielle d’instrumentistes.

Prolifique et variée, la discographie du trio ne cesse de s’étoffer, nous proposant un nouvel album tous les deux-trois ans en moyenne. Loin de connaitre toutes leurs œuvres, je peux tout de même affirmer que leur production ne souffre d’aucune impression de redite. Ils génèrent une variété incroyable de rythmes et d’ambiances sans jamais perdre en cohérence. A l’image de ce superbe I Am Not Afraid Of You And I Will Beat Your Ass (quel titre !), sorti en 2006. Une merveille.

Tout y est, la puissance du rock noïsy (Pass the hatchet, I think I’m goodking), la légèreté de la pop harmonique (Sometimes I don’t get you, The weakest part), la transe des rythmes tribaux (The room got heavy), la subtilité des arrangements de cuivres et de cordes (Beanbag chair), la plénitude de l’easy-listing (Song for Mahila, I feel like going home) flirtant parfois vers l’ambiant (Daphnia)… Sans oublier de pures perles typiquement « Yo-la-tengocienne » (The race is on again).

Une variété de matières sonores, allant du séminal « guitare-basse-batterie au chant punk » (I should have know better), aux tessitures pop paisibles (Black Flowers). Le tout rehaussé de superbes harmoniques de voix, sachant que les trois compères chantent, parfois même en voie de tête. Une richesse musicale aux influences maitrisées (entre Beatles, Jefferson Airplane, New Order ou Sonic Youth), partant des sixties (le rock’n’rollien Watch out for me Ronnie, le très Soul Mr Tough…) pour atterrir au 21ème siècle. Car cet album est bien de notre temps…

Image de prévisualisation YouTube

 

Chronique K.BD – Spaghetti Brothers

spaghetti-brothers

L’Argentine est à l’honneur ce mois ci sur K.BD. Cinq dimanches pour rendre compte de la richesse et la diversité de sa bande dessinée. Des grands anciens à la nouvelle génération, des humoristiques aux réalistes, des séries de premier plan ou de second ordre, la production argentine ne faillit pas et réussit à perpétuer son savoir faire unique. A l’image de Trillo et Mandrafina qui, avec leur saga Spaghetti Brothers, s’inscrivent dans la tradition, tout en apportant un nouveau souffle à la bédé « made in Argentina ».

Une synthèse de Brother Champi.

spaghettibrothers.pn

Lire l’article

Alack Sinner / Nicaragua – Muñoz & Sampayo (Casterman, 1988)

alacksinnerNicaragua

Les trois albums que j’ai lu font parti des quatre contenus dans le deuxième volume de l’intégrale sortie en 2007, intitulé L’âge des désenchantements. Ce titre correspond tout à fait à l’idée que je peux me faire du personnage. Commencer par le désenchantement plutôt que par « l’innocence » d’Alack Sinner ne pose pas de problème en soi. Découvrir sa personnalité plutôt que ses faits d’armes m’intéresse bien plus. Car Alack est un héros qui évolue, vieillissant au fil des années et des albums (voire des cases du même album). En même temps que ses créateurs d’ailleurs qui, tel Hitchcock, n’hésitent pas à se mettre en scène à chaque épisode (à nous de les retrouver !), comme pour marquer leur présence et rendre compte de leur propre évolution (philosophique, esthétique…) à travers leur œuvre.

alack7

Dans l’album Nicaragua, Alack Sinner trempe dans le milieu de la politique internationale. Charger par un membre de l’ONU d’enquêter sur un éventuel attentat à l’encontre du premier ministre par des rebelles Sandinistes du Nicaragua, il semble plus préoccupé par ses petits tracas de l’intime que par son enquête dans le monde diplomatique. Ayant la garde partagée de sa fille, on découvre un personnage complexe, en quête de bonheurs simples. Amours, amitiés, paternité, ses aspirations s’opposent à l’univers dans lequel il baigne. Plus passif qu’actif, il se désintéresse des affaires, se laissant ballotter par les événements, sans jamais prendre la main. Pour résumer, cet ancien flic devenu détective privé, abandonne les affaires des autres, voire politiques (donc publiques) pour revenir à ses propres « histoires privées ».

alack1

Une tendance qui se confirmera dans les épisodes suivants. Car au fil des albums, ses enquêtes deviennent secondaires, au profit de ses états d’âmes et de ses préoccupations personnelles. Dans La fin d’un voyage, il parcours l’Amérique pour retrouver l’amour de sa vie, Sophie. Durant ce périple, il deviendra un témoin indirect d’événements dramatiques survenant aux personnes qu’il croise (dont un dessinateur de bande dessinée – au traits de Muñoz lui-même – qui veut régler ses comptes avec un plagiaire). Histoires privées porte très bien son nom, puisse que Sinner, devenu chauffeur de taxi new-yorkais, doit enquêter sur un meurtre soi-disant commis par sa fille Cheryl.

alack77

De cette façon, Muñoz et Sampayo apportent un renouveau dans la bande dessinée policière. Plutôt que de dérouler l’intrigue du point de vue exclusif de l’enquêteur, ils parsèment des éléments importants de l’enquête de diverses manières (coupures de journaux, écrans de télévision, dialogues de second plan…), nous amenant à en prendre connaissance en même temps que Sinner (voire avant lui). Par exemple, dans Nicaragua, nous découvrons les tenants et aboutissants de l’affaire diplomatique qui se trame entre le Nicaragua et ses pays voisins (État Unis, Argentine et Honduras) alors qu’ils sont contés par les marionnettes d’un théâtre de guignols – spectacle auquel assiste Sinner et sa fille, le rendant ainsi spectateur des événements. On se demande même d’ailleurs s’il comprend bien tout ce qui se passe. Les auteurs privilégient la dimension existentialiste et intimiste de leur personnage, plutôt que d’en décrire les actes de manière opératoire.

 alack3

Sampayo a cette faculté particulière d’égarer le récit, d’aller vers d’autres personnages (les tenants de l’intrigue ou de parfaits inconnus), nous permettant de découvrir ce qu’ils pensent (parfois en espagnol, bonne idée du traducteur Dominique Grange), qui n’a souvent aucun rapport direct avec l’histoire. Ce qui pourrait parasiter la lecture sert en fait de décorum, une façon de rendre compte des mentalités de l’époque. Et toujours cette idée de confronter des événements sociaux aux préoccupations individuelles.

Muñoz donne l’impression de dessiner comme certains écrivent : à la va-vite. Il faut scruter, décrypter ses dessins pour en capter le sens, tout comme on le ferait pour comprendre une lettre mal écrite, en saisissant certains mots-clés. Au bout d’un moment, on comprend le sens sans forcément en saisir toutes les formes. Comme pour toute calligraphie, c’est dans les imperfections que l’on découvre la personnalité de l’auteur. Et Muñoz n’en manque pas, de personnalité.

alack2

Proche d’une écriture automatique, il semble se laisser aller à ses délires graphiques pour représenter les figures. Certains de ses personnages relèvent de la cour des miracles. Il dessine l’urbanité maladive comme personne. Un trait vif générant des formes expressives, flirtant parfois vers l’abstraction. Ce qui développe un étrange rapport entre signifiant et signifié, entre ce qui est dessiné et ce que cela représente. Tout comme son maître Pratt (dont il était l’élève à la Escuela Panamericana de Arte de Buenos Aires), Muñoz est plus préoccupé par sa propre vérité que de « faire vrai ». Même si avec le temps, son trait s’est assagi, devenant plus précis dans ses intentions. Tout en conservant cette puissance du noir et blanc pur et contrasté. La solidité du découpage et de la technique narrative, jointe à la profonde humanité des personnages, en font une œuvre à part.

alack777

12345...90

Visiteurs

Il y a 2 visiteurs en ligne

Albums du moment…

Albums du moment…

Films vus dernièrement…

Films vus dernièrement…

Du beau, du bon, des bds…

Du beau, du bon, des bds…

Mag’ & revues disponibles…

Mag’ & revues disponibles…


DuffDes!gn |
Le peuple des couleurs |
ateliers enfants |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | axecreations
| ART'S DATING - DJO CAFÉ-ARTS -
| Electivo Fotografía