Celebrated Summer – Charles Forsman (Cambourakis, 2014)

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Charles Forsman nous démontre qu’il n’est pas nécessaire d’inventer un scénario original et « jamais vu » pour rendre un album passionnant. L’histoire de Celebrated Summer n’a à priori rien de stimulant et repose sur un postulat mainte fois exploité : alors qu’il glande dans sa vie et durant ses vacances, un jeune homme obèse et légèrement associable du nom de Wolf, qui vit seul avec sa grand mère, part pour le bord de mer avec son pote Mike. Un road movie à base de trips d’acide et d’arrêts pipi, qui ne les mènera nulle part, si ce n’est à leur point de départ. La journée insignifiante de personnes insignifiantes en somme.

Qu’est-ce qui rend ce récit passionnant alors ? Et bien, c’est l’ambiance générale qui s’en dégage. Cet « entre-deux » permanent propre à cette ingrate période de l’adolescence, fait d’envies de fuites et de besoins de repères, où tout est possible mais rien n’est faisable, tant les casseroles à porter et cet impitoyable principe de réalité bloquent tout. Ces deux compères (des « potes de galères » pourrait-on dire) ne fuient pas autre chose que leur propre existence.

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Une mise en page subtile qui accentue cette impression de flottement, de temps suspendu dans lequel évoluent les protagonistes, autant à cause de leur statut d’adolescent que des stupéfiants qu’ils ingurgitent. Forsman décrit sans chercher à expliquer ni justifier les motivations de ses personnages. Il se contente de nous raconter sur un mode descriptif (et parfois de manière explicite les effets hallucinogènes des drogues) la dérive, tant comportementale que psychologique, de ces deux jeunes garçons mal dans leur peau.

Son graphisme épuré va à l’essentiel et ne s’encombre pas de détails qui pourrait parasiter la fluidité du récit. Wolf, sorte de Charlie Brown punk et obèse, est un être sensible (trop sûrement), nostalgique d’une enfance déjà révolue, incapable d’avancer dans sa vie. « Je donnerais tout pour ne plus avoir peur », dit-il en dernière case. Un état qui n’est étranger à personne.

Un bel album des éditions Cambourakis qui nous offrent en supplément un fac-similé de la première (non-)aventure de Wolf. Un petit fascicule dans lequel on découvre certains éléments à l’origine de son mal être. Ce qui le rend d’autant plus attachant.

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Brèves de chroniques #3

Sound Of Boston Comics (Vide Cocagne, 2014)

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Boris Mirroir traîne ses guêtres du coté de Jade depuis quelques années maintenant. On le retrouve également, avec ses complices James et Fabcaro, dans les pages de fluide glacial, pour un soap opéra bien loufdingue, dont le titre annonce la couleur : « Amour, passion & CX diesel ». Dans Sound Of Boston, édité dans la sympathique collection épicerie fine, chez Vide Cocagne, Boris nous propose une adaptation d’une chanson de Mike Peck intitulée « Miss Me », tout un programme. Boris use de ce graphisme si caractéristique (stylisation proche du pictogramme) et de cette mise en page en damier si particulière, alternant cases dessinées et cases textes. Prenant la forme (et le format) d’un comics (fascicule souple de 32 pages), on trouve aussi deux planches d’introduction, un court récit (intitulé prologue) et de fausses réclames. De très bonne facture.

Shift (La cinquième couche, 2012)

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Shift est une bande dessinée réalisée par ordinateur (et par Benoit Henken et Marianne Kirch). On pourrai même croire à un vieil ordinateur, tant le trait pixelisé parait approximatif et « mal dégrossi ». Pourtant, cet album date de 2012. Il s’agit de l’adaptation par la bande d’une performance sur la traduction, jouée pour la première fois en 2008. Le thème explique pourquoi chaque personnage, à chaque plan, parle dans une langue différente. Une manière de confirmer que les mots ne sont pas impératifs pour comprendre et se faire comprendre. Les deux seuls bulles en français nous permettent de saisir les enjeux de l’histoire : traduire est-ce trahir ? Une traduction purement mécanique ne sert à rien si elle ne véhicule pas ce supplément d’âme nécessaire pour susciter l’émotion. Si l’histoire commence par un travelling avant, partant de l’extérieur pour arriver à des scènes de dialogues lors d’une soirée diplomatique, les plans se focalisent sur le kimono d’une japonaise, seul élément coloré de cette grisaille ambiante. Mais loin d’être froides et sans âmes, ces images numérisées sont d’une rare beauté.

Dopututto Max n°5 (Misma, 2013)

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Petite jeunette de la famille des revues bédé de maisons d’éditions, Dopututto Max (des éditions Misma) a été récompensée par le Prix de la bande dessinée alternative lors du 40e Festival d’Angoulême. Créée à l’initiative des frangin Estocafish et El Don Guillermo (découvert pour ma part dans Lapin), on retrouve au générique Anouk Ricard, Anne Simon, Simon Hanselmann ou Amandine Meyer. Des histoires courtes au graphismes expressifs et parfaitement maîtrisés, Dopututto Max est un festival de styles et de formes variés : les traits enfantins d’une Esther Pearl Watson ou d’un Roope Eronen, les planches quasi abstraites de Nylso ou les superbes perspectives colorées de Franky Bartol. Une revue à suivre…

Dix questions pour une bibliothèque #7 : Soluto

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Ce blog me permet de faire des rencontres. Celle avec Soluto est l’une des plus passionnantes. Ses commentaires réguliers nous ont permis d’échanger autour de nombreuses références communes. Je découvre alors un dessinateur hors-pair, au regard vif et au geste précis, d’une impressionnante maitrise graphique. Mais rapidement, je me rends compte que Soluto est de la trempe des artistes inclassables, que l’on ne peut réduire à une discipline ni enfermer dans un genre particulier. Au risque de n’avoir qu’une vision parcellaire de son œuvre. S’il multiplie les casquettes (dessinateur, peintre, écrivain, photographe…), ce n’est pas pour se réinventer, mais pour mieux chercher, fouiller, gratter, creuser, expérimenter… et toucher juste à chaque fois. Refusant tous clivages et considérations « finkielkrautiennes » de l’Art, chez lui, Flaubert côtoie Reiser sans aucuns complexes… Merci mon cher Soluto d’avoir répondu à ces quelques questions :

1) Quelle place prend ta bibliothèque chez toi ?

Ma bibliothèque n’a pas de lieu dévolu… Par rapport à certains, d’ailleurs, je n’ai pas beaucoup de livres… Mais il y en a un peu partout. On en trouve dans les chambres, le séjour, le salon, la cuisine et bien sûr les toilettes. Il y en a aussi dans la cave. Et pourtant j’ai déjà perdu, à cause d’une inondation, des milliers de livres et de revues, dont la collection entière d’A Suivre,  les premières années de Métal Hurlant, tous les numéros de Pilote version mensuelle, mes Charlie-Hebdo (période Reiser, Cavanna, Caster, Berroyer)… Bref tout ce que je destinais à mes enfants et qu’ils ne pourront jamais lire… Les bouquins que j’y remise maintenant sont dans des caisses. Je veux croire qu’elles sont hermétiques. Pas si sûr… De toute façon ces livres-là n’ont aucune valeur en regard de ceux que j’ai perdus…

2) Quelle est sa configuration (en un seul bloc, en plusieurs parties, dans différentes pièces…)?

Les livres d’art et d’images sont les mieux protégés. Pour le reste, essentiellement des poches, on peut les retrouver partout.

3) Possèdes-tu un classement particulier (si oui lequel) ? En changes-tu souvent ?

Non, j’ai tenté vaguement, à un moment, de regrouper mes auteurs favoris… Puis j’ai renoncé. Ce n’est pourtant pas le grand bazar. Les logiques de rangements m’échappent mais néanmoins je sais à peu près où tout se trouve. Pas d’organisation intentionnelle, donc.  Un livre déplacé n’est jamais assuré de retrouver sa place d’origine. J’aime assez l’idée que des couvertures d’auteurs se frottent… Il y a de bonnes compagnies (qui ne sauraient se quitter, d’ailleurs…)

4) Que contient-elle essentiellement ? Littérature, Art, Histoire, science, fiction, science-fiction, fantastique, auto, biographique, bande dessinée, essai, roman..?

Ma bibliothèque contient surtout des romans français, de la philo (essentiellement des auteurs très classiques que je rumine. Je m’y suis mis sérieusement —sérieusement à ma façon… depuis une bonne dizaine d’années. J’avance pas à pas… Ce qu’il y a de formidable avec la philosophie c’est qu’une poignée d’ouvrages peut vous occuper, vous nourrir, pendant des années) et bien sûr des livres de peinture, des revues d’art ou d’images …

Je ne lis ni science-fiction, ni fantastique, ni biographies (sur ce point je m’adresse de sérieux reproches…) J’aime certains polars quoique j’en lise moins. J’ai un rapport très tendu à la bande dessinée. J’en ai lu énormément jusqu’à la fin de mon adolescence puis ma passion est retombée avec la fin des grandes revues qu’on trouvait en kiosque. J’ai dû rater un tournant… Je sens cependant qu’il y a de très bons ouvrages. Celles que j’aime fricotent souvent avec l’art contemporain.  J’en lis d’ailleurs quelques-unes à l’occasion et qui me passionnent. A l’inverse de la littérature, ou des catalogues d’expo, je n’éprouve que très rarement un désir de possession à l’égard de la bd.

5) Quelle est la proportion entre livres avec images et sans images ?

J’achète évidemment plus de poches que de monographies d’artistes !… Alors, forcément,  la littérature a pris le pas. Mais la peinture, le dessin, l’illustration, la photographie (tout ce qui se passe allègrement des mots) m’occupent l’esprit tout aussi puissamment…  J’ai souvent le désir de relire tel poème ou tel passage alors que j’ai l’illusion de porter la peinture et les images en moi. Je me reporte aux uns et consulte plutôt ma mémoire pour les autres – le souvenir valant mieux parfois que la confrontation aux œuvres, ce qui n’est jamais le cas pour la littérature…

6) Tes ouvrages sont-ils plutôt rangés à l’horizontale ou la verticale ?

Très bonne question ! A côté de mon lit il y a des piles et des piles, qui chancellent et qui me tomberont dessus tôt ou tard… Ailleurs c’est presque toujours à la verticale, sauf sur les tables et les bureaux….

7) Et tes nouvelles acquisitions ? Les ranges-tu à part ou trouvent-elles de suite leur place définitive ? Avant ou après leur lecture ?

Tout ce que j’achète passe par ma chambre et stationne à côté de mon lit aussi longtemps qu’il le faut. Il y a des livres qui y restent des années parce que j’y retourne sans cesse (les fameux livres de chevet !) Comme il faut bien faire un peu de rangement de temps en temps j’en évacue quelques-uns  vers mes étagères.

8) Es-tu globalement satisfait de ta bibliothèque ?

Oui. Je connais ses manques, je m’en accommode. J’achète à peu près tout ce que je désire et tout ce que je pense pouvoir lire. En matière de bouquins je n’ai pas beaucoup de freins… De quoi pourrais-je me plaindre ?… De manquer malgré tout, parfois, de discernement et de me laisser aller à acheter des volumes qui m’ennuient  au bout de trente ou cinquante pages. Ou qui ne me correspondent pas. Ou que j’attaque à de mauvais moments…

9) Qu’y manquerait-il ?

10) Comment la vois-tu évoluer ?

Elle va évoluer tranquillement, au rythme de mes acquisitions… Elle continuera de pousser de façon foutraque et fantaisiste…  Le classique y côtoiera toujours des livres de genre… Je tiens à ce que Simonin adresse à l’occasion des clins d’œil à Flaubert…

Il manque à ton questionnaire une dernière interrogation qui pourrait se formuler ainsi : Dans quelle proportion lis-tu tout ce que tu achètes ?

Eh bien je crois qu’il y a un petit tiers de ce que j’achète qui  ne sera jamais lu jusqu’au bout et qui restera pour toujours en suspens : achats d’impulsion vite déçus, bouquins fabriqués qui m’agacent rapidement, inadéquation avec ce que je suis et ce que je suis prêt à recevoir. On ne peut être ami avec tout le monde…  Il y a des auteurs qui, au fil d’une lecture, déplaisent peu à peu. Ceux qui flattent ou qui consolent avec l’air de ne pas y toucher me débecquettent particulièrement.  Il y a des ouvrages qui mentent, qui ne tiennent pas leurs promesses et qui m’ennuient vite. L’habileté des marchands, pour nous amener à l’achat, est sans limite. Je me venge d’eux en me déliant sans états d’âme de mes acquisitions.

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En bonus…

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Retrouvez Soluto sur son site : Barbouilles et Croquis…

 

Le cri de la fiancée – Anthony Pastor (Le Monde-SNCF, 2014)

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A défaut de satisfaire ses employés et ses usagers, la SNCF comblera les fans de polars et de bandes dessinées. Pour cette nouvelle période estivale, les petits Polars (édités en partenariat avec le Monde) fleuriront encore sur les rayons des buralistes et autres kiosques à journaux (de gare, ça va de soit).

Après cinq nouvelles illustrées au casting alléchant (Loustal, Berberian, Le Roy & Götting, Slocombe & JC Denis…), c’est Anthony Pastor qui se charge (scénario et dessin) de la première bande dessinée de la saison. Un petit polar de 40 pages qui condense tout le savoir faire de l’auteur.

En quelques traits expressifs et contrastés, Anthony dessine des personnages attachants, portant sur eux tout le poids de leur existence. Des personnes ordinaires, auxquelles on s’identifie fortement, tant leurs failles font écho aux nôtres.

Une narration fluide et concise, qui prend le temps d’installer un climat aussi étrange que familier. Pas d’héroïsme superflu ni situations abracadabrantes, Le cri de la fiancée nous raconte un sordide drame familial (ah, la jalousie d’une mère !), révélant ainsi une terrible vérité : nous ne connaissons jamais vraiment ceux qui nous entourent.

C’est l’amère constat que fera Julien qui, installé dans son chalet de montagne, entendra des cris répétés venant de la maison des Anthonioz. Ce qu’il découvrira sur place n’a pas fini de le hanter, devenant ainsi le témoin impuissant d’un drame intime qu’il n’avait à priori aucune raison de connaitre. Un récit sans concessions, d’une noirceur implacable, qui aborde les thèmes de l’isolement affectif, de l’incommunicabilité dévastatrice entre les êtres, qu’il soit parents ou voisins.

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Dix questions pour une bibliothèque #6 : Imagex

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 « Ci-joint, la seule photo que j’ai retrouvé. »

Quand je propose ce questionnaire à Imagex (s’il est besoin de le présenter), je ne savais pas qu’il avait déménagé et qu’il se retrouvait ainsi « sans-bibliothèque-fixe ». Une situation pénible pour tout amateur et conservateur de beaux livres. D’autant plus pour Daniel, qui avait lui-même dessiné les plans de sa bibli. Je comprends donc pourquoi tu ne t’attardes pas sur les réponses (perso, j’aurais aussi les boules !). Merci de t’être prêté au jeu et te souhaite de retrouver bientôt une autre bibliothèque de tes rêves…

(Pour info, il se pourrait qu’une intégrale Imagex ne sorte bientôt… Vivement !)

1) Quelle place prend ta bibliothèque chez toi ?

Importante.

2) Quelle est sa configuration (en un seul bloc, en plusieurs parties, dans différentes pièces…) ?

Un bloc + quelques satellites.

3) Possèdes-tu un classement particulier (si oui lequel) ?

Oui, par genre.

En changes-tu souvent ?

Non.

4) Que contient-elle essentiellement ?

Art, science-fiction, fantastique, bande dessinée, roman, docs diverses, photo…

5) Quelle est la proportion entre livres avec images et sans images ?

90/10.

6) Tes ouvrages sont-ils plutôt rangés à l’horizontale ou la verticale ?

Verticale et j’ai fini de les colorier.

7) Et tes nouvelles acquisitions ? Les ranges-tu à part ou trouvent-elles de suite leur place définitive ? Avant ou après leur lecture ?

Stand-by jusqu’à lecture puis intégration, sauf quand j’ai envie de les prêter toute suite.

8) Es-tu globalement satisfait de ta bibliothèque ?

Je l’étais (Ouuuuiiiiin…)

9) Qu’y manquerait-il ?

Les XL de Tashen ? Une extension ?

10) Comment la vois-tu évoluer ?

Tout est à refaire, çà dépendra de l’appart.

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